‹ Le retour de Jérusalem; comédie en quatre actesChapitre 53 sur 58 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MICHEL, Un Domestique, SUZANNE

LE DOMESTIQUE, remettant une carte à Michel.

Cette dame voudrait absolument parler à Monsieur.

MICHEL, très surpris.

C'est bien... faites-la entrer.

(Quelques secondes, puis Suzanne entre.

SUZANNE

Ronjour, Michel.

MICHEL

Bonjour, Suzanne (un long silence ; Mais je vous demande pardon... asseyez-vous... je vous demande pardon... je suis 1res...

SUZANNE

Oui, vous êtes étonné de me voir ici. Depuis deux ans que nous sommes séparés, c'est la première fois que nous sommes en face l'un de l'autre. Mais vous devez bien penser qu'il m'a fallu un motif grave pour me présenter dans cette maison, à cette heure matinale, au risque de rencontrer...

MICHEL

Vous ne la rencontrerez pas... elle est sortie...

SUZANNE

Je viens de chez mon avoué... il m'a dit que vous vous opposiez à ce que j'emmène mes enfants. Est-ce vrai ?

MICHEL

< lui. c'est vrai.

SUZANNE

Alors, je suis accourue comme une folle, sans

réfléchir à ce que ma visite pouvait avoir d'extraordinaire. Aussi bien, ces événements sont loin... il me semble que nous pouvons causer très amicalement et, depuis notre séparation, vous avez toujours l'ait preuve de conciliation et de générosité, vous vous êtes toujours montré très juste, chaque fois qu'il s'est agi des enfant^... C'est ce qui m'a encouragée à faire auprès de vous cette démarche. Certes, je n'ignorais pas que le fait de me remarier pouvait apporter des modifications dans les arrangements pris jusqu'ici en ce qui les concerne. Vous pouviez les voir deux fois par semaine chez leurs grands-parents... vous aviez le droit d'exiger la continuation de ces visites... C'est votre droit absolu. Pourtant, je ne croyais pas que vous en useriez.

MICHEL

Pourquoi? Vous voulez-vous remarier... rien de mieux... rien de mieux... Mais vous épousez un homme qui demeure très loin, au fond d'une province... vous avez L'intention, je le sais de vivre la plus grande partie de l'année, huit mois au moins à la campagne. Voyons. Suzanne, vous n'avez pourtant pas la préiention d'emmener les enfants là-bas, en Meurthe-et-Moselle, de me séparer d'eux pendant huit mois?

SUZANNE

Hélas ! une mère a toules les prétentions.

MICHEL

Je sais bien, mais réfléchissez un peu... vous me demandez là un sacrifice difficile.

SUZANNE

Ah! je ne me le dissimule pas... Pourtant, si vous aviez consenti ce sacrifice, j'aurais su le reconnaître... Par exemple, vous les auriez eus plus longtemps aux vacances... vous auriez pu les voir, quand vous auriez voulu... j'étais disposée à faire les concessions les plus larges.

MICHEL

Je n'en doute pas... mais je n'en profilerais pas de ces concessions. Vous allez demeurer à Nomény. On ne va pas à Nomény comme on va à Asnières. Si votre futur mari a des terres à faire valoir en Lorraine, moi, j'ai mes occupations à Paris. Alors, où, quand, comment veirais-je mes enfants? Deux ou trois fois par an. Sans compter qu'à une telle dislance cl à de tels intervalles, je n'aurais plus aucune influence, aucune direction sur eux. Autant dire que je

m'en sépare complètement, que je renonce à leur affection, à leur tendresse et que je consens à n'être bientôt plus pour eux qu'un étranger.

SUZANNE

Oh!

Mais oui,... un étranger! D'abord, qui s'occupera de leurs études? encore, à la rigueur, vous pouvez diriger celles de votre fille ; mais mon fils, Raymond, va avoir douze ans; son éducation devient une chose sérieuse et qu'il m'appartient à moi aussi de surveiller.

SUZANNE

Vous pourrez toujours suivre les grandes lignes de cette éducation. Pour le reste, M. de Paruel est un homme très intelligent, très instruit et je le crois capable...

MICHEL

C'est possible, mais Monsieur de Paruel s'intéressera-t-il à, vos enfants, et d'abord , les aimerat-il ? Il ne sera que leur beau-père après tout.

SUZANNE

C'est un homme très bon et d'un très grand

cœur... S'il ne devait pas les aimer, vous pensez bien que je ne songerais même pas à ce mariage. D'ailleurs, les enfants qui ont un instinct sûr et qui ne se trompe pas, l'aiment déjà...

MICHEL

Comme un père! Ah ! voilà la phrase que j'attendais.

SUZANNE

Je ne l'ai pas dite.

Eh! bien, c'est ce que je ne veux pas. M. de Paruel a toutes les qualités de l'esprit et du cœur, c'est entendu. Mais vous pouvez avoir d'autres enfants avec lui... avez-vous songé à ça? Alors que deviendront les miens? Ils seront sacrifiés... parbleu! C'est toujours la même chose.

SUZÀlOiE

Je vous demande pardon... je serai là.

MICHEL

Ah! vous serez là... vous serez là... Non, non, c'est impossible. [On frappe. Entrez. Le domestique parait.) Qu'est-ce que c'est ?

LK D0MESTIQ1 K

C'est M. Trévières.

MICHEL

Eh ! Lien, vous l'avez fait entrer au salon?

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