MICHEL, CHRISTINE
(Christine est vêtue simplement, et en habit de ménage ; mais plusieurs parties de son vêtement sont en noir.)
CHRISTINE
Je ne suis pas encore revenue de ma joie et de ma surprise... Mon cher Michel, c'est hien toi !..
Michel , montrant sa figure.
Oui, ma fetnme , me voilà... un peu changé. {Montrant son cœur.) Mais ça , c'est toujours le même.
CHRISTINE
Et personne ne t'a vu ?
MICHEL
Non, tu es la première, toi... et notre enfant que ie viens d'embrasser » c'est bien \ aturel ; ma s ma présence , je m'en Yante, va produire un fameux effet duus le village.
CHRISTINE
Je le crois bien... tout le monde ainsi que moi, te croyait mort... Ah ! ça, ce que nous a raconté Chariot, n'était donc pas vrai?
MICHEL
Si vraiment... le pauvre garçon m'a vu rouler dans le précipice , et il s'est sauvé... il n'est pas brave : c'est mon filleul; et je ne puis pas lui en vouloir , parce que c'est peut-être à moi qu'il doit cela.
Air : Vaudeville de Œcu de six francs.
L'en blâmer s'rait une injustice ,
S'il est peureux , il n'est pas l'seul ;
Quel malheur l qu'un parrain ne puisse
A son gré doter son filleul ;
Nous pouvions si bien nous entendre ,
Py aurais donné de la valeur :
Et plus tard, comme il a du cœur,
Je l'aurais prié de m'en rendre.
CHRISTINE
Aussi , pourquoi t'absenter de chez toi ? pourquoi quitter ton logis? ta femme? ton enfant?..
MICHEL
Pourquoi ?.. !Ne faut-il pas que je vende mes laines , mon bled?., ne faut-il pas qu'à mon tour je te rende heureuse?., toi , à qui je dois ma fortune, et mon bonheur... parce qu'on n'a pas de courage, ça n'empêche pas d'avoir du cœur.
CHRISTINE
Oui , Michel , oui, je sais que tu es un bon mari... mais n'avons-nous pas assez de bien?., l'argent que nous a donné le brave Stanislas... le prix de notre auberge, que depuis nous avons vendue... tout cela n'at-il pas quintuplé entre tes mains?., cette jolie ferme que nous avons achetée , n'est-elle pas devenue , grâce à ton industrie , la plus belle du canton de Zurich?., que manque-t-il à ton bonheur?
MICHEL
Rien? et désormais je ne te quitterai plus... nous
marierons Chariot, mon filleul, à ta sœur Lisa , qui est presque aussi bonne que toi, et nous leur donnerons cette jolie maison, qui est là... au bord du ruisseau.
CHRISTINE
Que veux-tu dire ?
MICHEL
C°tte maison toute neuve, que nous avons fait bâtir, et que nous avons meublée.
CHRISTINE
Y penses-tu!., 'a maison, la prairie , le verger.., tout cela appartient à Stanislas.
Air : Muse des Bois.
Si.les périls, toâfatign's, et la guerre
Ont épargné noire meilleur ami ,
11 reirouv'ra , ces champs, cette chaumière ,
Et ces beaux arhr's , qui furent plantés par lui :
Oui, pour lui seul croîtra leur vert feuillage,
Et noire ami nous bénissant, je croi ,
S'il vient jamais s'asseoir sous leur ombrage ,
Dira : c 'est-là que Ton pensait à moi.
MICHEL
Oui , s'il revient ; mais depuis cinq ans , on ne l'a pas revu... et un soldat qui y va comme lui, ne va pas longtemps.
CHRISTINE
Qu'est-ce que c'est que ces idées-là?
MICHEL
Après cela, peut-être a-t-il prospéré... moi , je ne m'oppose pas à ce qu'il aille loin , au contraire... mais où est ta sœur Lisa? où est mon filleul Chariot?... allons les revoir... et surtout allons apprendre à tout le village que j'existe encore.
( On entend une musique militaire. )
Hein !.. du tambour... qu'est-ce que c'est que cela ?
J'y suis ; c'est cette compagnie de soldats qu'on at-
tendut... il faut te dire que demain, ou après , il doifc se livrer dans la plaine une bataille décisive.
Mil HEL.
Une bataille !
CHRI TINE.
Oui , et pour garder pendant ce temps les défi'és de nos montagnes, ou fait an'ourd nui une levée en niasse... tous les nabïians se sont empressés de répondre à h ppel... je ne te pariais pas de cela... parce que croyant t'avoir perdu, ceia m'importait si peu...
Michel.
Oui , mais il importe à présent .. et vois-tu , ma femme... moi, je n'aime pas les piopos , les bavardages... et je crois qu'il n'est pas nécessaire de dire au "village ijuo je suis revenu.
CHRISTINE
Comment !
MICHEL
Sans doute..» puisqu'on me croit mort, il est inutile d'aller me faire tuer.