‹ Le Rev. p. Marquette, S.J.: ou Notes sur les decouvertes du Mississipi [!]Chapitre 1 sur 1 · PAR · texte numérisé non relu

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Un Collaborateur du Franc-Parleur

MONTREAL Imprimerie '* Le Franc-Parlelr, " 22, Hue St.-Gabriel

Le 17 juin, on célébrera, en Canada et atu Etats-Uuis, la •deux-centièmG anniversaire de la découverte du MisBiBBipi.

C'est un jour qui ne pouvait passer inaperçu au milieu enouB ; car ii rappelle un événement glorieux pour la Religion t la Nationalité ; ue furent en effet un de nos oorapatriot«3(l), t nu de nos missionnaires qui furent liia premiers à découvrir, LU profit de la France, le p'and fleuve américain (2). L'occasion m'a semblé iavoAible pour faira connaître davantage l'uD de ces premiers explorateurs, le P. Marquette, et avec (uetque pen de ces précieux documente historiques que les ijésuites noQg ont laift^s sous te titre de Rdatinnx.

La notice, que j'offre au public, ne sera pourtant qu'une traduction de la vie du P. Marquette par M. John Gilmary ^hea Ms» ncoupationa ne me permettant pas de faire toutes les /recherches nCuepsaïree pour avancer strement et par moi-mËme •dans un pareil travail, j'ai cru devoir ni'attacher à l'auteur distingué que je viens de nommer, et que je reproduirai presque toujours.

(1) Le compa^ande Marquette, le Sieur Louis JolUct aâlé baptisé & 'Anebec, leSlStpt. IBli. Il mourut ou 17O0, entre MaL et Outohre, probablement sur l'Ile â'Antiooatl où 11 ne rendait cluuiue aniif e pour la traite

VAMaé TanEUa>

)■ polie ter! os. Ces reuaeignen. . . ,. .

BH* Bon grand Dkliaimain (iènt^gigtt dts Famiûts Car

piâclaiix pour l'talstflire qui était complètement deroti I Jfemortde Joillet. M. Shea la place a quelques annSea (3) On pense assez oommunément

■arre ft la oouquiit^ du Pérou, a ôtS I . HlBSiesipi qu'à aurait traverse en Juin ou Juillet IHl. La découverte

fortuite de l'aventurier de Soto, ne roHsemble en rien ft colle du P. Mar-

<iaeUe et de LoulaJotlJet, auxqnela revient tout entier l'houneur d'avoir

iiSvClâ A rsuropa U cours du UliBlasipi.

Non loin d'une brandie de l'Oise, dans le département de l'Aisne, la petite ville de Laon s'élève altière sur le sommet d'une montagne. Avec 8a cathédrale antique, et sa ceinture de vieilles murailles, elle nous rappelle d'autres temps, d'autres époques : celles dos Inttcs entre les nobles, comme durant la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, où elle fut plusieurs fois assiégée.

La famille des Marquette est la plus ancienne de cette ville fameuse, et j)endant de longues années on voit les rejetons de cette illustre races élevés sans interruption aux premiers honneur, civiques. Elle occupait déjà une place distinguée sous Louis-le- Jeune, et ses armes sont là pour nous attester encore le dévouement de Sieur Jacrjues Marquette, shérif de Laon, à la cause de son royal maître, l'infortuné Jean de France, en 1360.

L'esprit militaire était traditionnel dans la famille, et dans toutes les guerres sérieuses de la France on retrouve quelquesuns des Marquette qui s'y distinguent par leur valeur. Trois d'entre eux ont donné leur vie au service de la république américaine, en. combattant dans les rangs de l'armée française venue au secours des Etats-Unis pendant la guerre de la révolution.

Cependant, quelqu'ancien que soit le nom des Marquette^ quelqu'illustre qu'il puisse être, son souvenir n'aurait pas été conservé parmi nous, n'eût été le dévouement d'un membre de la famille. Celui-ci, après avoir renoncé au toit paternel pour se faire religieux, s'arracha encore à la patrie pour venir sur cette terre d'Amérique, en Canada, travailler jusqu'à sa mort à la conversion des pauvres sauvages.

Usé avant le temps par de rudes travaux et de continuelles privations, il est mort dans la fleur de l'âge, sur un coin de terre isolé, perdu dans les forêts, mais le souvenir de ses vertus et l'histoire de son apostolat vivront à jamais dans nos annales ; une découverte fameuse, celle du Mississipi assure encore l'immortalité à l'illustre sujet de cette biographie, le Père Jacques Marquette, de la Compagnie de Jésus.

Il est né dans la ville de Laon, en 1637. H était parent par sa mère, Kose de La Salle, du vénérable J. Bte. de La Salle, fondateur de l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes. C'est en partie à l'éducation de sa pieuse mère qu'il dût cette tendre et constante dévotion envers la T. Ste. Vierge qui Ta plac^ au rang des plus zélés serviteurs de Marie Immaculée.

On peut dire de lui qu'il renonça aux séductions du monde avant de les connaître, car dès Tâge de^dix-sept ans, il se sentit porté vers la Compagnie de Jésus où il entra en 1654. Les deux Années du noviciat, années d'étude de soi-même, d'examen et de

réooHection, payèrent Lien vite ; ellfs furent euiviPS de douze autres annéoe C(]ne>acri!eB. comme c'est l'habitude cheEleeJfeuiUe, è, l'enseignement et à l'étude.

Taut qu'il fut occupé dans ces humbles devoirs, il n'eut pas d'aui.re ambition que celle de se former ans vertua religieuses par une parfaite uK-iervance de se» règles ; mais lorsqu'il fut revêtu du caractère sacré de la prôtrise, il sentit eoa cœur s'enflammer du défiir de vivre et de mourir dans^lea iuissioDs,ï l'imitatiiHi de St. Françoi,' Xavier, qu'il avait choisi pour patron.

il était alorg enrfili dans la province de Champagne qui n'avait pas de luisHica étrau;it!rc, mais bientôt il fut tjau>l'éré dans celle (Je France, et eu 16ti6, il liicait voile pour le Canada. Il déhar- (,iia i. Qu'îbec le 211 s-'pt4?mbre, plein de vie et de ^ant1.^ et il aueudit au milieu de ses i'rOtes.qae m-ii supérieurs lui fisansentsa nouvelle destination.

Le Père Marqut'ti« arriva en Canada à une époque bien intéressante de son histoire.

Dans les premières anntîes de Bon établiBsemcot, la colonie arait joui 'i''ine pleine et entière liberté religieuse. Aucune nit^quine ja'ouBie,' de ia part de l'*Tilonl<! civile aurano froide et (j^toiste poliuqueu'était venue entraver etdécourager les eCurta derËglise

Mais cet) jours de paix et de tranquillité étaient passés pour VËglIse du Canada ; elle devait maintenant se préparer & lalutto contre les empiétements de l'autorité civile. Dieu venait de douncr à son p^^tit peuple un truîde ferme et ikïlairé, François de Laval, qui était débarqué ù Québi^o en ltlô8, avec le titra d'évôque de Pétrée et de vicaire apostoliipiu de la Nouvelle- Franue. Peu il peu, il vit se rassembler autour de sa personna quelques prêtres séculiers, et il put sim^'er à la condition religieuse des pobtes frauçal-', qui n'avaient été jusi^u'alor^ que de simples missious entre les mains des Jésuites. Â l'époque de l'arrivée da Marquette, le diocè:^ avait déji prie une apparence de régalarite ; le clei^é avait augmenta, la cathédrale et le séminaire s'élevaient rapidement. La {guerre avec leR Troquois qui avait 81 longtemps retardé les progrès de la colonie et frustré les espérances des misf<ionualre^, tenait de se terminer heureusement par les efforts du Lieutenant-Géuéral de Tracy, enfin un nouveau champ était ouvert aux missions.

Longtemps elles avaient été l'objet des désirs du P. Marquette qui n'ambîtitinnait rien tant que de parcourir ces solitudes et surtout l'Duest où il voulait aller porter avec l'ima;», la cwinaîssaBce et l'amour do Jésus Crucifié. Dès ItJiiO, on avait résolu da «ommeneer une mission chez lus Outaouais, i-t .Ménard, ua vété-

rail, le dernier survivant des missions huronnes, encouragé par r(»veque, partit pour aller relever la croix du Sault Ste. Marie^ (jue 808 anciens compagnons Jogues et Raymbaut avaient plantée vingt ans auparavant. Il l'arbora sur les bords de la Baie de Keweena dans le lac Supérieur, et tandis qu'il méditait le projet d'aller rejoindre les Sioux dans le Haut du Mississipi, il mourut misérablement au milieu des bois par la famine ou par la hache d'un sauvage errant.

Au temps où Marquette se préparait à partir pour les mission» du lac Supérieur, le Père Allouez s'y trouvait déjà, explorant les lieux et pénétrant dans des contrées qu'aucun blanc n'avait visitées avant lui. A la vue du vaste champ qui s'ouvrait à son zèle, le missionnaire implorait l'assistance de ses frères, et il deman> dait un nouveau renfort.

Telle était la mission de l'Ottawa ; mais il y en avait d'autre* encore. Le Père Jogues, trainé en captivité par les cruels Iroquois de l'état de New-York, avait rougi de son sang cette terre infidèle. Le sol était préparé pour recevoir la semence du Catholicisme. Dès lors, les missionnaires tournèrent leurs* regard» vers les farouches tribus de la famille iroquoise, et en 1654, le Père Simon le Moyne visitait le bourg d'Onondaga.

L'année suivante une mission fut établie, et les missionnaires explorèrent tout l'état depuis l'Hudson jusqu'à Niagara.

Mais voici que tout à coup la face des affaires change — un complot est formé contre la colonie française d'Onondaga, et cette première mission est anéantie après une courte existence de troi* années. La guerre qui suivit, porta l'épouvante dans tout le Ca nada, et il ne fut pas possible de eonger à une nouvelle mission dans New-York. La tentative que firent ensuite les Jésuite» pour rétablir la mission de Michigan, est certainement une des entreprises les plus hardies que mentionnent les Relations, et c'est un des plus glorieux moments du courageux apostolat de ceJ missionnaires. A peine l'arbre de la paix a-t-il été planté, que les Pères se hâtent de nouveau vers les cantons iroquois et aprèi vingt ans de labeurs, de prédications incessantes, ils ont la conso-] lation de voir la plus grande partie des Iroquois professer la Religion du Christ.

Une autre grande mission était celle des Abénaquis dans le Maine, fondée par le Père Druillette en 1647. Il la visita ensuite à divers intervalles jusqu'à ce que des missionnaires y fig. sent leur résidence permanente.

Il y avait encore les missions du fleuve St. Laurent p^^^ tribus nomades des Algonquins, qui se réunissaient à SilF'^y

Mais ces pauvres Algonquins depuis le I par les Iroquois, se trouvaient bien a,Sai-

aux Trois-Riv'èrds, massacre dus Huru blia.

La mission des Montagnaifl à, TadoDsac, offr&it un ohamp plus vaste et plus ardu au zèle des Jdsuitss. C'^tait-là à l'endroit où lo Sagiionay pa,yo au St.* Laurent le tribut de ses eaux, que se réunissaieiit chaque aunëe les Esquimaux du Labrador et les Micmacs do la Nouvellc-E eusse qui veuaient faire la traite des pelleteries avec tes frangaia du poste. Un missionnaiie «e trouvait toujours au rendez-vous pour y instruire les sauvages autant que le temps le lui permettait, et pour les baptiser dès qn'îlE étaient suffisamment renseignés sur les mystères de la Belîgion. Los sauvo^ies clirëtiens étaient fidèles fL reparaître au poste ; ils y venaient pour s'acquitter de leurs devoirs de religion, alléger leur conscience du fardeau de leurs péchés, se uourrîr du pain de vie, et puis ils repartaient, emportant leur petit calendrier, sur lequel étaient indiqués les Dimanobes et les Fêtes, aSn que perdus au milieu des bois, ils pussent eneore s'unir à toute l'Eglise pour l'observance des dcvotious et Aen actes de piété qu'elle prescrit à Hcs enfants. Lorsque le temps de la traite était iMSBé, un autre labeur s'ofirait au missiiinnaire : il lui fallait remonter les rivières, s'enfoncer dans les tbrËts, parcourir le pays en tflut sens, aller de butle en butte pour iustruire, exhorter et confirmer dans la foi ces nouvcaui chrûtiena et travailler sans relllahe i, répandre partout les lumières de l'évangile. Des annales préoieases, les Relationsdcs Jésuites, nous ont conservé le récit do oea ooarses aventureuses, qui étaient dirijçées depuis le Saguenay jusqu'à la Baie d'Hudson, et dans l'Ouest jusc^u'au délit du lac

Une mission aussi laborieuse demandait un homme plein de vie, de zèle et de couD^e comme le P. Mawfuette. Aussi on l'y destina et le 10 octobre 1666, nous apprend le Junnud det JimiitM, 3 quittait Québec pour monter aux Troie- Rivières où il devenait « l'éeoHer du P. Druillette en ian^e montagnaise.

Le religieux missionnaire consacrait ses heures de loisir aux fonctions de sou ministère, et il continua ainsi partageant son temps entre l'étude et les œuvres de zèle, jusqu'au mois d'avril 1668 i alors ses supérieurs abandonnèrent leur premier projet sur lui pour le destiner à la mission des Outaounis, nom qu'on donnait alors il la misHon du lac Supérieur. 11 avait acquis la de l'Algonquin, et il était par cnnséfiuent, qualifié

pour cott<^ nouvelle mission. Il quitta Québec le 21 avril, avec trois comparions, deux hommes et un petit garçon, pour se rendre à Montréal. (1)

Il dc'vait y attendre la flotille de l'Outaouais qui descendait à Montréal |M)ur la traite. Une troupe de Nez percés arriva enfin emmenant le P. Louis Nicolas (2), compagnon d' Allouez. Le P. Marquette s*enibar(|ua avec eux pour se rendre au lac Supérieur. Onoonnait l'itinéraire qu'avaient à suivre les missionnaires: remontant le St Laurent, puis l'Outaouais jusqu'à Matawan ; de là prenant la Prtitf Ricière, ^auj. Matawan) ensuite la rivière des Vases, traversant le Lac Nipissinjr dans sa longueur, ils descendaient au lac Iluron par la rivière des Français. Si nous n'avi(»ns pas le récit des missionnaires il nous serait difficile de nous faire une idée de toutes les fatigues et des privations qu'ils avaient à endurer dans un si long voyage. Qu'on pense aux portages nombreux qu'ils avoient à faire par des chemins difficiles, embarrassés, avec de lourds fardeaux sur les épaules ; aux périls qu'ils couraient tout le long du chemin,d'être surpris par des partis d'Iroquois en embuscades ; aux souffrances de la faim auxquelles il leur fallait se résigner pendant plusieurs jours, parce qu'on n'osait tirer du fusil pour abattre le gibier, ni même allumer le moindre petit feu au - campement,de peur d'éveiller l'attention d'un ennemi caché. Il faut lire les rapports des premier-^^ missionnaires des Hurons pour retrouver dans tout leur intérêt le récit de ces glorieuses campagnes.

Lorscpie lo P. Marquette arriva au lac Supérieur, les tribus sauvages que la crainte des Iroquois avait refoulées vers l'extrémité de ce lac, commençaient à retourner dans leurs anciennes contrées. Il fallut donc songer à établir de nouvelles missions. On résolut de \ f »ndcr une au Sault Ste. Marie, (3) et une autre à la Baie des Puants (Baie Verte). (4)

(1) Journal dei Jdtui tes.

(2) Mr. Shea l'appelle le P " Nicolas Louis "

(3) Le Sault Ste. MArie n'est pas une chute d'eau, mais seulement «ne demie lieue de rapides dans la rivière entre le lac Supérieur et le lac Huron {Rel lGb7).

C'est A trois lieuos au-dessous du lac Supérieur et ft douze lieues audessus du lac des Hurons {ReL 1870).

(4) Le P. Allouez la nomma Baie St. François Xavier. On la nommait aussi Grande Baie. Les anglais l'ont nommée Green Bay, sans doute dit -O'Callaghan, par suite de la mauvaise prononciation de son nom français -** Grande Baie ", et depuis on l'a traduit par " Baie Verte.''

La preuière de oes missioDS fut confiée au P. Marf]iiettc qui, ayant plauté eiq tonte bu piud des rapides, du cSté américain, eommeuga ea carrière do misBionnaire. L'année suivante, îl fut rejoint par le P. Dablon. nommé supérieur des niiseiona de l'Outaouaia. Far les efTorts réunis des deuK missionuairee une Eglise fut élevée en cet endroit. Le berceau de la reli}|;ion dans l'Ouest put enfin Toir un sanctuaire digne de la fbi nouvelle.

Les sauTBges confia au bèIo du P. Marquette, appartenaient tons auK tribus algonquines et formaient une population de deux mille Smes.

Ba se montraient trè^-lociles à ses ooeeignements et ils auraient bien volontiers reçu le baptême, mais avec de pareils peuples, il fallait prendre des précautions, et le sage missionnaire se contenta pendant quelque temps de leur faire des instruotions claires et simples, de travailler k extirper d'au milieu d'eux leurs vaines superstitions, ne conférant le sacrement de baptême qu'aus moribonds. La première legon d'un misaionnuii'e, disait^il, doit être il d'apprendre ik travailler et à. attendre, v

Son séjour an Sault Ste. Marie au milieu des Pahouitingwacb Irini ÇSautmrs des Français), des Outcliibous et iea Maramefç ne devait pourtant pas durer longtemps. Le P. Alloueï venait de partir pour la Baie des Puants, et il fallait lui trouver un saccesBeur à la mission de la Pointe, f 1) pour y continuer sea travaux dans ee cbanip ingrat et décourageant. Le P. Marquette fut choisi, et il se rendit sans répugnances à son nouveau poste, dans l'auUjnme de 1 669. Nous ne saurions mieux faire connaître fies travaux qu'en reproduisant ici tout au long la lettre qu'il adressa l'année suivante au P. François Le Mercier, Supéneurdes Missions.

Mon Révérend Père,

Je suis obligé de rendre compte k Votre Révérence, de l'état de la mission du Saint Esprit aux Outaouais, selon l'ordre que j'en ai reçu d'elle, et nouvellement encore do Père Dabbn, depuis mou arrivée ici, après une navigation d'un mois daon la neige et dans les glaces qui noua ont fermé le paSiSage, et dans les dangers de mort presque cootinueL^.

La divine Providence m 'ayant deatîné pour continuer la miasioii du Saint Esprit, que le Père Allouez avait commencée, et où il avait baptisé les principaux de la nation des Kisbakonk, j'y

arrivai le 13 Septembre, et j'allai visiter les Baavafîes, (]ni étaient dans les dijt^ertH. ijni Kiiat divittéa couine en cinq Boui^ades. Les HurocH au iiorobre de ijuatre à cinq cents finies, tous baptisés, conservent toujours au pen de cliristiaiiisnie ; quelijuea-uns des principaux, a8Eembl(^>i diinH un conseil, forent assez satiefaits d« me voir d'abord, mais leur ayant fait entendre que je ne savais pas leur langue encore parfaitement, et qu'il n'y venait point d'autre l'ère, tant à oause qu'ils étaient tous ailés aux Iroqnois, que le Père Alloues qui les entendait très-bien, n'avait pas voulu y retourner pour cet bi ver, parce qu'ils ne se portaient pas fkla prière avec assez d'affection, ils avouèrent qu'ils méritaient bien cette punition ; et depuis, durant l'biver, ils en ont parlé, et ont résolu de mieus taire, ainsi qu'ils me l'ont témoi^é.

La Nation des Outaouais Sini^us est irès-éloignée du royaume de Dieu, pour être extrêmement attachée, par-deosua toutes les autres nations, aux saletiSs, aux sacriSces, et aux jongleries. Ils tournent la prière en rùide ; à peine veulent-ils entendre parler du christianisme ; ils sont superbes et sans esprit, t^^llement que je crois qu'il y a si peu à t'aii'c avec cette nation, que je n'en Û pas seulement voulu baptiser les enfants qui se porûiient bien, et qui semblaient pouvoir échapper, me contentant d'être aux agnetA pour les malades.

Ceux de la oatjon de Keinouché se déclarent hautement, disant qu'il n'est point encore temps ; il y a néanmoins deux.. hommes autrefois baptieés,dont l'im.qui estasses âgé, passe pour un miracle parmi les Sauvages, n'ayant point encore voulu se marier,. H persiste toujours en sa résolution, quoiqu'on puisse lui en dire;, il Bou&e de grandes attaques, même de ses parents : cela ne le.i touche point, non plus que la perte qu'il a faite de toutes marchandises, qu'il avait apportées l'an passé des habitatîi françaises, ne lui étant pas resté seulement de quoi se couvi Ce Hont de rudes épreuves pour des Sauvages, dont ta plupart ne cherchent rien autre chose que de posséder beaucoup monde.

L'autre, qui est un jeune homme nouvellement marié, semble être d'une autre nature que les autres. Les sauvages, eztroordinairemeut attachés à leurs rêveries, avaient conclu qu'il fallait qu'un certain nombre de jeunes gens fissent des saletés avec des jeunes filles, lesquelles choisissent pour ce sujet tel jeune homme qu'il leur plaît ; jamais cela ne se refuse, parce qu'ils croient que de là dépend la vie des hommes. On appela ce jeune chrétien : d'abord il entre dans la cabanne, et voyant qu'on al eer ces désordres, il fait semblant d'être malade, et sort

*46t ; on va le rappelar, mais il n'eu veut rien faire. Il s'est ennrfeseé avec autOiat di; prudence qu'on eaiirait faire ; et j'ai admira ■dtt'ua Bauvage peut vivre si inooDeraïueut, et se déclarer partout , «nr^tJeii avea tant de gënérosité, Il a encore sa mère qui est bonne •^retienne, et quelqtms-uues de ses sœur&.

Les Outaouais, extrêmement superstitieus dans leurs festins 'uBtleors jongleries, semblents'endurciraux instructions qu'on leur ■^dt ; ils sont néanmoins bien contants qu'où baptise leurs enfanta. Dieu a permis cet hiver qu'une femme mourut dans sou péché ; 'Vn m'avait caché sa maladie, et je n'en appris rien que par le 3ïruit qui courut qu'elle avait demandé pour sa guérisou une danse rèa-vilaine. J'allai aussitôt dans une cabane où tous les anciens itaient en festin, entre leijquels étaient quelques chrétiens Kiska- [onks. Je leur montrai l'impiété de cette femme et du jongleur ; e les instruisis, je |)arlai ù, tous ceux qui étaient présenta ; et Dien voulut qu'un ancien Outaouais parlât, disant que l'oDm'ao- ■eordait ce que je demandais, et qu'il n'importait pas que cette femme moiùllt. Un ancien chrétien prit aussitôt la parole, disant ^ la nation qu'il fallait cmpgchei les débordements de la jeunesse, et qu'U ne fallait \ms permettre que les filles chrédenneti se trou- Taasent jamais à ces dances. Pour satisfaire cette femme, on Rangea cette danse en un jeu d'enfant ; mais cela n'emjiËuha Voiot qu'elle ne mourut avant le jour.

L'extrémité où était un jtiune malado fit dire aux jongleurs

s'il fallait invoquer le diable par des superstitions tout-^fait

Etraordinairea. Les chrétiens n'v firent aucune invocation ; il

'y eut que le jongleur et le malade, que l'on faiiiait passer but

le grands feux qu'on avait allumés dans toutes les cabanes ; ils

"sent qu'il n'en sent pulnt U chaleur, quoiqu'on lui eut graissé

corps d'huile durant cinq ou six jours. Hommes, femmes et

ifants courent par les cabanes, demandant pour éuigme ce qu'ils

it dans la [len^ée, et celui ijui le devine est très content de lui

donner de qu'il cherche. Je les empêchai de faire les saletés

|u'Ila ont coutume de faire à la fin de toutes ces diableries. Je

pense pas qu'ils y retournent parce que le malade mourut peu

temps après.

La nation des Kiskakonk (1), laquelle durant trois ans avait "isé de recevoir l'Evangile que le Père Allouez leur attirait, résolurent entin, sur la fin de l'automne de l'année d'obéir à Dieu. Lu résolution en fut prise dans un con-

tB61

(1) ïflP. AUonni l?B appplle quenes iKianJemîi oqs dit gu'lls vivaient d'abord sur le liic Hiiroii. aenrla fao Bu parleur.

seil, et déclaré au Pùro qui s'obligea d'hivemT ponr une qna trième Ibia avec eux, afin do les instniin! et baptiner. Les principaux de la nation ne d^larërent clirétiens ; et aân de les cultiver, le Père ayant pawiâ dans une autre mlflssion on m'en donna 1* cliaT^ que j'allai prendre bu moiR de 8q)tenibre 16G9.

Toux IcB chrt^tienB étaient dans leurH elinnipa pour ramasser I» bled d'Inde. lU ui'éL-cut^reut avt-c plaisir Ionique je lear dîff ifuc je ne renais à la pointe qu'à leur considération et celle de^ UuroDs ; que jauiaîs on ue lee abandonnerait, qu'on les chéHraîl' par dessus t^iutex lus autre» uatiouH. et qu'ils ne faisaient flwl qu'une mSnie cbtwe avec lus Frau^'aii^. J'cua la consolation voir leur affcction à la prière, et i'état qu'ik font d'être tiena ; je vinitai les Anciens que je trouvai tous bien dippoaâ : le cbef ayant souffert qu'on attacLSt proche de sa cabane & nné perche un chien, (jni est une espèce de riacri&ce que les saav&gesfont au soleil, et lui ayant dit que cela n'était pas bien, il ail*. lai-DiSnie aussit/it le jeter eu bas. Un malade instruit, i non pas encore baptisé, me pria de lui octroyer cette grâce, bien de demeurer près de lui, parcequ'il ne voulait pûnt ployer la jonjtlerie bitn pour ra {luériton, et qu'il craignait le fisil d'enfer, je le dïspOKai au baptême. J'étais souvent dans fa cabanne ; la joie qu'il eu recevait lui rendît en partie la santé ; il me remercia du soin que j'aiais de lui ; et, peu de temps apriîs, disant que je lui avait donné la vie, il me fit présent d'un esclave qu'on lui avait amené des Illinois depuis deux ou trcis niots.

Etant le soir dans la cabanne d'un ohrétien ou je couchais, la£ ayant fait faire quelques prières a«i Anges Gwrdiens, et lui' avant raconté quelques histoires poar lui faire connaître l'assis-' tance qu'ils non» donnent, principalement dans les périls où dou^ nons trouvons d'offenser Dieu ; il me dit, qu'il connaissait bien à.' présent une main invisible qui le frappa, étant sur le point d( puis son Baptême de l'aire mal avec une femme, et qu'ayant catendu comme une voix qui lui dînait qu'il se souvint qu'il étaïCl chrétien, il se retira sans commettre aucun péché; il ni 'a depuis' souvent parlé de la dévotion aux Anges Gardiens, et en a entretenu les autres sauvages.

Quelques jeunes femmes baptisées servent d'exemples i. toute» les autree et no rougissent point de dire qu'elles sont chrétiennes. Les mariages parmi les sauvages se rompent quasi aussi fa..cilement qu'ils se lient, et ce n'est point déshonneur de se marier à d'autres. Ayant appris qu'une jeune femme chrétienne, quitta par son mari, était dans le même danger, à canse des parents, je l'allai visiter, je l'encourageai à ce comporter chrétiennement j elle a si bien tenu sa parole, qu'on n'a ^amaîs entendu parler

■d'elle; sa couduili3, avec lus remontraaçca (^ne j'en aï fuites i, hou i, Va. contraint de k reprendre sur U En de l'hiver, et aussilit elle D'à point manqué de venir à la chapelle, en (îtant, aupa-

avant, trop éloifinée ; elle m'a découvert a& eonsoience, et j'ad-

oire (ju'une jeune femme ait vécu de la sorte.

Lea Pajens ne font point de festin sans sacrifice et nous avoDS de la peine à les en empêcher ; les chrétiens à préeeut ont changé s façons d'agir et pour l'obtenir plus facilement, je garde un peu de leur coutume, et j'en Ste ce qui est de mal ; il faut qu'Us parlent an commencement du festin, ils s'adressent donc tk Itieu, auquel ils demandent !a santé, et ce qu'ils ont de hesom, et que p>o'eâ ponr ce Einjet qu'ils donnent à manger aux hommes. Il a ijilu à Dieu de conserver tous les chrétiens en santé, excepté deux leufnnts qu'on voulait me cacher, et pour lesquels un Jongleur aivait fait ses diableries, qui moururent peu de temps aprâs leur Baptême.

Âjaut invité les Kiskakonk de venir liivenier auprès de k chapelle, ils quittèrent toutes les autres Kutioua pour se rassemibler proche de nous, aliu de pouvoir prier Dien, d'Stro instruite, et de faire recevoir le Baptême Si, leurs enfants. Us se déclarèrent lOhrétien^, et c'ei^t pour cela que dans t>)us les conseils et les .(paires de conséquence je m'adressais il eux, et c'était assez de ^ur témoiirner ce que je voulais comme tt des chrétiens, ils me

^Baient aussi que c'était à cause de cela qu'ils m' obéissaient. lia .«nt pris le desaus sur les antres Nations, et on peut dire qu'ik 'en gouvernent trots autres. C'est une ;rraiide consolation à un "' (îonnaire de voir des esprits si souples parmi la Barbarie, ■vivre avec tant de paix, aveu des Sauvages, et passer (|ue!quefoiB , jes journées eiitiérew b, les instruires et ù. le» faire prier Dieu. La iïigueur.de l'hiver, et le mauvais temps ne les empêchait poiutde ■.Tenir à la Chapelle ; il y en avait qui n'auraient pas kîssé passer ^BQ seul jour, et j'étais occupé i Ick recevoir depuis le matin jjiMque au soir ; j'en disposais pour le Baptême, et j'en instruisais h^ur la confession, et j'en désabusais de leurs rêveries. . Les ^neieuB me disaient que k jeunesse n'avait point eueore d'esprit, iJBl qu'il fallait que j'empOchasse leurs débordements. Je leur

Barlais souvent de leurs filles, afin qu'ils ne permissent point que sa jeunes gens les allassent visiter la nuit. Je savais quasi tout E qui se passait parmi deus Nations qui étaient proches de nous laia ayant entendu quasi parler de toutes len autres, on ne m'a Jamais rien dit des Chrétiens ; et lorsi^ue j'en demandais le sentiiiXaent à quelques anciens, ils n'avaient rien it me répondre sinon ■qu'elles priaient Dieu. Je leur inculquais souvent ce point sachant £ien toutes les importunit^ qu'elles souffrent toutes les nuit, et

— laie conraf^ qu'il faut qu'elles aient pour r&ÎBter. Elles out appnit A étra miMiestfis, et les Français qui lus vuyaifnt, voyaient ia& qu'elles ne resseinbluient puint aux autret<. C'eijt jiar là qu'od fait différence des cfarf^tienni-s d'avwi le» autrea. "

Inatruisant un Jour Isa anuifns dans ma cabane, et learpariaH de In crfation du mmide, et d'autres hii^tuircH de l'Ancien Test»-' ment ; ils ma rai ■(mtt'> vent eo iju'iis orojuiL-iit autrefois J, ils m (tint à pri^n-ut un Rujut de faite. Ils ont qoelmus cnnnnisaanccs de la tour d<-- Bubel, dît^ant que leurs ancieuB&vaieitl ruwnté qu'oD avait autrefois fait une grande luaison, msisqn'il&r fn^nd vent Tarait jvt6 par terre. Ils in<^[irisent toutes ces petitM diviniti^s qu'ils avaient auparavant quu d'Être baptisés ; ils OS' taillent Bou\'eDt, et s'^tnnnent d'avoir eu si peu d'esprit, que dV voir fait des sacrifiées à ces sujets de fables.

J'ai baptisé uu adulte après une longue épreuve ; et voyant i assiduité à la priûre, son ingénuité à lue raconter sa vie paséaj^ les promesses qu'il me faisait, prinei|>aleiitentdene point aller V(' ~ les filles, les assurances qu'on me donnait de sa bonne oondoil m'obligèrent de lui accorder ce qu'il me dema(.dait ; il a oODtinué, et aussitôt après eon retour de la pfiobe, il n'a p& que de venir à la Chapelle. Tous les sauvj^rea se séparèrent poitf aller chercher & vivre après les Fftes de PSques ; iismeproniiivnl qu'ils sa souviendraient toujours de la Prière, et me supjdiaieo* fort qu'un de nos Pères les all&t retrouver â. l'automne, quand il seraient rassemblés. On leur accordera ce qu'ils demandent, < s'il plaît à Dieu de nous envoyer qui'lque Père, il prendra m&pli^ œ, tandis que pour exécuter les ordres du P. Supérienr, j'irn commencer la Mission des Illinois.

Les Illinois sont, éloignés de la pointe de trente journées pi terre, par un chemin très-difficiie. Ils sont au S. Sud-Oueet d« . pointe du Saint-Esprit. L'on passe par la nation des Kel mins, qui font plus de vingt grandes cabanes : ils sont dans terres. Ils chercheut à connaître les Français, espérant en avoïi des haches, des couteaux et antren objets eu fer. Il les craigneoC do telle sorte qu'ils ont retiré du tbu deux Illinois qui ont dit) étant attachés aux poteaux, que le Français avait dit qu'il von^ lait que la paix l'ut par toute la terre. L'on passe ensuite ohe* les Miamioflek, et on arrive par de grand.i déserts aux lUinoïtl qui se sont principalement réunis en deux bourgades, qui fonti plus de huit à neuf mille fimes. Ces peuples Kont assez disposé» pour le cliistianismc ; depuis que le P. Alloues leur a parlé à Ife Pointe, d'adorer un seul Dieu, ils ont commencé de quitter leur fausse divinité ; ils adorent le soleil et le tonnerre. Ceux (]\i» j'ai vns parai(«ent être d'assez bon naturel. Ils ne courent point ]ea nuits k la façon des autres sauvages. Un homme tue hardi-

femiue s'il apprend tjn'el'e n'a pas été fidèle. Us sont plna retenus dans leur saRrifices, et me pmmettent d'embrasser le flhriBtiauifmc et de faite Umt ce que je dirai dnna le pays. C'est , •'CbnB cette vue (jnc les Outaouais m'ont donné un jeune homme «pi en était nou Tellement Tenu, et qui m'a donné lea commencenents de la langue, durant le loisir que les Ssuvaiies de la Poiii- •te m'ont donné durant l'hiver ; à peine peut ou l'entendre quoiqu'il j ait quelqui.' chose de l'Algonquine.

J'espère néanmoins, moyennant la ffrâoe. de Dieu, d'ent-endre «t d'être entendu, si Dieu par ca bout^ mo conduit en ce pays.

Il ne faut point espérer de pouvoir fuir lea crois dans tontes nOB mifiBione, et le meilleur moyen d'y vivre content, c'est de ne lee point craindre, et d'attendre de la bonté de Dieu, dans la jmiisBance des petites, d'en avoir de beaucoup plus grandes. Les lUiuoiH nous souhaitent à la façon des sauva(!;cs, pour participer »vec eux à leurs misères, et pour souffrir tout ce qui se peut îma^mer de la barbarie. Ce sont des brebis égarées qu'il faut chercher parmi lea broussailles et les bois, puisque d'abord elles oient si fort qu'on les aille retirer de la gueule du loup ; ce sont Us instances qu'ils m'en ont faites durant l'hiver. C'est pour

la qu'ils sont allés ce printemps dans le Pays avertir les au-

ms de me venir chercher k l'automne.

Les niinois vont toujours par terre, sèment du bled d'Inde, >Witi des citrouilles aussi grosses que celte de France, eut quantité racines et de fruits. La chasse des bœufs sauvages, de l'ours,

I cer&, des coqs d'Inde, des canards, des outardes, des tourtes 4t des Grues, y est très belle. Ils quittent leurs boui^ quelque

mps de l'année pour aller tous ensemble sur les lieux où se

lent les bêt^, et pour mieux résister aux ennemis qui les vien-

mt attaquer. Ils croient que si j'y vais, je mettrai la pais

trtout, qu'ils demeureront toujours dans uu même lieu, et

l'il n'y aura que la jeunesse qui ira chasser.

Quand lea Illinois viennent k la Pointe, ils passent une ffande rivière qui a quasi une lieue de large. Elle va du Mord au Sud et si loin, que lea Illiuoia qui no savent ce que •c'est que le canot, n'ont point encore entendu parler de la sortie ; ^ils ont seulement appris qu'il y a de très grandes nations plus ^Tb*B qu'eux, dont lea unes font deux fois du bled d'Inde, l'année ida oèté de l'Est, S. Est de leur pays, une nation qu'ils appellent ^^tehaouanon les est venu vii^îter l'été passé. Ce jeune houime Wu'oD m'a donné qui m'enseigne la langue les a vus ; ils sont MwTgés do raseade, ce qui fait voir tju'ils ont communication n les Européens ; ils avaient traversé une t^rre durant près trente jours, devant que d'arriver au Pays. Il est difficile

que cette grande rivièrt croyons plutôt iju'elle a ks sauvages qui me permettent de faire un canot, ne me manquent point de parole, nous iroua dans cette rivière tant que noua pourrons, avec un français et ce jeune homme qu'on m'a . ditnné, qui sait quelques unea de ces langues, et qui a une facilité pour apprendre les autres ; noua visiterons les nations qui lei habitent. aSn d'ouvrir le paaKage ù> tant de nos pères, qui attendent ce bonheur il y a si longtemps. Cette découverte nom donuera une entiëre ctimiaîssanoe de la mer ou du Sud ou i l'Ouest.

A six ou sept jouru^es plus bas que les Illinois, il y a une a tre grande rivière (le Missouri) dans laquelle sont des uationa prodigieuses (|ui se servent de canots de bois ; nous ne pouvons rien en écrire autre chose jusqu'^ l'auD^ prochaine ai Dieu notu /ait la gr^e de nous y conduire.

Les Illiuois sont guerriers ; il font quantité d'esclaves, dont tk Ibut trafic avec les Outaouais, pour en avoir des fusils, des chaudières, des haclics et des couteaux. Ils avaient autreftùs 1» guerre avec les Nadoueasi, et ayant fait la paix depuis qnelquc années, je l'ai affermie pour leur faciliter le voyage de la Pomt^-f où je vais les attendre pour les accompagner dans le Pays.

Les Nadoueast, qui sont les Iroquois de ee pays, au delà delà Pointe, mais moins perfides, et qui n'attaquent jamais qu'ajBtèi. avoir été attaqués, sont au Sud-Ouest de la mission du St. Esprit. U'cat une grande nation, et qu'on n'a pas encore visitée, nous i5tant attachés i^ la conversion des Outaouais, ils craignent le J^rauQais à cause qu'il apporte le fer en ce pays ; ils ont ana langue toute différente de l'Algonquine et de la Hurunne. H J-. a quantité de bourgs, mais Us s'étendent bien loin. Ils ont dea fa;oug de faire toutes extraordinaires ; ils adorent principalement le calumet, ne disent mot dans leurs festins, et quand qnelqu'^ tranger arrive, ils lui donnent à manger avec une tourchette de bois, comme oo furait à un entant.

Toutes les nations du Lac leur font la guerre, mais avec [ de succès. Ils ont de la fausse avoine, se servent de petits oa- Bow, et gardent inviolablement leurs paroles. ,

Je leur ai envoyé un présent par l'Iuterprête, pour leur dire^ qu'ils eussent à reconnaître le Français partout où il se rencon-i treiait: qu'ils eussent tk ne le point tuer, ni les sauvages quïi l'accompagneraient, que la Robe noire voulait passer dans l«, pays des Aesinipouars, dans celui des Kilistinaux ; qu'elle étaiti déjà aux Outagamis, et que je partais cet automne pour allei' .aux Illinois, dont ils laisseraient le passage libre. Ils y ont oon^

— là —

Lti ; mais pour ne i-jui ùuJt <le mon présent, ila atteud aient que tout le monde lui r<;Tenu de la thasse, et qu'ils ne trouveraient eet Automne ii la Pointe pimr tenir conseil avec les Illinoïa, et pour me parler. Je souhaileraÎH que tont«t les nations eussent autant d'amour pour Dieu, qu'ils ont de crainte des Français : le cluiatianisnie serait bientâtâorist-ant.

Les Aïsicij.ounrK qui ont quaei la ic6mc lanfnie que les Nadouessi, sont vers l'Ouest do la mission du St. Esprit, ils en sont à quinze ou vin^'t journées sur un lac où ils fout de la fiiusse avoine, et où la pêche est très abondante.

J'ai ouï dire qu'il y avait dans leur paya une grande rivière qui mène à la mer de l'Ouest, et où un sauvage me dit qu'étant à rembouohure, il avait vu des Français, et quatre grands canots à la voile.

Les Kilisti Dans sont des penpleserrantî'.etnous ne connaissons^ paa bien encore leur rendez-vous : ils sont vers le Nord-Ouest de ta nÛBsiou du Saint Esprit, sont toujours dans les bois, ils n'ont que leur arc pour vivre. Ils passèrent à la mission où j'iîtiNs l'automne passé, jusque an nombre de deus cents canota qui venaient acheter des marchandises et du bled ; ils entraient dans les bois pour y passer l'iiirer. Je les ai vus oe printemps Bur le bord du lac. u

On voit par cette lettre que le P. Marquette eppéraifc aller vera les lUinois à l'automne. Il avait (-té destine pour cette miafiion, et il s'y était préparé par i'ûtude de leur langue. On ignore si les Illinois et les Sioux vinrent le rencontrer i l'automne, mais il est certain qu'il n'entreprit pas d'aller par terre visiter leurs cabanes. Il n'est pas même probable que la réunion ait eu lieu, car on voi* de bonne heure en hiver, les Sioux lever !» bâche de guerre contre les Hnrons, et les Outaouais qui avait eu l'imprudence de provoquer par leur insolence ces terrilee enueum. Avant de déclarer la guerre, les Sion» commenbèrent par renvoyer au missionnaire les images de piété que ooloirti leur avait fait parvenir en gage d'amitié.

les Bauvagea de la pointe do Chouatnigon voyaient donc maintenant la guerre et le carnage les mcnaœr : les terribles Dahcotah, avec leurs longueschwelurca noires, avecleura dague» de pierre il leur ceinture, s'avançaient en nombre formidable. Il» crainte était grande à la mission du St. Esprit. Au printemps, les Hurons et les Outaouais résolurent de s'éloigner d'un Trâtnage ai dangereux ; mais oenz-cî furent les premiers àr se

lancer sur le lac ; et ils eo dirigèrent vers l'île d'Ekaentoton

iMaaitoualin.) Voici donc le P. Marquette laisse seul avec ses lurons ; il eut plus à souffrir avec eux qu'il n'eut à travailler : restant peu à la mission, et tout préoccupé de l'orage toujours grossissant qui allait tomber sur eux, ces pauvres néophytes ne purent prêter qu'une oreille bien- distraite à la voix du missionnaire. A la fin il leur fallut quitter encore cette terre d'adoption, s'abandonner de nouveau à la vague avec leurs familles, et B'en aller à la recherche d'une nouvelle demeure. Le missionnaire, quoiqu'il pût lui en coûter de s'éloigner des Illinois, qu*il ambitionnait de voir, resta attaché à ses Hurons et il les suivit dans leur exil. Ce fut donc avec leur fidèle missionnaire qu'ils s'embarquèrent sur leurs légers canots d'écorce et que pour la première fois depuis leur dispersion (1649), ils se dirigèrent vers leurs anciens pays. Volontiers ils auraient revu ces scènes de la puissance huronne, ce sol aimé de la patrie qui gardait les os de leurs ancêtres enveloppés dans leur riche linceul de peaux de castor ; bien volontiers aussi le missionnaire aurait été terminer ses jours sur la terre arrosée et consacrée par le sang des martyrs Daniel, Brebeuf, Lalemant, Gamier et Chabanel, mais riroquois était encore trop puissant, et les fugitifs durent passer outre. 8e rappelant les riches pêcheries de l'Ile Michillimakinac, qu'ils avaient déjà habitée, ils y allèrent planter leurs tontes.

Il ne serait peut-être pas sans intérêt pour le lecteur de trouver ici quelques notions sur ces tribus hurounes avec lesquelles le P. Marquette se trouve maintenant lié.

Les Hurons ont reçu différents noms des historiens. Leur vrai nom sauvage, dit le P. Jés. Lalemant, est Ouaidat. C'est ainsi que les appelle aussi le F. Sagard. Les écrivains anglais et américains en ont fait Wj/andots et Yandots. Les premiers français leur donnèrent le nom de Hurons à cause de leurs cheveux droits comme les soies du Sanglier, sur le milieu de la tête, ce qu'on appelle en français une hure. Ils furent les premiers sauvages que les Français connurent ; ils formèrent une alliance avec eux, et ils leur restèrent toujours fidèles. Ils faisaient de la traite leur occupation principale, et ils avaient plusieurs villages fortifiés entre la Baie-Georgienne et le lac Simcoe.

Ils avaient pour voisins au sud-Ouest la tribu des Tionnontates, remarquables par leur industrie. De riches champs de tabac valurent à ces peuples le surnom de nation du Petun que les Françaie leur donnèrent.

Enfin au sud des Tionnoniates se trouvaient des tribus alliés, de langue huronne appelés Attiwondaronk, par les Sauvage»

aaais que les Français désiraient par le nom de /fir/ùm Naître, j»rc« qu'elles s'ëtaient tenues à l'écart des grandes luttes engaj;ées entre les Iroquois d'un c6té et les Hurons et les Âtgonrijaina de l'autre.

A peine les Français avaient-ils fondé Québec, que les Pères .JléooUôta tournèrent leurs regards vers les tribus huronnes, esptînat les convertir au christianisme. Le P. Joseph LpCaron Ait 'ie fondateur de cette mission et il alla passer avec eux l'hiver de . 1615. Dans les années qui suivirent, les Pères Poulain, Viel, le F. Sagard, récoJlets, allèrent unir leurs efforts aus sienH, puis la moisson leur semblant trop abondante, ils appelèrent à leurs Wcoure d'autres ouvriers, les Jésuites, pour travailler de concert «vec eux dans le champ du père de famille. Le ciel semblait r et féconder leurs sueurs, ils espéraient convertir les Huronfi, et la Nation Neutre, qu'ils avaient aussi visitée, lorsqu'on événement politique vint anéantir toutes leurs espérances. On «était à 1629,et le Canada venait d'être cédé à l'Angleterre.

Après le retour de« Français ea Canada, les Jésuites seuls revinrent, et de Brebœuf, pour une seconde fois, alla retrouver ses I, pour vivre, souffrir et travailler au milieu d'eux jusqu'à l'époque de leur dispersion en 1650. Tingt^t-un missioi^' Iiaires partagèrent ses travaux ù différentes époques, et huit pélirent comme lui de In, main des Iroqnois, martyrs de leur zèle i de leur dévouement. Nobles victimes de la foi, l'Eglise du Canada est juMemeut fière de ces héros !

La mine des Haron» et delà nation da Petun fut consommée i ia mort de Brébeuf et de 6amier. Ceux qui échappèrent aux massacre s'unirent en une senlc tribu, puis htentôt se divisèrent n deux bandes, dont l'une toute entière composée de chrétiens, ' ae dirigea vers Québec, et alla s'établir à l'île d'Orléans. Ce Bont <iee desoend^ts de ces Hurons qui sont aujourd'hui fixés à Lo- '. rett«. L'autre bande des Hnrons, en partie chrétiens et en Ifiartie payens, s'enfuit vers Michillimakinac. Ils trouvaient près > de là des terres fertiles, la chasse et la pêche Abondantes, MaÎB 'les Iroquoia ne les y laÎEsèrent pas longtemps tranquilles. Pour 'échapper aux coups d'un ennemi qu'ils ne se sentaient pas capables -de repousser, ils entrèrent dans la baie des Puants, et s'avancè- *Tait jusqu'à 6 journées, au sud-ouest du Lae Supérieur, et ils furent bien accueillis par une nation nomroée Aliimiicec, et ils .« s'arrêtèrent, dit la Relation (1659-CO) sur les bords d'un grand fleuve, aussi grand et aussi profond que le St. Laurent, u Ils ne tardèrent pas à trouver là de nouveaux ennemis. Les Nadonessis ou Sioux jouaient dans les plaines immenses de l'Ouest, le mSiue rGle que les Iroquoia dans le bassin du St-

Laurent. Il» ne souffraient pas de rivaux ni même de voisins un peu puissants. Les Hurons qui formaient à peine 500 per- /ïonnes, dont les malheurs avaient comme émouseé toute l'énersie naturelle, ne pouvaient pas s'accomodcr de ces périls continuels. Ils avaient d'aillours perdu l'espérance de voir les missionnaires rétablir dans ces contrées, depuis la fin déplorable de deux d'entre eux qui étaient allés au secours de ces peuples sans pasteurs, pans pouvoir les rejoindre.

Le P. (iarncau fut blessé à mort près de Montréal, au moment de son départ. Le P. René Ménard put atteindre le Lac Supérieur, mais l'année suivante, 1661, il trouva la mortdans les bois.

Les Hurons se décidèrent donc à se rapprocher d'un village d'Outaouais situé au fond de la Baie de Chagouamigong au sud du Lac Supérieur. Ils se placèrent sur une pointe voisine, nommée pointe St. Esprit, et ils espéraient aussi partager (car ils étaient presque tous chrétiens) les soins des missîonnairetj qu'une députation nouvelle d'Oiitaouais avait été chercher. ))(1) Ce fut en cet endroit que le P. Marquette les trouva lorsqu'il fut appelé à remplacer le P. Allouez, premier apôtre de cette mission.

Telle est en abrégé l'histoire des Hurons jusqu'au temps où ils vinrent planter leurs tentes à Michillimakinac. Ils y formèrent la mission St. Ignace qui a subsisté jusqu'à nos jours. Ils se fixèrent sur la pointe vis-à-vis de l'île, et ils protégèrent leur village par une palissade de 25 pieds de haut. A peine établi dans ce nouveau poste, le P. Marquette songea à élever une modeste chapelle pour réunir ses chrétiens. Ce premier sanctuaire était bien humble sans doute, il n'avait rien pour commander le respect, prêcher aux regards la grandeur du Dieu dont il était la maison : quelques pièces de bois superposées en faisaient les pans, l'écorce des arbres en composait la toiture.

Nous n'avons aucuns renseignements sur les travaux du courageux missionnaire durant la première année de son séjour à Michillimakinac ; nous devons nous contenter d'une lettre qu'il adressa au P. Dablon l'année suivante, et qui se lit comme suit r

Mon Révérend PèrCj

Les Hurons appelés Tionnontaterônons ou nation du Petun^ qui composent la mission de Saint Ignance à Michillimakinac^

(1) Quelques HurQDS de Michillimakinac se détachèrent plus tard de la mission, et vinrent former plusieurs stations, les uns & Sandreski, le» autres au Détroit, d'autres enflv & Sandwich. Il en reste A peine au^ Jourd'hul quelques familles.

ont commencé Vété passé, auprès de la chapelle, un fort dans lequel se trouvent renfermés toutes leurs cabanes. Depuis Ion ils se sont rendus plus assidus à la prière ; ils ont écouté plus volontiers mes instructions et ont consenti à tout ce que j'ai exigé d'eux pour mettre un terme à leurs désordres et à leurs -abominables coutumes. Il faut prendre patience, avec des esprite sauv^^es qui n'ont eu just^u'à présent d'autre maître que le démon dont eux et leurs ancêtres ont été les esclaves, et qui retombent souvent dans les péchés auxquels ils sont habitués dè« Tenfance. C'est à Dieu seul d'affermir leurs esprits volages, de les mettre et de les maintenir dans la grâce ; c'est à lui surtout de toucher leurs coeurs pendant que nous bégayons à leurs oreilles.

Les Tionnontateronons se sont trouvés cette année au nombre de trois cents quatre-vingts, et plus de soixante Outaouasinagans se sont rangés avec eux. Plusieurs étaient venus de la. mission de Saint François-Xavier, où le P. André a hiverné Tau passé avec eux ; ils m'ont paru bien différents de ce que je les avais vus à la Pointe du Saint-Esprit (1). Le zèle et la patience de ce père ont gagné à notre sainte foi, ces cœurs, qui nous en paraissaient les plus éloignés. Ils veulent être chrétiens, apportent à la chapelle leurs enfants pour être baptisés, et se renr dent fort assidus à la prière. •

L'été passé, ayant été obligé daller à Sainte Marie-du-Sauît avec le P. Allouez, les Hurons venaient à la chapelle durant mon absence aussi assidûment que si j'y eusse été, et les filles y chantaient ce qu'elles savaient. Ils comptaient les jours qui se passaient depuis mon départ, et demandaient continuellement quand je reviendrais. Je ne fus absent que quatorze jours, et, à mon arrivée, chacun se rendit à la chapelle, où plusieurs venaient exprès de leurs champs, quoique fort éloignés.

J'assistais volontiers à leurs festins, ou je les instruisais et les invitais à remercier Dieu, qui leur donnait des vivres en abondance, tandis que d'autres nations, qui n'avaient point encore embrassé le christianisme, avaient bien de la peine à s'exempter de la faim. Je m'efforçais de rendre leurs songes ridicules et d'amener les nouveaux baptisés à reconnaître celui dont ils étaient les enfants adoptifs, ceux qui faisaient festin, quoique encore idolâtres, ne rougissaient pas de faire le signe de la croix deyant tout le monde. Plusieurs jeunes hommes, dont on s'était

Cl.) MlflBioii du Saint Esprit, a la points du Chagouaml^on.

voulu railler pour les en détourner, le faisaient même dans les plus grandes assemblées, encore que je n'y assistasse pas.

Quelques Hurons chrétiens, venus de Québec et de Montréal, déclarèrent d'abord qu'ils ne se trouveraient jamais dans les assemblées où Dieu serait offensé ; que, si ou les invitait aux festins, ils y suivraient la coutume des chrétiens. Us se rangaient auprès de moi quand j'y pouvais assister, et gardaient leur liberté quand j'en étais absent.

Un sauvage, considérable parmi les Hurons, m'avafl invité à son fet^tin, où les chefs assistaient. Les ayant appelés chacun par leur nom, il dit qu'il voulait leur déclarer sa pensée afin que personne ne l'ignorât :

« Qu'il était chrétien, qu'il renonçait au dieu des songes et 4 toutes leurs danses pleines d'indécences ; que la Robe noire était le maître de sa cabane, et qu'il ne quitterait poi^t cette résolution quoi qu'il pût arriver.»

Je pris plaisir de l'entendre, et, prenant de là occasion de parler plus fortement que je n'avais encore fait, je les assurai que je n'avais d'autre dessein que de les mettre dans le chemin du paradis, que c'était le seul sujet qui m'arrêtait parmi eux et qui m'obligeait de les assister au péril de ma vie. Dès qu'on a dit quelque chose dans une assemblée, cela se divulgue aussitôt dans toutes les cabanes ; on s'en aperçoit à l'assiduité des uns à la prière, et à la malice des autres qui tâchent de rendre nos instructions inutiles.

iJn jour, dans un grand conseil où cinq autres nations étaimi assemblées, je fis quelques présents au neveu d'un chef qui mourût l'an passé dans les bois. Alors les assistants m'offrirent un grand collier de porcelaine (1) pour répondre à ce que j'av>Û9 dit.>^

M Que je prétendais affermir le christianisme parmi les Hurons, qui ne semblait encore que commencer.» Ce jeune homme et toute sa parenté se sont déclarés, et disent que c'est moi qui gouverne leur cabane. J'espère que ce qu'ils font maintenant par respect et par crainte se fera un jour par amour, et avec un vrai désir de se sauver.

(l) Le collier de porcelaine ne se donne, che« les sauvages, que lorsqu'on traite des atfaires de grande {importance. Les porcelaines de ce pays sont des espèces de coquilles cannelées, allongées, un peu pointues, saoi ercilles et assez épaisses. Elles renferment un poisson dont la chair n'e^ pas bonne à manger, mais leur intérieur est d'un si beau vernis et s des couleurs si vives que l'art ne peut rien faire qui en -approche (Oiiarlevoix Journal cU Voyage^ etc., page 309) 210. )

Plus de deux cents sauvages étant partis dès l'automne pour la chasse, ceux qui sont demeurés ici m'ayant demandé, qu'elles danses je leur défendais, je répondais d'abord que je ne permettais point les danses que Dieu défend, comme sont celles où on ne garde pas la décence ; que, pour les autres, j'en jugerais quand je les aurai vues. Chaque danse a son nom, mais je n'ai trouvé de mal que dans celle qui se nomme de l'ours. Une femme impatiente dans sa maladie, et voulant satisfaire son dieu et son imagination, fit inviter vingt femmes pour cette danse de Fours. Elles étaient couvertes de peaux d'ours, avec de beaux colliers de porcelaine. Elles grondaient à la manière des ours, mangeaient et semblaient se cacher comme des ours, pendant que la malade dansait et ordonnait de temps en temps qu'on jetât de l'huile dans le feu avec de certaines superstitions. Les hommes qu'on avait appelés pour chanter étaient fort embarrassés pour satisfaire aux caprices de la malade, parcequ'ils n'avaient point encore entendu d'airs semblables (cette danse n'étant point en usage chez les Sionnontateronons) ; j'ai su tirer parti de cette circonstance pour les en détourner.

L'hiver, quoique rude n'a pas empêché les sauvages de venir à la chapelle ; plusieurs s'y sont rendus deux fois le jour, quelque vent et quelque froid qu'il fit. Dès l'automne, je commençais à préparer les uns à la confession générale de toute leur vie, et à en disposer d'autres qui n'en avaient pointr fait depuis leur baptême. Je n'aurais pas cru que des sauvages eussent pu rendre un compte si exact de toute leur vie. Aussi plusieurs (Fentre eux ont-ils employé plus de quinze jours à s'examiner. Je les ai trouvés bien changés depuis ce temps là, de sorte qu'ils ne voulaient pas même assister aux festins ordinaires sans m'en demander auparavant la permission.

Comme les sauvages, et surtout les femmes, ont des imaginations très-fortes, elles sont quelquefois guéries dans leurs maladies quand on leur accorde ce qu'elles souhaitent. Aussi leurs médecins, qui ne connaissent rien à leurs maux, leur proposent quantité de choses dont elles pourraient avoir envie, et quand la malade déclare ce qui lui plaît, on ne manque point de le lui donner. Mais, durant cet hiver, plusieurs malades, craignant qu'il n*y eut péché en cela, ont constamment répondu qu'ils ne souhaitaient rien et qu'ils feraient ce que la Robe noire leur dirait. J*ai baptisé cette année vingt-huit enfants, dont l'un était parti de Sainte Marie du Sault avant d'avoir reçu ce sacrement Le P. Henry Nouvel me l'avait écrit afin que j'y prisse garde, mais cet enfant étant tombé malade sans que je le susse, il risquait de mourir dans ce triste état. Heureusement Dieu permit qu'inB-

iF^

Iruisant dans ma cabane deux sauvages considérables et assez intelligents, ils me demandèrent si un tel enfant qui était bien malade avait été baptisé. J'y courus sur le champ, je lui donnai le baptême, il mourut la nuit suivante ; d'autres enfants ont aussi quitté cette torre d'exil et sont allés en paradis. Ce sont des eoasolations que Dieu nous envoie qui nous font estimer notre vie d'autant plus heureuse qu'elle pourrait paraître plus misérable.

l^urnii les adultes que j'ai baptisés, se trouvait une femme qne j'instruisais depuis plus d'un an. Je l'avais toujours différée, iu»qu'à co que la voyant bien résolue de servir Dieu, je l'ai baptisée le jour de 1" Annonciation. Elle ne manque pas de venir pour lordi- 11 aire trois fois le jour à la chapelle, où elle demeure plus de temps «[ue les autres pour y réciter de longues prières.

J^ieu a particulièrement assisté les Ilurons qui demeurent près de notre chapelle ; ils ont eu cette année le bonheur de tuer grande quantité d'ours, de cerfs, de castors et de chats sauvages. Plusieurs bandes n'ont pas manqué de garder ce que je leur avais ordonné ])our les prières.

liC songe, auquel ils avaient recours autrefois, a passé pour Tine chimère dans leur esprit, et s'il est arrivé qu'ils aient rêvé sur l'ours, ils n'en ont pas tué pour cela ; au contraire ayant retours à la prière, Dieu leur a donné ce qu'ils souhaitaient.

Crest, mon Révérend Père, tout ce que je puis mander à votre îlovérencc de cotte mission, où les esprits sont plus doux, plus iraitables et mieux disposés à recevoir les instructions qu'on leur donne, qu'en aucun autre lieu. Je me dispose cependant à la laisser entre les mains d'un autre missionnaire pour aller selon Tordre de votre Révérence, chercher vers la mer du Sud de nouvelles nations qui nous sont inconnues, pour leur faire connaître noti'e grand Dieu qu'elles ont jusqu'à présent ignoré.

Tels étaient les humbles et laborieux travaux de cet homme divStingué, ayant souvent à compter avec les caprices et quelques fois à subir les insultes de ces sauvages ignorants ; mais de bonne heure Marquette avait appris à attendre d'un monde meilleur la récompense de ses peines et de son dévouement : de bonne heure ausjsi, surlos genoux d'une mère chrétienne, il s'était pénétré de l'importance du salut ; et sauver une seule âme, celle d'un pauvre sauvage, lui semblait une conquête plus glorieuse que l'acquisition d'un empire.

Les mots qui devaient terminer la lettre de Marquette nous manquent, ainsi que la date, mais elle a dû être écrite dans Tété de 1072 et envoyée à Québec par la flotille de l'Outaouais. Ce fut aussi probablement par le même convoi qu'il apprit que ses T<jeux et ses prières étaient aussi exaucés, que le gouvernement

allait envoyer une expédition à la découverte du Missisispi et -qu'il était le missionnaire choisi pour l'accompagner. Son cœur tressaillit de joie à cette nouvelle, quoiqu'il pût prévoir à quels <langers il allait être exposé : sa santé usée par les travaux et les privations était déjà bien compromise ; le chemin qu'il allait parcourir lui était inconnu, lés nations qu'il allait rencontrer étaient ennemis des Français ; mais tout ceci ne put alarmer son courage. Il aurait accueilli la palme du martyre avec bonheur si elle se fut présentée sur sa route. Cependant son humilité ne lui permettait pas de jamais nommer le martyre : pour lui, cette glorieuse victoire du héros chrétien, était " la mort pour cesser d'offenser Dieu. "

Nous voici donc arrivés à l'époque si intéressante de la vie du P. Marquette, où il va enfin commencer à se préparer sérieusement pour cette mission des Illinois, l'objet de si constants désirs; car il ne faut pas l'oublier : si la découverte du Mississipi a jeté tant de lustre sur le nom du P. Marquette, ce n'est pas parce que l'humble missionnaire a jamais recherché cette gloire humaine. S'il se réjouissait à la nouvelle de son prochain départ, c'était parce qu'il allait se trouver h dans une heureuse nécessité d'exposer sa vie pour le salut des nations du Mississipi et particulièrement pour les Illinois qui l'avaient prié avec beaucoup d'instance de leur porter chez eux la parole de Dieu. »

(( Le jour de l'Immaculée Conception de la Ste. Vierge, que j'avais toujours invoquée, dit le P. Marquette, depuis que je suis en ce pays des Outa ouais, pour obtenir de Dieu la grâce de pouvoir visiter les nations qui sont sur la rivière du Mississipi, fut justement celui auquel arriva M. Jolliet. Il était envoyé par le gouverneur de Frontenac et l'intendant Talon, pour explorer le Mississipi et constater quel était son cours. Il y avait alors trois opinions sur le sujet : les uns prétendait qu'il se déchar geait dans la mer Vermeille ou de Californie, les autres qu'il coulait dans le golfe du Mexique, enfin une troisième opinion voulait que ce fut dans l'Océan Atlantique quelque part en Virginie. Question intéressante à résoudre à une époque où l'on recherchait encore en Amérique un passage pour aller à la mer de Chine!

Nous allons suivre les courageux explorateurs dans leur voyage; nous avons des renseignements bien précis dans la relation du P. Marquette, nous n'aurons qu'à analyser ce précieux docuxnent.

On sait bien maintenant que ce n'était pae l'intention des autolrit^ civiles de faire publier le récit du P. Marquette. Nous

avons déjà dit qu'à cette épcwjue on manquait d'égard pour Tautoritd religieuse dans les régions officielles, et si l'on accepta les services d'un Jésuite dans ce voyage de découverte, c'est qu'on ne pouvait facilement s'en passer. Le P. Marquette avait recueilli des informations sur le Mississipi, il connaissait la langue des Illinois, il était important qu'il fit partie de l'expédi-^ tion. Un malheureux accident, rendit nécessaire la publication du rapport du P. Marquette, car en retournant à Québec, Jolliet chavira avec son canot dans les rapides de la Chine, au-dessu» de Montréal : il y perdit ses hommes et ses papiers et n'échappa lui-même que par une espèce de miracle.

Ce fut donc le 17 Mai 1673, à Michillimakinac, que le P. Marquette et Louis Jolliet s'embarquèrent sur deux canots d'écorce, avec cinq autres français, pour entreprendre leur long voyage. Ils avaient pour provisions du blé d'Inde avec quelque viande boucannée. Ils s'étaient munis en outre de tous les renseignements que les sauvages purent leur donner. Ils avaient tracé des cartes du pays, marqué les rivières, le nom des peuples et des lieux par lesquels ils devaient passer.

(( Surtout, dit le Père, je mis notre voyage sous la protection de la Sainte Vierge Immaculée, lui promettant que si elle noua faisait la grâce de découvrir la grande rivière, je lui donnerais le nom de Conception, et que je ferois aussi porter ce nom à la première mission que j'établierais chez ces nouveaux peuples, ce que j'ai fait de vrai chez les Illinois. »

Après avoir vogué quelque temp3 sur une partie du lac Huron, celui des Illinois (auj. Michigan) et la baie des Puants, ils rencontrèrent la nation de la Folle Avoine (1).

Ils entrèrent dans leur rivière (auj. Mennomoniey Wis,) pour visiter ces peuples auxquels les missionnaires avaient prêché. Il se trouvait parmi eux plusieurs bons chrétiens.

Le P. Marquette leur ayant communiqué son dessein d'aller découvrir des nations plus éloignées pour les instruire des mys^ tères de notre sainte religion, ils en furent extrêmement surpris et firent tout leur possible pour l'en dissuader ; ils lui représentèrent la cruauté de quelques-unes des tribus qu'il rencontrerait, leur état de guerre continuel, les dangers que présentait la navigation de la grande rivière, les monstres effroyables qui s'y trouvaient et qui dévoraient les hommes et les canots tout ensemble, enfin les chaleurs si excessives de ces pays qui devraient lui causer la mort infailliblement.

(1) Zitanig açuatigue (folle avoine. Rlz du Canada). Croit sur les bords vaseux des marais ; commune.

Grain farineux et sucré que les Indiens de l'Ouest recueillent pour leur nourrlture."--L'Abbé Provancher.

Il les remercia de leurs bons avis, mais il leur dit qu'il ner pouvait les suivre, puisqu'il s'agissait du salut des âmes, pour lesquels il serait ravi de donner sa vie ; qu'au reste leurs informations l'obligerait à se tenir en garde pour éviter ces dangers dont ils le menaçaient.

Après les avoir fait prier, il se sépara d'eux et arriva, peu de temps après, au fond de la baie des Puants, où les Jésuites travaillaient utilement à la conversion de ces peuples ; car ils avaient déjà baptisé plus de deux mille sauvages.

Le P. Marquette fait observer que le nom de cette baie n'a pas une aussi mauvaise signification en la langue des sauvages,, car ils l'appelaient plutôt la baie Salée que la baie des Puants, quoique parmi eux ce fut presque la même chose, et c'était aussi le nom qu'ils donnaient à la mer ; ce qui fit faire des recherches au Père pour découvrir s'il n'y avait pas en ces quartiers quelques fontaines d'eau salée. Il ne s'en trouva pas. Il faut croire que la baie tirait son nom de la nation qui habitait ses rives ; laquelle était appelée Winipegan^ Gens de Mer, ou Nation des Puants, (( non pas à raison d'aucune mauvaise odeur qui leur fut particulière, mais parce qu'elle se disait venue des côtes d'une mer fort éloignée dont l'eau était salée (Relat. 1648)».

La baie parut au Père, avoir trente lieues de profondetir et huit de large en son commencement, allant toujours se rétrécissant jusque dans le fond, où il est aisé de remarquer la marrée qui a son flux et reflux réglé, presque comme celui de la mer. un attribue aujourd'hui à l'action du vent ce mouvement des eaux.

Les voyageurs quittèrent la baie pour entrer dans la rivière (^Fox) qui s'y décharge. Elle est très belle en son embouchure, dit la relation et coule doucement, mais quand on a un peu avancé, on la trouve très difllcile, tant à cause des courants que des roches effilées qui coupent les canots et les pieds de ceux qui sont obligés de les traîner surtout quand les eaux sont basses. Elle est pleine d'outardes, de canards, de sarcelles et d'autres oiseaux attirés par la folle avoine, dont ils sont fort friands. Les voyageurs franchirent heureusement tous les obstacles ; et en approchant des Maskoutens, la nation du Feu, le Père eut la curiosité de boire des eaux minérales de la rivière qui n'est pas loin de cette bourgade. Trois sortes de nations étaient réunis dans le village : les Miamis, les Maskoutens, et les Kikahous. Les premiers étaient les plus civils, les plus libéraux et les mieux faits. Ils portaient « deux longues moustaches sur les oreilles, qui leur 'donnaient bonne grâce (?); ils passaient pour guerriers; presquetoujours heureux dans leurs expéditions, du reste ils étaient do-

tîîlep et écoutaient paisiblement ce qu'on leur disait. Ils étaient f*i avides d'entendre le P. Allouez quand il était au mileu d'eux qu'ils lui donnaient peu de repos, même pendant la nuit. Les Maskoutensct les Kikabous étaient plus grossiers.

Leurs cabanes étaient faittîs de jonc, l'écorce de bouleau étant rare eu ce pays ; avec certains inconvénients, comme par exemple de n'être pas des abris suffisants contre les pluies abundaijtes, ces sortes de cabanes offraient la commodité de pouvoir être mises en pa(juet, et être portées aisément pendant le temps de la chasse.

En visitant ces peuples, le P. Marquette fut extrêmement consolé de voir une belle croix, plantée au milieu du bourg, et ornée de plusieurs peaux blanches, de ceintures rouges, d'arcs et de flèches, que ces bonnes gens avaient offerts au grand Manitou, pour le remercier de ce qu'il avait eu pitié d'eux pendant Thi ver, leur donnant une chasse abondante lorsqu'ils appréhendaient le plus la famine.

La situation de la bourgade était belle et pitoresque : car de l'éminence où elle était placée, l'œil découvrait de toutes parts des prairies à perte de vue, partagées par des bocages, ou par des bois de haute futaie ; la terre y était très-bonne et produiî^it en abondance le blé d'Inde, les prunes et le raisin.

Aussitôt qu'ils furent arrivés, nos voyageurs assemblèrent les anciens ; M. Jolliet leur dit qu'il était envoyé par le Grouverneur pour découvrir de nouveaux pays, et le Père Marquette, qu'il allait de la part de Dieu pour les éclairer des lumières du Saint Evangile, qu'ils ne craignaient pas les dangers du voyage, mais qu'ils avaient besoin de deux guides pour les mettre dans la route. Ils accompagnèrent leurs paroles d'un présent. Les sauvages se rendirent volontiers à leur demande, et ils leur donnèrent en présent une natte pour leur servir de lit pendant le voyage.

Le lendemain, 10 Juin, deux Miamis s'embarquèrent, comme guides, avec les expéditionnaires, à la vue d'un grand nombre qui ne pouvaient assez s'étonner de voir sept français, seuls, oser entreprendre une expédition si extraordinaire.

Marquette savait qu'à trois lieues des Maskoutens était une rivière qui se décharge dans le Mississipi, qu'ils devaient aller dans la direction ouest-sud-ouest pour y arriver, mais le chemin était partagé de tant de marais et de petits lacs qu'il était aisé de s'y égarer, d'autant plus que la rivière qui y mène, était si chargée de folle avoine, qu'on pouvait à peine en reconnaître le chenal. C'est pour cela que des guides étaient nécessaires, aussi ceux-ci conduisirent-ils les voyageurs heureusement jusqu'à un ^^ortage de 2,700 pas. Us aidèrent à transporter les canota pour jQtrer dans cette rivière, après quoi ils s'en retournèrent.

Les découvreurs quittèrent donc les eaux qui vont à Québec, Ai 4 ou 500 lieues de là, pour prendre celles qui devaient les conduire désormais dans des terres étranj^ères. Avant que de s'eml}arquer, ils commencèrent tous ensemble une nouvelle dévotion à la Sainte Vierge Immaculée, qu'ils pratiquèrent tous les jours. Après s'f»tre encouragés les uns les autres, ils montèrent en canot.

La rivière sur laquelle ils embarquèrent s'appelait Meskousing (le Wiscotisin) ; elle était fort large, mais son fond était du sable, qui faisait diverses battures, lesquelles rendaient cette navigation très-difficile. Elle était pleine d'iles couvertes de vignes ; gur les bords paraissaient de bonnes terres entremêlées de bois, de prairies et de coteaux ; on y voyait des chênes, des noyers, des bois blancs et autres espèces d'arbres. Ils ne virent ni gibier ni poisson, mais bien des chevreuils et des vaches en assez grande quantité. Après avoir navigué 30 lieues, ils découvrirent une mine de fer, qui leur parut aussi bonne qu'abondante. Ils arrivèrent enfin à l'embouchure de la rivière, après 40 lieues de marche, « nous nous trouvons, dit Marquette, à 42^ ® d'élévation (1), nous entrons heureusement dans le Mississipi, le 17 juin, avec une joie que je ne peux pas expliquer. »

Cette rivière, continue la relation, tire son origine de plusieurs lacs du nord ; elle est étroite à la décharge de Miskous (du Wis- <:onsin) ; son courant, qui porte du côté du sud est lent et paisible. A la droite on voit une chaîne de montagnes fort hautes, et à la gauche de belles terres. Elle est coupée d'îles en divers endroits. Sa largeur e.«t fort inégale, elle a quelquefois trois quarts de lieues, et quelquefois elle se rétrécit jusqu'à trois arpents. Ils suivirent le cours de la rivière, qui va au sud et au sud-est jusqu'au 42"^ d'élévation. En cet endroit ils aperçurent que tout avait changé de face. Il n'y avait pie^ jue plus de bois ni de montagnes ; les îles étaient plus belles et couvertes de plus beaux arbres.

Ils avançaient ainsi toujours ; mais comme ils ne savaient pas où ils allaient, ayant fait déjà plus de cent lieues depuis qu'ils avaient quitté les guides, sans avoir rien découvert que des bêtes et des oiseaux, ils se tenaient bien sur leurs gardes ; ils ne faisaient qu'un petit feu le soir, pour préparer leur repas, et après souper, ils s'en éloignaient le plus qu'ils pouvaient, et ils allaient passer la nuit dans leurs canots qu'ils tenaient à l'ancre sur la rivière, assez loin des bords.

(1) Cette latitude est à peu pr*s exacte. T^a Prairie du Chien, qui est à 4 ou 5 milles au-dessus de l'embouchure du Wisconsin se trouve à 43® * <le lat. N.

Ils avaient fait plus de 60 lieues, depuis leur entrée dans 1» rivière, pans rien dëcouvrir. Enfin le 25 Juin ils virent sur le bord de l'eau des pistes d'homme, et un petit sentier assez battu <jui entrait dans une belle prairie. Ils débarquèrent et laissant les cannots sous la garde de leurs gens, le P. Marquette et M. Jolliet s'avancèrent pour faire des découvertes. Ils suivaient en silence le petit sentier, et après avoir fait environ deux lieues, ils découvrirent un village sur le bord d'une rivière (1) et deux autres sur un coteau écarté du premier d'une demie-lieue. Comme ils étaient arrivés avssez près du village, ils poussèrent un cri pour s'annoncer, et puis ils s'arrêtèrent. A ce cri les sauvages sortent promptement de leurs cabanes, et ayant reconnu leurs visiteurs pour Français, surtout ayant vu une Robe noire, ils députèrent quatre vieillards, pour aller leur parler. Les messagers s'avançaient à petits pas, deux d'entr'eux portaient des pipes qu'ils élevaient vers le soleil, en gage de leurs dispositions amicales. Le P. Marquette rassuré par ceé signes s'adressa à eux et leur demanda qui ils étaient. Ils répondirent qu'ils étaient Illinois, et pour marque de paix ils présentèrent leur pipe aux Français pour pétuner. Ils les invitèrent d'entrer dans leur village où ils leur firent une cordiale réception.

On conduisit les étrangers dans la cabane du chef qui les complimenta en leur disant : « Que le soleil est beau, Français quand tu viens nous visiter; tout notre bourg t'attend, et tu entreras en paix dans toutes les cabanes. »

Après qu'ils eurent pris place au milieu de la foule qui le» dévorait des yeux, on leur présenta le calumet. Pendant que tous les anciens pétunaient pour honorer les visiteurs, on vint inviter ceux-ci de la part du grand capitaine de tous les Illinois, À se traasportsr dans sa bourgade où il voulait tenir conseil avec eux. Marquette et Jolliet s'étant rendus à cette invitation ils furent reçus avec beaucoup d'égard, par le grand <}apitaine. Le P. Marquette lui expliqua le but de leur voyage, faisant suivre d'un présent chaque point de son discours. Le chef leur répondit qu'il était très heureux de voir la Robe noire et le Français qui l'accompagnait, mais il les conjura tous deux, au nom do toute la nation de ne pas passer outre à cause des grands dangers où ils s'exposaient. Et il accompagna son discours d'un présent qui était un calumet mystérieux d'un grand prix aux yeux des sauvages.

) On suppose que c'était la rivière £>^s Moitui,

Le Conseil fut suivi d'un grand festin, qui consistait en quatre mets qu41 fallait prendre avec beaucoup de cérémonies. Après le repas on fit la visite du village, composé de trois cents cabanes. Les sauvages s'empressaient d'offrir aux étrangers différents articles : des ceintures, des jarretières, et d'autres ouvrages. Le lendemain les voyageurs prirent congé de leurs hôtes leur promettant de repasser par leur bourg dans quatre lunes.

Le P. Marquette nous donne quelques détails intéressants sur cette nation. Le nom d'Illinois signifie en leur langue, l'homme, <îomme si les autres sauvages auprès d'eux ne passaient que pour des bêtes ; aussi ils avaient un certain air d'humanité qui le» •distinguait des autres nations sauvages. Leur langue tenait de l'Algonquin, de sorte que le Père les entendait facilement. Us avaient le corps bien fait, ils étaient lestes et fort adroits à tirer <Je l'arc ; leur caractère doux et traitable ; ils ne connaissaient ni le fer, ni le cuivre et n'avaient que des couteaux de pierre. Le sol était fertile, la chasse abondante, aussi ne souffraient-ils jamais de la famine.

Après cette entrevue, le P. Marquette et ses compagnons s'embarquèrent de nouveau. En descendant ils allaient dans le sensd'une autre rivière appelée Pekitanoui, (1) qui se décharge dan» le Mississipi en venant du nord ouest.

Passant proche des rochers affreux pour leur hauteur et leur longueur, ils virent sur l'un de ces rochers deux monstres qui paraissaient peints en vert, rouge et noir ; horribles à voir, mais si bien dessinés, qu'ils eurent peine à croire que des sauvages en fussent les auteurs ; d'ailleurs ces peintures étaient si hautes sur les rochers qu'il semblait difl&cile d'y atteindre. (2)

On trouve immédiatement audessus de la ville d'Alton le rocher sur lequel ces figures étaient peintes. Aujourd'hui elles n'existent plus, le temps les a effacées, mais là tradition de leur existancô s'est conservée. Je passai en cet endroit dit Parkman, en 1867 ; une partie du rocher avait été minée et à la place des monstres décrits par Marquette, je vis un immense placard, portant en grosses lettres : " Plantation Bitters. "

(1) '^Pekitanoui" i( actuellement le Missouri.) Ce mot signifia eaa bourbeuse.

(2) Les monstres peints sur le flanc de rochers perpendiculaires et élevés apparemment innaccessiblesà l'homme entre le Missouri et l'Illtnois, «onnus aux auteurs modernes sous le nom de "Piesa/* sont dans un asseitbon état de conservation. '* Hi8t.de la Louisiane. "

Stoddard.

Comme les voyageurs s'entretenaient sur ces monstres, Toguani paisiblement dans une belle eau claire et dormante, ils entendirent le bruit d'un rapide, où ils allaient tomber. Des arbres entiers, des branches réunies, des ilets flottants sortaient de lembouchure de la rivière Pekitanoui avec tant d'impétuosité, que le passîigc à travers tous ces obstacles ne pouvait se l'aire, saoâ j^rand danger. L'agitation était telle que l'eau en était toute boueuse. Le Pckitanouï était une rivière considérable, qui venait d'assez loin du côté du nord ouest et se déchargeait dans le Mississipi : plusieurs bourgades de sauvages étaient placées le long de cette rivière.

Ici le P. Marquette décida que le Mississipi, s'il continuait dans la même direction devait se Recharger dans le Golfe du MejLique. Kt il conjectura, d'après les informations des sauvages qu'en remontant le Pekitanoui pendant plusieurs journées, il finirait par trouver une autre rivière qui se jetait dans la mer de Californie. (1)

Après avoir fait environ vingt lieues droit au sud, et un peu moins au sud e.^t, ils se trouvèrent à l'embouchure d'une rivière nommé Ouaboukigou (2) (Oliio), vers les 3Go de latitude. Un peu audessus de cet endroit, ils passèrent par un lieu redoutable aux sauvages, la prétendue demeure d'un démon qui donnait la mort aux passants. Ce démon était une petite anse de rochers hauts de vingt pieds, contre lesquels les vagues, resserrées par une ile voisine, allaient se briser avec fracas. En se rebroussant les unes sur les autres, elles faisaient un tintamarre qui donnait la terreur aux sauvages si faciles à s'épouvanter.

L'Ouaboukigou venait des terres du Levant oii étaient les nations (ju'on aj)pelait Chaouanons (3). Peuple nombreux, mais nullement guerrier, que les Iroquois allaient chercher à cette distance pour leur faire la guerre, les prendre et les emmener comme des troupeaux, les réduire ensuite à l'esclavage ou les livrer à la torture.

(1) Marquette avait raison. En remontant la Plata, tributaire du Missouri, on pouvait arriver 6, la tt-te du Rio-Colorado qui se décharge dans la mer Vermeille ou golfe de Californie.

(2) Ce nom iroquois signifie Mlg rivière: il a été changé en celui de Ouabache, donné aujourd'hui au dernier tributaire de l'Ohio. '

(3) Mr. Shoa suppose queErlés ou Erlehronon, (nation du Chat), ShaiirneeR, Chaouanon, Ontouagannah, Sawanas, sont des noms qui désignent une seule et mC-me tribu que les Iroquois ont poursuivi sans relâche.

Un peu au-dessus de l'embouchure de cette rivière dont oir vient de parler étaient des falaises, où les Français aperçurent une mine de fer ; il y en avait plusieurs veines, et un lit d'un pied de hauteur. Ils en virent de gros morceaux liés avec de» cailloux.

Il s'y trouvait aussi d'une terre grasse de trois sortes de couleur, de pourpre, de violet et de rouge. L'eau dans laquelle elle était lavée prenait la couleur du sang. Il y avait encore d'un sable rouge fort pesant. Le père en mit sur son aviron qui resta teinte pendant quinze jours.

Ils commencèrent à voir des cannes ou de gros roseaux sur le bord de la rivière ; ils firent aussi la rencontre fort incommode des marins:ouins.

Pour se mettre à couvert de leur importunité et des rayons dut soleil, ils se tirent, avec les voiles, une espèce de cabane. (1)

Comme les voyageurs se laissaient aller au gré de l'eau, ils Aperçurent à terre des sauvages qui les attendaient armés de fusils. Tandis que les Français se mettaient en défense, le P. Marquette éleva son calumet vers les sauvages, et leur parla en huron, mais ils ne répondirent rien, ils firent seulement signe au Père d'approcher, pour accepter à manger. Marquette et ses compagnons, étant débarqué^?, furent introduits dans les cabanes où les indigènes leur présentèrent du bœuf sauvage, de l'huile d'ours et d'excellentes prunes blanches.

Ces sauvages avaient des fusils, des haches, des houes, des couteaux, de la rassade, des bouteilles de verre pour leur poudre. Ils assurèrent le P. Marquette qu'il n'était qu'à dix journées de la mer ; qu'ils achetaient des étoffes des Européens qui étaient du côté de l'Est, que ces Européens avaient des chapelets et des images, qu'ils jouaient des instruments, qu'il y en avait de faits comme lui, et qu'ils en étaient bien reçus. Cependant personne parmi ces sauvages ne paraissait avoir reçu aucune instruction sur la Foi. Le Père leur en donna autant qu'il put avec quelques médailles.

Encouragés par ces nouvelles, les voyageurs se remirent en marche ; ils faisaient jouer l'aviron avec une nouvelle ardeur. Ils s'avançaient au milieu de deux rives couvertes de bois élevés ; les prairies se montraient plus rares ; cependant elles de-

(1) Marquette venait d'atteindre le territoire de la tribu guerrière de fr Chicakas, qui habitaient le long du Mississipl et au loin du côté de Test. Cette tribu trafiquait avec des sauvages qui entretenaient des relation^' avec les Européens.

vaient se trouver derrière le rideau d'arbres qui bordait la rivière, «ar ils y entendaient meugler quantité de bœufs sauvages. Ils virent des cailles sur le bord de l'eau, et tuèrent un petit perroquot.

Ils étaient maintenant proche du 33 ® de latitude, ayant presque toujours été vers le sud, quand ils aperçurent un village sur le bord de l'eau nommé Mitchigamea.

Ici Marquette et ses compagnons eurent recours à la patronne de leur voyage, la Sainte Vierge Immaculée ; et ils avaient bien besoin de son assistance, car ils entendirent de loin les sauvages qui s'animaient au combat par leurs cris continuels. Ils étaient armés d'arcs, de flècluîs, de massues et de boucliers. Ils se mirent en état d'attaquer les voyageurs par eau et par terre. Une partie s'embarqua dans de grands canots de bois pour leur couper le passage, tandis que ceux qui étaient à terre allaient et venaient comme pour commencer l'attaque. Le P. Marquette présentait en vain son calumet de paix ; les sauvages étaient prêts à -décocher leurs flèches sur eux, lorsqu'enfin des vieillards qui . étaient sur le bord de l'eau aperçurent le calumet et arrêtèrent Tardeur de la jeunesse. Deux d'entre eux jetant leurs armes aux pieds des étrangers, en signe de paix, entrèrent dans les canots, et les firent approcher de terre. Les Français débarquèrent <non sans quelque crainte.

IJ fallut au commencement parler par gestes, parceque personne n'entendait rien des six langues que Marquette savait ; il se trouva enfin un vieillard qui parlait un peu l'Illinois.

Le Père leur fit comprendre qu'ils allaient à la mer, et il •essaya de leur inculquer quelques notions sur Dieu et les choses du salut. En réponse les sauvages dirent à leurs visiteurs qu'ils apprendraient tout ce qu'il désiraient d*un grand village nommé Akansea, qui n'était qu'à 8 ou 10 lieues plus bas. Ils offrirent aux étrangers de la gagamité et du poisson,

Après avoir passé une nuit troublée par l'inquiétude, les Français s'embarquèrent le lendemain de grand matin avec leur interprète ; un canot, où étaient dix sauvages, les précédait.

A une demie lieue des Akansea (Arkansas), ils virent paraître deux canots qui venaient au devant d'eux. Celui qui y commandait était debout, tenant en main le calumet. Il conduisit les Français sur la rive, où une cordiale réception les attendait. On leur offrit de la sagamité et du pain de Blé-d'Inde. Ils troO' vèrent là par bonheur un jeune homme qui entendait l'Illinois '^beaucoup mieux que l'interprète de Mitchigamea. Le P. Mar- .quette s'en servit pour parler à toute l'assemblée de Dieu et des mystères de la Foi ; ces sauvages faisaient paraître un grand .-désir de retenir le missionnajire avec eux pour les instruire.

Le P. Marquette leur demanda engnite ce qu'ils s&vaient de la mer. lU rëpondirent que dans cinq jours, lui et ses cnmpa- ^ons pourraient y arriver ; qu'ils ne connaiesaient pas les nations qui l'habitaient, parceque leurs eunemig les empêchaient d'avoir oonimerce avec les Européens ; que leurs hactieH, leurs 43oattiaux et leurs rasfades avaient été achetés en partie des natiofla de l'est, en partie des Illinois, h l'ouest, àquatre journées de là ; que ces sauvages armés, rencontrés précédemment par les Français, étaient des ennemis de leur tribu, et qu'ils leur fenuaient le passage de la mer ; qu'enfin ils prévoyaient de grands dangers pour les Français s'ils aTançaient plus loin sur la rivière.

Pendant cet entretien les sauvages apportaient fL leurs hStes dans de grands pkta, tantôt de la eaganiité, tautfit du blé-d'Inde, tantôt d'un morceau de chïen : toute la journée se passa en fea-

Ces peuples étaient généreux et hospitaliers, mais pauvres, |iaro6 qu'ils n'osaient aller à la chasse par crainte de leurs ennemis. Ils avaient toutefois dn blé d'Inde en abondance ; ils eu semaient à toutes les saisons de l'année ; de sorte que le Père en vit en même temps qui était en maturité, d'autre qui commençait à pousser. Ils faisaient ouire leurs alimente dans de grands pots do terre (1) qui étaie tbien faits. Es avaient aussi des assiettes de terre cnite, dont ils se servaient à divers usages. Leur langue (2) était si difficile que le P. Marquette désespérait d'en pouvoir prononcer quelques mots. Ils ne voyaient jamais de neige chez eux et ils ne connaissaient l'hiver que par les pluies qui y tombaient plus souvHit qu'en été.

Lesoir, les anciens firent un conseil secret dans le dessein que quelques-uns avaient de casser la tSte aus étrangers pour les piller ; mais le chef rompit toutes ces menés. Ayant envoyé ohercher le P. Marquett* et M. Jollîet il fuma le calumet devant eux et pour leur ûter toute crainte il en fit présent au mis- BÎouDaire.

(3) Lei premlem vof agcura nous ont ooi langoe dea ArkansaB, aea fraitments de leur leore coutumeB, liidiqueiit qu'ils venaient d

mparés, pourla fcirnie et

serve quelque flûme.aveclBO Mexique.

Le Père et son compagnon oommincèrent à délibérer sar ce qu'ils avaient à faire, s'ils devaient pousser plus loin la découverte ou se contenter de ce qu'ils avaient vu.

Après avoir considéré que le golfe du ^lexique s'étendait au nordjusqu'à32''60' (1) (sic), et se trouvant déjà à 33"40', ils en con.îlurent qu'ils ne pouvaient pas être à plus de deux à trois joumés de la mer ; que le Mississipi avait sa décharge dans la Floride au golfe du Mexique : non pas du côté de l'est, dans la Virginie, dont le bord de la mer est à 34" qu'ils avaient déjà passés ; non pas aussi du côté de l'ouest en Californie parce que leur route avait toujours été au sud.

rersuadés qu'ils avaient ainsi atteint le principal objet de leur expédition, et craignant en descendant plus bas sur le fleuve, de tomber entre les mains des sauvages armés qui infestaient cette partie du Mississipi, ou bien encore d'aller se jeter entre les mains des Espagnols qui les auraient retenus captifs, ils résolurent de retourner pour ne pas perdre le fruit de leur voyage. Ils informèrent les sauvages de leur détermination, et. firent encore une journée pour se reposer et se préparer aux nouvelles fatigues qui les attendaient.

Après un mois de navigation sur le Mississipi depuis le 42*, jusqu'au 34°, et plus, le P. Marquette et les Français, quittèrent le village des Akansea, le 17 Juillet, pour retourner sur leur pas. Ce n'est pas sans peine qu'ils remontaient lentement le courant du fleuve.

Arrivés au 38°, ils . laissèrent le Mississipi pour entrer dans une autre rivière ( la rivière des Illinois,) qui leur abrégeait la route et les conduisait avec peu de peine, au lac des Illinois, (Michigan). Ils remarquèrent avec admiration la beauté du pays, des prairies et des bois ; la variété du gibier : la grande quantité de petits lacs et petites rivières qui s'offraient sur leur passage. La rivière sur .laquelle ils naviguaient, était large, profonde et paisible pendant' soixante lieues. .En printemps et pendant une partie de l'été., il n'y avait qu'un seul portage d'une demie lieue. Ils trouvèrent une bourgade d'IUinois nommée Kaskaskia, (2)composée de soixante-et-quatorze cabanes.

(1) Ces chiin*es se trouvent dans les " Relaitons inédites de la Nouvelle Fra$(' ce;** la traduction de M. Shea porte 81 o 40'. On sait qu'en réalité l'embouchure du Mississipi est au dessous du 29o de latitude.

(1) 11 faut bien remarquer que ce village de Kaskaskia n'ocupait pas du tout le site de la ville actuelle de Kaskaskia sur la rivière du m^me nom.

%es habitants reçureat trâs bien les Frasçats et îh lirent promt^- ,lre au P. Marquette de retourner pour les instruire. Un des ' efs de cette natînn. SiVeo la jeunesse du pays, alla reconduire 1 voyageurs jusqu'à la baie des Puants où ils arrÎTèrent but la , de septembre. (2)

Tandis que JoUiet se rendait à Québec, le P. Marqnette épuisé par les fatigues du voyage et la maladie restait au milieu de 4eB sauTHges pour se remette, et être prêt i entreprendre la miswon des Illinois aussitôt que ses supérieurs lui enverraient des ordres. Il dut aussi s'occuper d'écrire le récit de son voyage, qu'il transmit au P. Claude Dablon, supiSrieur à Québec, probablement l'été suivant par la flotille de l'Outaouais. Le gouverneur de Frontenac en adressa sans doute une copie au gouvernent en France, selon qu'il l'avait promis, mais à cette époque avait srrSté la publication des Rehitiotis des Jigtiitet, ainsi voyi4^ de Marquette ne fut pas donné au public, et l'importente découverte du Mississipi n'attira pas l'attention. Par bon* faeur, Thévenot, qui avait déjà publié un Heaieil de Voi/ages, eut connaissance du journal du P. Marquette, et il en comprit à hiea l'importanee qu'il se hâta de publier (1Û81) nn nouveau .Tolnme où il l'inséra.

Mr. Sparic, des Etats-Uni», qui a écrit une vie abrégée du P. UarqueÛe, parle en ces termes de son journal :

« Le style en est simple, clair, sans aucune prétention. L'auteur raconte ce qui se passe, décrit ce qu'il voit, sans y ajouter ^'embellissements pour produire de l'effet. Il y parle comme ■n homme d'étude, d'observations, et d'un grand sens pratique. iia ne remarque en lui aucune tendance à grossir les difficultés ^'il rencontre, à exagérer l'importance de sa découverte. Â tous jfgftrds, c'est un des documeuts les plus intéressants de l'histoire Mrimitive d'Amérique, ti

l!\ mlBBloQ de Bt, Ignsoe & la baie des Puants, en rem

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la rivière Koi jùaqu'uù imr^

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l'embtiiiohure de l'IUlnoIa OUcagoâlBbaledea Pua

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Le P. Marquette passa tout l'été de 1674 à la missioii de St. François-Xavier, au fund de la baie des Puants ; c'est là qu'il reçut les ordres qu'il attendait de Québec. Comme sa santé était maintenant asaei rétablie, il partit de la miseion de St. François, le 25 octobre, pour se rendre chez les Illinoia appelés Ksskaskia. Le Père avait deux hommes avec lui pour l'aider ; déplus il était accouipagné d'un certain nombre de Pout«ouatamis et d'Illinois. Lus T[>yageurs suivireut les bords de la baie jusqu'à l'embouchure de la rivière Fox, do là ils remontèrent un peu jusqu'à une petite baie qui ouupait presque la péninsule et iIb firent le portage dans le lac de» IlliuMg.

Ici les canota longeaient la oôte, le P, Marqnette prenait plaî' sir à les suivre, en marchant sur le beau sable de la grève ; il n'embarquait que pour traverser les rivières, qui coupaient le chemin. La navit;ation était agnïable ; il n'y avait pas de portage, l'abord sur les rives était facile, seulement il fallait ne pas être trop ti opiniâtre à marcher daus les lames et de grand veut. « La terre ne valait rien excepté dans les prairies ; mais la chasse dn chevreau était très abondante.

Ils furent plus d'un mois à ofitojer la rive nceidentale du lac, enfin le 4 Décembre, ils arrivèrent à la rivière de Chicago qu'ils rencontrèrent à environ deux lieues. Mais malgré toute m bonne volonté le missionnaire sentit qu'il ne pouvait aller plus loin. Dès le 23 novembre, sa maladie lui était revenue, et comme maintenant la rivière était fermée par les glaces, il lui était impossible de marcher par les chemins d'hiver.

Il fallut donc se résigner à passer l'hiver en cet endroit. Aprijs avoir instruit les sauvages qui l'accompagnaient autant que le temps le lui permit, il les laissa continuer leur route, ne gardant avec lui que ses deux hommes. A 18 lieues de là. il, y avait deux Français : l'un était le fameux coureur de bois surnommé la Toupine, l'autre se donnait comme ehirurgien ; à six lieues, il y avait un village d'IUînois. Le chirurgien ayant été averti de la maladie du Père, se h&ta de venir le visiter ; les sauvages aussi en étant informés et craignant qu'il ne Boufirit de la disette voulurent l'envoyer chercher avec tous ses baggages, Le bon missionnaire, touché de leur sollicitude, s'empressa de les rassurer sur le point qui les inquiétait, mais il ne put s'empêcher de leur dire que si la maladie continuait, il lui serait difficile de les visiter, même au printemps.

Les anciens de la tribu alarmés par ces nouvelles, députèreitt trois sauvages vers la Robe noire, aveu trois sacs de blé, de la viande sèche, des citrouilles et douze castors : lo pour lui faire une natte, 2o pour lui demander de la poudre, 3o pour qu'il

n'eût pas faim, 4o pour avoir quelque peu de marchandises. Le Père leur répondit premièrement qu'il était venu pour les instruire, en leur parlant de la Prière, etc ; deuxièmement qu'il ne leur donnerait point de poudre; puisque le missionnaire tâchait d'3 mettre partout la paix, et qu'il ne voulait pas qu'ils commençassent la guerre avec les Miamis ; troisièmement qu'il n'appréhendait pas la faim ; qu'il encouragerait les Français à leur apporter des marchandises, mais qu'il fallait que les Illinois satisfirent les traiteurs qui étaient chez eux pour la rassade prise, pendant l'absence du chirurgien. Pour les remercier de leurs présents et aussi reconnaître leur bonne volonté dé ce qu'ils étaient venus le visiter d'une grande distance, le Père leur donna une hache, des couteaux, de la rassade et deux miroirs. Il leur dit, en les congédiant qu'il tâcherait d'aller à leur village, ne fusse que pour quelque joars. Les sauvages lui répliquèrent de prendre couraj^e, de demeurer et de mourir dans leur pays, car on leur avait dit qu'il y resterait longtemps ; sur ce, ils retournèrent à leur campement d'hiver.

Affaibli par sa maladie, une hémorragie persistante, le Père Marquette comprit qu'il ne pouvait pas vivre ainsi bien longtemps ; il ne craignit pas de s'imposer de nouvelles fatigues, en vue de se préparer à la mort qui lui semblait prochaine ; il consacra donc plusieurs semaines de sa réclusion à faire les exercices de St. Ignace. Mais toujours enflammé du désir de revoir ses pauvres Illinois, d'y fonder une mission qu'il désirait consacrer à Marie Immaculée, il voulut s'adresser à cette patronne vénérée pour obtenir, par son intercession quelque répit à ses souffrances. Il commença donc une neuvaine en l'honneur de la Ste. Vierge, avec ses deux compagnons. Le ciel entendit sa fervente prière ; la maladie se ralentit ; les forces lui revinrent un peu et en mars, il pouvait reprendre son voyage. Le 30 de ce mois, le missionnaire et ses compagnons quittèrent leur misérable cabane qui venait d'être inondée par la crue subite de la rivière.

Par un portage difficile, tout rempli d'eau, ils transportèrent leur canot jusqu'à la tête de la rivière Des Plaines, tributaire de rillinois. Marquette connaissait déjà cette route, qu'il avait suivi dix-huit mois auparavant à son tetour du Mississipi. S'abandonnant au courant de la rivière, ils atteignirent l'IUinois qu'ils descendirent jusqu'au bourg' de Kaskaskia. Ils y arrivèrent le 8 avril, (1675) et le missionnaire y fut reçu comme un auge du ciel. C'était le lundi de la semaine sainte. Le Père se mit immédiatement à l'œuvre : il commença par réunir les chefs et les anciens de la tribu pour leur donner quelques notions sur

la Keli<;ion, puis il allait de cabane en cabane instruisant ce pauvre ])eu])le ([ui hc rendait en foule aux lieux où le missionnaire prenait la parole. Après qu'il eut ainsi préparé les esprits, il convo(|ua une ansembléc générale dans une belle prairie voisine du bourg, hfi P. Marquette fit élever un autel au milieu de la plaine ; il l'orna avec des pièces de taffetas, de grandes images de la Vierge ; il couvrit le sol tout autour avec des nattoH et des peaux d'ours. On étiiit au jeudi saint. Tous les chefs et les vieillard», au nombre de cinq cents vinrent s'asseoir autour du Pore, toute la jeunesse au nombre de quinze cents hommes se tenait debout en arrière ; le reste de l'assemblée était composée d'une foule considérable de femmes et d'enfants. Le Père parla à tout ce peuple, et, selon la coutume, il leur porta dix paroles par dix présents qu'il leur fit. Il leur expliqua les principaux mystères de notre religion, et la fin pour laquelle il était venu en leur pays ; mais surtout il leur prêcha Jésus crucifié, la veille même du grand jour auquel il était mort en croix pour eux, aussi bien que pour tout le reste des hommes, enfin, il conclut la cérémonie par la célébration de la sainte messe. Au jour de Pâques, les choses étant disposées de la même manière que le jeudi, il célébra la messe pour la seconde fois, et par ces saints sacrifices, les deux premiers qu'on y eut jamais offerts à Dieu, il prit possession de cette terre au nom de Jésus-Christ, et donna à cette mission le nom de la Conception Immaculée de la Sainte Vierge. Tout le ptmple était dans la joie ; mais le temps accordé à. la fervente prière du missionnaire touchait à sa fin. Il venait d'accomplir l'œuvre de ses ardentes aspirations ; la mission des Illinois était fondée, la semence de l'Evangile avait été jetée sur cette terre, un autel avait été dressé pour ces peuples, la victime sainte avait été immolée pour eux, l'heureux prêtre n'avait plus rien à demander, maintenant il était prêt à quitter la terre. La maladie commençait à le fatiguer de nouveau ; dans l'espoir de pouvoir arriver à. Michillimakinac, pour mourir au milieu de ses frères, entouré des consolations de la religion, le Père se remit en route, escorté des BLaskaskia qui l'accompagnèrent jusqu'au lac des Illinois (Michigan.) En leur disant adieu, le Père leur promit que d'autres missionnaires iraient les visiter.

Le P. Marquette arriva dans le lac du côté de Test, probablement par la rivière St. Joseph. Il n'avait pas encore vogué le long de cette rive. Pendant que ses deux fidèles serviteurs se dépensaient généreusement à manier l'aviron afin d'arriver an plus-tôt, le saint religieux, assis au fond du canot, était tout à la prière et à la méditation. Il s'affaiblissait de plus en plus, et le

ITinal l'avait mis sd baa ([u'il ne pom'iiit plus se remuer , le porter comme un cofant. Il voyait aanii tristssse la mort s'approcher ; et il tâchait d'adoucir la peine de ses compagunnu. Huit jours avant qu'il expirât, il eut la pensée de faire de l'eau bénite et il eut soin d'instruire ses deus nomuies comment ils en devraient user i. son agonie et à sa sépulture. Il leur dit eueore quelle place il fallait cliosir pour l'enterrer, de quelle manière l'ensevelir, comment marquer le lieu où il serait iuhnmé,

Xio F. Marquette voulait 6tre enterré près du kc, à l'embouchure d'une rivière aeees considérable, pour qu'on pût retrouver facilement le lieu de sa sépulture. Le vendredi, IB mai, sur les trois heures de l'après-midi, il aperçut l'embouchure d'une rivière qoi répondait i. ses désirs. Il pria ses ci>iupagnons de ne pas aller plus loin, et de mettre il terre auprès de cette rivière ; a afin q^n'il se préparât un peu plus en repos H sa dernière heure Iqai était proche.»

I, Ayant toujours longé le lac des Illinoia à l'est, les voyageurs ■approchaient maintenant du cap appelé aujourd'hui Sierping KBecr. Les deux compagnons de Marquette, Pierre l'crteret et H^scques, espéraient encore de pouvoir atteindre Hichillimakinao ^Brefiu'û. la demande du Père, ils durent entrer dans la petite HRrièrc appelée depuis la rivière au P. Marquette. lis y péué- ^^^rent par l'endroit oii elle se déchargeait alors dans le lac, (1)

[. Parkman dit que la rlvl&re i> s nom (In missionnaire, ir~'--

I ualre de lu Ce

inipaBnle de J^ua, oêiebrc parceque, le premier de» nniitë el deBOsndn le Mlulsaipl eC vlxlté eu 1674 (IfiTS),

KsilsBlou do Mlckllll-Muolcliiac, et cbIIo da l'Arbre-Grosbe, e

sortait en 1676 lorsque le P. Marurutlee(lEI.) Elle sort maintenant . on pIoH nu Hiid, eutre dens caps qui ir et qui paraissent avoir été Beparéa st des vagues. Le Ueo qu'Us m'ont ..... .j j„ 1 . j.. 1^ Miïlûgan

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mille huit oeots pieds de lar) __ , ..

certain qu'ello changea son cours peu de semaines uprËs la mort du P. MarauBtlc. raimme par respect pour les restes prÉcleus du saint homme. -,e des voyaitearB m- me protestants, qol l'ont consignée a de leurs voyages | et le tait est confirmé parlr •—-■-■ — !e jusqu'à cejoar parmi le ' '

. CAthoiiques dans la même

car depuis elle a changé son cours. Ils élevèrent à la hâte sur ses rives, une méchante cabane d'écorccs, et ils y couchèrent leur malade aussi bien qu'ils purent.

Le premier souci du Père fut de consoler ses compagnons. Il les exhorta à la confiance en Dieu qui ne les abandonnerait pas dans ces vastes solitudes. Puis il leur donna quelque temps peur se disposer au sacrement de pénitence qu'il voulait encore leur administrer. Il acheva dans l'intervalle ce qui lui restait à dire de son bréviaire pour ce jour-là. Car quelqu'incommodité qu'il eut eue dans le voyage, il voulut le réciter jusqu'au dernier jour de sa vie.

Après avoir entendu la confession de ses bien aimés compagnons, il les envoya prendre un peu de repos. Quand il sentit l'agonie qui approchait, il les appela, et remettant à l'un d'eux le crucifix qu'il portait à son cou, il le pria de le tenir élevé en face de lui. Portant les yeux sur cette image bénie, la fixant de son regard, il fit sa profession de foi d'une voix ferme, remercia Dieu de la grâce incomparable qu'il lui faisait de mourir Jésuite, missionnaire et abandonné au milieu d'un désert.

Ensuite il se tut, se recueillit, pour s'entretenir en lui-même avec Dieu ; de temps à autre il laissait échapper quelques pieuses aspirations. Il entra en agonie, mais une agonie douce et tranquille ; ses lèvres mourantes murmurèrent le nom de Jésus et Marie, qu'il prononça plusieurs fois, et en même temps, comme si quelque chose se fut présenté devant ses yeux, il les haussa tout d'un coup, un peu au-dessus de son crucifix, et regardant toujours fixement de ce même côté, le visage souriant et tout enflammé, il rendit paisiblement sa bienheureuse âme à son Créateur, un samedi, le 19 mai 1675, entre onze heures et minuit (Rel 1675).

({ Ainsi, dit M. Gameau, se termina dans le silence des forêts, la vie d'un homme dont le nom retentit aujourd'hui plus souvent dans l'histoire que celui de bien des personnages qui faisaient alors du bruit sur la scène du monde, et qui sont pour jamais oubliés »

Après avoir versé bien des larmes sur le corps de leur Père, les deux compagnons du missionnaire allèrent l'enterrer sur une petite colline voisine et ils plantèrent une grande croix auprès de sa tombe. Ayant accompli ce dernier devoir, ils s'embarquèrent tout tristes, le lendemain,pour continuer leur route à Michillimakinac.

Deux ans plus tard, au printemps ri677), les sauvages Eoskakon, que le P. Marquette avait instruit à la pointe du St. Esprit, s'en revenaient des environs du lac des Illinois, où ils avaient pas-

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