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Maury, Le sommeil et les rêves, eh. iv

immédiatement qua ce n'est pas une perception : ce sont là des hallucinations lucides. Dans les autres, il est dupe, au moins un 'moment, de sa fausse perception : ce sont là de véritables hallucinations. !

C'est une hallucination du premier genre que décrit Maury dans ce passage : « Je lisais à haute voix le Voyage dans la Russie méindionale ^ de Hommaire de Hell. A peine avais-je fini un alinéa, que je fermais les yeux instinctivement. Dans un de ces courts instants de somnolence, je vis hypnagogiquement, mais avec la rapidité de Téclair, l'image d'un homme vêtu d'une robe brune et coiffé d'un capuchon comme un moine des tableaux de Zurbaran. Cette image me rappela aussitôt que j'avais fermé les yeux et cessé de lire; je rouvris subitement les paupières, et je repris le cours de ma lecture. L'interruption fut de si courte durée que la personne à laquelle je lisais ne s'en aperçut pas*. » La plupart des hallucinations hypnagogiqùes de Maury sont de ce genre. « Les hallucinations hypnagogiqùes, dit-il, constituent les éléments formateurs du rêve. Il y a toutefois cette différence que, dans l'état intermédiaire entre la veille et le sommeil, l'-esprit garde encore pleine conscience de soi, il ne croit pas à la réalité des images ou des sensation? fantastiques; il se sent, il se possède, bien que l'étrangeté des hallucinations puisse parfois le troubler ou l'effrayer'' ».

On trouve un peu plus loin des exemples d'hallucination plus complète. « Un jour, me troiivant sur l'impériale d'une diligence qui me conduisait à Strasbourg, faligué d'une nuit passée en voiture, je m'assoupissais

COMMENT L'IMAGE DEVIENT HALLUCINATOIRE 22b

vers l'heure de midi. Je me sentais la tête lourde et bmlante. Bientôt des voix, qui parlaient allemand, frappent mon oreille; cependant j'étais encore loin de l'Alsace; il n'y avait aucun Allemand autour de moi. Je secoue mon engourdissetnent pour y retomber peu après; les voix reprennent, mais c'était alors un mélange de mots hollandais et allemands. Le fait est que j'éprouvais un tintement d'oreilles, et ce bruit incommode était transformé par ma mémoire, alors pleine de mots allemands et hollandais, en une suite de phrases composées dans les deux idiomes*. » Ce n'est plus ici une simple image ayant las vivacité d'une perception et produisant l'apparence d'une perception sans croyance à la présence de l'objet. C'est une hallucination : Maury entendait des voix. Il résiste d'abord à rhallucinalion, en se disant qu'il est encore loin de l'Alsace, et il secoue son engourdissement, mais pour y retomber, car « les voix reprennent ».

Ainsi on peut distinguer, dans l'évolution de l'image qui devient hallucinatoire, des étapes successives : l'image devient d'abord plus vive que pendant la veille; puis elle ressemble à une perception, mais Fesprit sait encore que ce n'est qu'une imago ; puis la résistance à l'hallucination s'affaiblit et enfin cesse, il croit alors que son image est une perception.

Il serait très intéressant de déterminer les conditions physiologiques et psychologiques de ces différentes étapes. Les m'inutieuses recherches qui se font aujourd'hui sur la physiologie des organes des sens jetteront sans doute de la lumière sur le premier côté du problème. L'observation patiente des états hypnagogiques

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et des étals morbides fournira sans doute la solution en ce qui concerne les conditions psychologiques. Il n'existe actuellement que de menues indications, trop peu significatives. II semble bien que la grande différence interne entre l'image et la perception est que l'image est une perception incomplète, et que par suite la perception qui devient image perd une partie de ses éléments, et que l'image qui devient hallucination reconquiert ces éléments perdus. Quoi qu'il en soit sur ce point, l'image %' obtient dans le sommeil l'adhésion sans réserve de l'es-

prit, et elle se formule alors dans une croyance toute

semblable à celle qui accompagne la perception^ ou

comme on dit encore, dans un jugement existentiel.

§ 3. — Les conséquences de l'hallucination.

La croyance à la valeur objective de l'image pendant le sommeil éqpivaut à un jugement. Cette croyance, ou ce jugement, pourrait s'énoncer dans une proposition, et en fait doit s'énoncer souvent, peut-être toujours, au moins dans le langage intérieur, et quelquefois dans le langage extérieur, puisqu'il n'est pas rare que le dormeur parle tout haut *. Mais il y a plus : cette proposition qui exprime la présence d'un objet indique aussi que le dormeur se trouve dans une certaine relation à l'égard de l'objet. Il est spectateur d'une scène, ou bien il y est acteur; bref, il se trouve dans

1. Il est même à remarquer que ce sont surtout les enfants qui rêvent tout haut, de même que leurs images verbales s'extériorisent pendant la veille beaucoup plus souvent que celles des adultes : leurs habitudes de la veille se conservent donc à ce point de vue pendant le sommeil.

une situation déterminée, et il n*est pas possible, puisque la situation imaginaire est fermement regardée conime réelle, qu'elle ne déroule pas la suite de ses conséquences. Ce déroulement des conséquences peut se faire de plusieurs manières :

Si la situation met en jeu quelque sentiment un peu vif de désir ou de crainte, le désir ou la crainte se réalise, des moyens sont trouvés pour assurer ou préparer la réalisation du désir ou pour échapper au danger qui fait Tobjet de la crainte, comme je Tai expliqué dans le chapitre v ci-dessus;

Si la situation provoque quelque émotion un peu vive, agréable ou pénible, Pémotion devient une force organisatrice qui provoque fréquemment le réveil, et qui unifie tant bien que mal les séries coexistantes à ce moment; c'est ce que j'étudierai dans un chapitre à la suite (vm) ;

Si enfin la situation ne met pas en jeu un sentiment assez fort pour prendre la direction du mouvement mental, ou si elle ne produit pas d'émotion assez vive pour entraîner immédiatement le réveil, elle développe simplement ses conséquences en entraînant après elle une série plus ou moins longue d'événements nouveaux. C'est là ce qui constitue proprement le développement de l'état hallucinatoire, le développement spontané de rimage par l'appel d'autres images.

Souvent l'image se développe en appelant d'autres images, de manière que l'ensemble forme une scène prolongée dont les divers événements se suivent aussi naturellement que s'il s'agissait d'une scène de la vie réelle.

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