‹ Le rève: études et observationsChapitre 131 sur 143 · OBSERVATION CIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION CIV

De E. i/.,.— Je résume cette observation pour en dégager seulement les tableaux perceptifs. Le dormeur rêve qu'il est sorti du lycée, un dimanche matin, qu'il se promène sur le bord de la Loire, avec sa jeune sœur, que, passant sur

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une planche étroite, il entre dans un grand bateau amarré près du quai. « J'y étais à peine que le bateau se mil à fendre Teau avec une vitesse effrayante en s'éloignant du bord... Je voulais m'élancer dans Teau, qui était trouble comme un jour de crue, mais une force invincible me retenait immobile. Le bateau venait de pénétrer sous une des arches du pont du chemin de fer, mais cette arche se continuait en une sorte de grotte d'où s'échappait un violent mugissement. L'eau était agitée et noire. » Un peu plus loin, le dormeur se réveille et s'aperçoit qu'il est couvert de sueur. 11 se rendort, et le rêve recommence. « Je n'étais plus dans un bateau couvert, mais sur une petite barque de pêche. Ma sœur était assise au bord du bateau... Des oiseaux de toutes sortes vinrent voltiger autour de nous : je remarquais surtout des martins-pécheurs, des mouettes et des canards sauvages... Je pris mon fusil et tirai, mais je n'entendis pas la détonation. J'en fus fort surpris en voyant tomber une quantité d'oiseaux, mais aucun d'eux n'était mortellement atteint. Alors le chien (qui figurait dans une scène précédente) reparut. Je ne le vis pas se jeter à l'eau, mais sa tête apparut tout à coup à la surface, et il se mit à poursuivre un superbe canard. Dès qu'il était sur le point de l'atteindre, l'oiseau plongeait et allait sortir quelques mètres plus loin. Le chien essayait aussi de plonger, mais ne parvenait qu'à se mettre la tête dans Teau. Ma Fœur s'amusait de regarder cette poursuite : pour mieux voir, elle s'éfait agenouillée au bord de la barque et se penchait en avant. Le canard, toujours poursuivi, était venu se réfugier au bord de la barque. Ma sœur voulut le saisir, mais fût entraînée et je perçus un bruit ressemblant à celui d'un corps qui tombe à l'eau... Je me jetai à l'eau la tête la première. Cette eau était tiède et je m'y trouvais très bien : je nageais sans fatigue et respirais sans avaler d'eau. Je sentis la robe de ma sœur, je la saisis et me mis à nager vigoureusement. 11 me sembla que je nageais longtemps. Tout à coup je me trouvai au bord de l'Allier, assis sur la berge, tout mouillé. Ma sœur aussi était mouillée, mais ne paraissait nullement fatiguée de son séjour sous l'eau et liait auxéclats. Il faisait grand jour, etc. »

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Au début du rêve, la sensation de Teau qui coule sur le corps n'évoque que des images visuelles, de sorte que les tableaux perceptifs ne sont pas encore constitués, mais Timage tactile est déjà sur le point d'apparaître : le rêveur voulait s'élancer dans l'eau. Dans la seconde partie du rêve, après le premier réveil, ce sont d'abord des images visuelles, mais l'image tactile Mit par apparaître à son tour : le dormeur se jette à l'eau, il la trouve tiède et agréable, il nage sans fatigue, il nage longtemps, il se retrouve assis au bord de l'Allier, tout mouillé. Quant aux images qui encadrent ces images évoquées par la sensation, elles s'expliquent presque toutes. E. M... retrouve chaque dimanche matin sa sœur, et il leur arrive souvent de se promener ensemble au bord de la Loire. Il avait projeté pour le dimanche précédent une partie de chasse au canard, en bateau; une circonstance empêcha le projet de se réaliser, mais il s'est réalisé dans le rêve, qui a eu lieu dans la nuit du lundi au mardi suivant. La scène où le chien et le canard plongent dans Teau reproduit, avec un peu de modifications, un souvenir de trois semaines : « Mon chien avait pris une poule d'eau vivante et allait la déposer sur le bord du ruisseau quand elle lui échappa et plongea pour sortir de l'eau plus loin; le chien plongea à son tour sa lête dans l'eau à l'endroit oîi il avait vu le gibier entrer, et cela à plusieurs reprises. » La construction de ce rêve s'est donc bien effectuée de la même manière que celle des rêves auditifs.

Voici maintenant une observation dans laquelle c'est une sensation de froid, unie à une sensation musculaire, qui provoque la formation du tableau perceptif.

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