OBSERVATION II
Voici maintenant un aulre rêve de la même époque (7 juin 1895) dans lequel les tableaux sont un peu plus liés que dans le précédent. Réveillé à 6 heures du malin par un appel, je me suis habillé sommairement et je suis allé aussi vite que possible noter mon rêve dans une pièce voisine : il est probable que ce retard apporté à la notation a été la cause pour laquelle les tableaux se sont liés dans mon esprit, d'une façon
d'ailleurs très imparfaite. Une des séries d'images est nettement prédominante, c'est-à-dire qu'elle a frappé mon attention la première au moment où, après avoir ouvert les yeux, j'ai cherché h me rendre compte de mon rêve.
1° J'admoneste un élève, d'une façon plutôt paternelle : je ne me rappelle pas mes paroles, mais seulement mon attitude et le son de ma voix. Je suis assis à un bureau qui ressemble beaucoup à celui de ma classe de Mâcon. (J'étais alors professeur au lycée de Mâcon.) L'élève est assis à une .table qui ressemble également à celles de ma classe. D'autres élèves sont là aussi, je ne les vois que d'une façon très confuse, et il en est de même des tables, à tel point que je ne saurais dire si je suis dans ma classe de Mâcon ou dans celle de Digne (où j'était professeur l'année précédente) : je crois que c'est une combinaison confuse des deux. Mais je vois très nettement l'élève auquel je parle : il occupe la deuxième place à partir du bout de la table; sa figure, son attitude, ses vêtements, sont ceux d'un de mes élèves de Tannée précédente, dont j'ai oublié le nom, quoique je le revoie très bien mentalement; il était peu intelligent et peu travailleur. Il écoute mes observations, la figure un peu rouge, les yeux un peu blancs et plus saillants que de coutume, et sa physionomie a l'air de vouloir dire qu'il est désolé, mais qu'il n'a pas grande confiance dans ses succès à venir.
2^* Le tableau de rêve du premier plan est comme superposé à un deuxième, qui est lui-même combiné à un troisième. La table devant laquelle sont assis les élèves du tableau précédent se confond dans mon esprit avec une platebande de mon jardin, dans laquelle sont plantés, à des distances de 60 à 80 centimètres, de grands lis rougeâtres encore en boutons. (En réalité, les lis ne sont pas plantés dans une plate-bande droite, mais en contre-bordure dans un massif ovale; c'est l'identification de la table droite avec la bande ties lis qui fait apparaître la ligne des lis comme droite.)
3° Au pied de Tua des lis, et même un peu dans toute la bande de terre, je vois de mauv^aises herbes envahissantes, notamment une renoncule sauvage, dont une large touffe s'étale auprès d'un lis, avec d'autres mauvaises herbes indistinctes.
On voit que le premier tableau et le deuxième sont liés jusqu'à un certain point, comme si l'esprit avait fait une tentative maladroite pour les unir et pour en enchaîner les événements d'une façon cohérente. Quant au troisième tableau, il est si bien lié avec le deuxième qu'il semble le continuer; pourtant il est possible qu'il en ait été distinct au commencement du réveil, car les deux tableaux proviennent de perceptions qui n'ont pas pu être simultanées : le massif oii se trouvaient les lis ne contenait pas de mauvaises herbes, mais on en trouvait abondamment dans un coin éloigné du jardin, et j'en avais arraché la veille. En somme, je ne peux pas savoir si la liaison des deux derniers tableaux s'est faite dans la période du réveil ou si elle est plus ancienne. Peu importe d'ailleurs : ce qui est certain, c'est que le rêve de cette deuxième observation est composé de tableaux sensiblement mieux liés que ceux de l'ohservalion I.
OBSERVATION m
A toutes les époques, j'ai trouvé des rêves de ce genre. En voici un (13 juin 1902) dans lequel le premier et le deuxième tableau sont entièrement séparés, il n'y a aucune continuité entre les événements, il existe seulement cette impression vague et incertaine que les événements du deuxième tableau sont antérieurs à ceux du premier. Quant au troisième tableau,
40 i;f:voLUTiox du rêve après le sommeil
il préscnlc quelque connexité avec le deuxième. — Le réveil a élé produit à minuit 30 par le [réveille-matin.
Première scène. — Un cauchemar macabre.
Deuxième scène, — A un autre moment (on dirait un peu avant, mais je ne peux pas retrouver Tenchainement des événements, et je ne sais même s'il a existé), je suis en chemin de fer, à Paris : une ligne nouvelle du Métropolitain est ouverte, qui va de la place Clichy (ou de Tavenue de Clichy?) à la rtie de Soisson (sic), puis à une autre rue et finalement à je ne sais plus quelle station, mais c'est une station où Ton peut changer de train pour la direction de Jj Nantes. Autres détails confus.
j Troisième scène, — Lecture de journaux, en chemin de
\ Ces trois observations, auxquelles il est inutile que
; j'ajoute d'autres observations personnelles présentant
les mômes caractères, me paraissent prouver que, lorsque le sommeil est interrompu d'une façon brusque, on peut, par le procédé de la noiation immédiate, saisir une pluralité de scènes de revc qui ne sont pas liées ou sont mal liées les unes avec les aulres : ce sont les matériaux que l'esprit endormi fournit à l'esprit qui ne réveille et dont l'esprit qui se réveille va main- Ic^nant s'efforcer de faire un ensemble aussi cohérent (pie possible; ce sont les scènes discontinues dont l'esprit qui se réveille va essayer de faire un drame con- ' timi. Lu preuve que ce travail d'organisation s'accom-
plit spontanément pendant la période du réveil va Alro fournie maintenant par des observations dans lesquelles la notation du rôve a été différée.