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LA THÉORIE PERCEPTIONNISTE DU RÊVE

gné, mais toujours relativement récent, constitue- ,

raient les matériaux que l'aclivité logique de l'esprit met en œuvre pendant le réveil et dont elle poursuit inconsciemment la construction aussi longtemps i que la mémoire peut les retenir, mêmes après le réveil ;| complet, même après le récit oral ou la notation i| écrite. |^ Mais ce n'est là qu'une hypothèse établie par rai- ' '|i sonnement sur la base de la loi d'évolution, il faut ;:^ maintenant montrer qu'elle est seule d'accord avec les faits. Cette vérification aura d'ailleurs l'utilité de confirmer indirectement la loi d'évolution.

8i ÉTAT DE LA. CONSGfENGE PENDANT LE SOMMEIL

ses observations. Voici sous quelle forme elle se pré* sente chez Wundt :

« La plupart des images fantastiques du rêve consistent, non pas proprement en hallucinations, mais en illusions, provenant des impressions sensorielles qui ne cessent jamais pendant le sommeil. Une position incommode du dormeur s*enchaîne à la représentation d'un travail difficile, d'une lutte corps à corps, d'une ascension dangereuse en montagne, etc. Une légère douleur intercostale est représentée comme le coup de poignard d'un ennemi ou la morsure d'un chien enragé... Des mouvements insignifiants du corps sont agrandis démesurément par la représentation fantastique. Ainsi une extension involontaire du pied devient une chute de la hauteur vertigineuse d'une tour. Le rythme des mouvements respiratoires est senti comme un mouvement de vol. En outre, un fôle essentiel appartient probablement, dans les illusions du rêve, à ces sensations subjectives de la vue et de l'ouïe que nous désignons dans l'état de veille comme le chaos lumineux du champ visuel obscur, comme le tintement ou le bourdonnement d'oreilles, etc., et parmi lesquelles il faut noter surtout les impressions subjectives de la rétine.

« A ces cas, dans lesquels des impressions sensorielles, les unes objectives, les autres subjectives, sont immédiatement élaborées en illusions, s'ajoutent ceux où l'impression éveille d'abord une obscure représentation de l'état corporel auquel elle se rapporte, et oîi apparaissent ensuite des images fantastiques qui se rapportent directement à cet état ou qui y sont liées par de simples associations. Ainsi Scherner a remarqué que la cause principale de ces nombreux rêves dans les-

r.A THÉORIE PERGEPÏIONNÏSTE DU RÊVE ,- 8r>

quels l'eau joue un rôle est le besoin d^uriner chez le dormeur. Tantôt il voit devant lui une fontaine, tantôt il regarde une rivière du haut d'un ponL.. »

« Avec les représentations éveillées par des excilations sensorielles se mêlent aussi, de bien des façons, des images de la mémoire, dont les unes sont évoquées par assimilation immédiate et les autres par association de succession. Les événements des jours passés, notamment ceux qui ont produit une impression profonde ou qui se sont trouvés liés aune émotion, forment les éléments les plus habituels de nos rêves *. »

Comme on le voit d'après ces passages, Wundt regarde la sensation, objective ou subjective, comme le noyau du rêve-, et il réduit le .travail mental dont le rêve est le résultat, à Tassimilation qui produit Tillusiou et à l'association de succession. Je ne nie pas la part de vérité contenue dans cette théorie, et je ne rejette pas l'explication, incomplète d'ailleurs, qu'elle donne du rêve perceptif. Mais le rêve est chose beaucoup plus complexe qu'on, ne le croirait d'après cette théorie.

En premier lieu, il existe dans le rêve bien des tableaux que Ton ne peut pas rattacher à des sensations, même avec la plus grande complaisance d'interprétation. Ainsi, si l'on examine dans cet esprit quelquesuns des rêves que j'ai rapportés dans le chapitre précédent, l'insuftîsance de la théorie de Wundl apparaît d'une manière frappante. Dans Tobservation I (p. 36), le deuxième tableau est un tableau perceptif se rattachant à ce que j*ai effectivement perçu le bruit de la pluie; le troisième tableau peut à la rigueur être interprété dans le même sens, si Ton aJmet que la percep -

i. Wundt. Ouvrage cit<^, III, p. 052-6o5.

86 ÉTAT DE LA CONSCîENCE PENDANT LE SOMMEIL

tien d'une place ou (run quai, avec une foule qui circule sous le soleil et dans la poussière, traduit en une illusion les sensations subjectives de la rétine; mais le premier tableau, qui ne comprend que des souvenirs visuels et auditifs déformés auxquels s'ajoutent des images venues je ne sais d'où, ne peut pas être considéré comme un tableau perceptif. De même, dans l'observation II (p. 38), oii je crois parler à mes élèves, puis examiner les plates-bandes de mon jardin, on ne peut rapporter les tableaux à quelque sensation sans un arbitraire inadmissible. On peut admettre à la rigueur que dans l'observation III (p. 40), la scène macabre (où je m'attends à recevoir un coup de couteau) exprime une sensation organique, celle d'une douleur intercostale ou une autre; mais l^s deux tableaux suivants, de voyage en chemin de fer et de lecture de journaux, ne peuvent pas avoir la môme origine. Il est inutile que je parcoure toute la série des observalions que j'ai rapportées plus haut pour montrer que les tableaux qui ont certainement leur origine dans quelque sensation exierne y sont très rares, qu'il n'en est aussi qu'un petit nombre que l'on puisse rattacher sans trop d'arbitraire à des sensations organiques, et que la plupart sont purement imaginatifs.

Mais il est une autre raison de regarder comme inexacte la théorie de Wundl, et toute Ihéorie du rêve qui fait jouer à l'association des images un rôle de quelque imporlancc : c'est que les lois de l'association n'expliquent jamais l'apparilion des innages, ni pendant le sommeil, ni mênje pendant la veille.

En eiïet, les lois de ressemblance et de contiguïté, même réunies, même si l'on y joint la loi de contraste <îomme une loi difl'ércnte et irréductible, ne sulfisent

La THEORIE PERGEPÏIONNISTE DU REVE 87

pas à nous rendre comple de Tapparition d'une image à la conscience pendant l'état de veille*. Un inconnu que j'aperçois dans la rue me fait penser à un ami qui lui ressemble : ma perception n'est pas la cause vraie de l'apparition de l'image à ma conscience, parce qu'elle n'en est pas la cause complète. Sans doute, s'il n'existait pas une certaine ressemblance entre la perception et l'image, l'image n'apparaîtrait sans doute pas à la suite de la perception; la ressemblance de l'image avec la perception fait donc partie de la cause qui détermine Tapparition de Timage, mais elle n'est 'qu'une partie de' cette cause. Pourquoi la vue de l'inconnu a-t-elle donc appelé l'image de mon ami au lieu de passer inefficace dans ma conscience? C'est peut-être que j'ai vu mon ami récemment, ou que j'ai songé à lui; c'est, en tout cas, que son image existait dans mon esprit d'une façon latente, qu'elle était sur le point d'apparaître à là conscience, et qu'il suffisait qu'elle fût sollicitée par une légère attraction, par une occasion, par un prétexte. Il s'est produit une rencontre de forces convergentes : l'une constituée par la ressemblance de l'image avec la perception, l'autre par la vitalité que possédait l'image en raison d'autres circonstances.

De môme, s'il s'agit d'une association de contiguïté, le lien créé entre deux images par la contiguïté passée ne suffit pas à expliquer l'apparition actuelle de l'image. Je traduis un passage d'une langue étrangère, et je rencontre un mot que je connais pour l'avoir déjà vu et traduit bien des fois, c'est-à-dire que, bien des fois déjà, la perception de ce mot a été liée dans ma con-

1. Voir sur ce point Claparède, V association des idées, p. 194 et suiv. Claparède constate (p. 198) que dans ses rêves il existe beaucoup de « représentations libres ».

science à la perception du mot français correspondant r cependant cette association de contiguïté peut être inefficace aujourd'hui, il peut se faire que j'hésite, que je tâtonne inutilement, et que le mot français dont j'ai besoin ne se retrouve pas. Mais quelquefois je le devinerai sans être obligé de recourir au dictionnaire : c'est ce qui arrivera peut-être si je l'ai employé récemment pour exprimer une idée personnelle ; il pourra se faire aussi qu'il soit indiqué par le contexte, c'est-à-dire appelé par la suite des idées comme formant un complément nécessaire de l'expression. Dans un cas comme dans l'autre, il apparaîtra à ma conscience en vertu d'une force étrangère au lien do contiguïté, et cette force pourra être la tendance propre qu'il a à reparaître, c'est-à-dire sa vitalité propre.

D'une façon générale, le lien de ressemblance, le lien de contiguïté, et aussi le lien de contraste, constituent des forces grâce auxquelles certaines images tendent à apparaître à la conscience : mais ces tendances peuvent être contrariées par d'autres tendances analogues, et ordinairement elles ne se réalisent que si elles sont renforcées par d'autres tendances. L'apparition d'une image à la conscience est une résultante de forces diverses, et les associations ne sont qu'une partie de ces forces. D'ailleurs les associations ellesmêmes sont contraires les unes aux autres, car toute perception ou image actuelle est liée par association à une multitude d'images, c'est-à-dire qu'elle tend à évoquer une multitude d'images différentes, et pourtant une seule de ces images sera évoquée. A partir d'un état de conscience actuel, bien des voies sont ouvertes à la pensée, et il n'en est qu'une qui sera suivie.

Cette indétermination de l'association se trouve aussi

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dans rillusion. L'illusion, comme je l'ai expliqué ailleurs*, est une perception incorrecte, et elle se constitue par le même mécanisme que la perception correcte. La perception correcte est une assimilçition vraie, l'illusion est une assimilation fausse. Or, l'évocation de l'image semblable qui, unie à la sensation, constitue le noyau de la perception, ne peut se faire correctement que d'une manière, mais elle peut se faire incorrectement de bien des manières différentes. L'indétermination, ou plutôt la détermination incomplète, est la même pour la direction de l'illusion que pour la direction de l'évocation associative.

Si les lois de l'association de succession sont insuffisantes pour expliquer l'apparition des images pendant la veille, comment ne le seraient-elles pas aussi dans le rêve? De même, si la puissance assimilatrice des sensations ne suffit pas à expliquer les illusions de la veille, comment pourrait-elle expliquer complètement le rêve perceptif ou Fillusion du rêve ?

Au reste Wundt, en signalant le rôle important que jouent dans le rêve les images des événements récents, et surtout celles des événements qui ont produit sur nous une forte impression, indique en quelque sorte le sens dans lequel sa théorie doit être complétée. Puisque ces images reparaissent dans le rêve de préférence h toutes les autres, c'est qu'elles ne sont pas évoquées uniquenlent par les lois de ressemblance et de contiguïté; c'est que les images récentes sont à tout moment sur le point d'apparaître à la conscience; c'est qu'elles sont des matériaux toujours prêts pour le

1. Foucault. La Psychophysique, p. 124, et surtout p. 432 et suiv. (Paris, F. Alcan.)

travail de construction du rêve. D^ailleurs c'est cette tendance propre des images récentes, et de certaines autres images aussi, à reparaître spontanément à la conscience qui explique que Ton trouve dans le rêve complexe, à côté de tableaux perceptifs, d'illusions, des tableaux purement imaginatifs, et que certains rêves ne comprennent rien de plus que des tableaux imaginatifs. Faut-il supposer maintenant que ces images apparaissent à la conscience d'une façon brusque au moment du réveil, venant on ne sait d'où, n'ayant pas d'histoire, n'ayant pas vécu pendant le sommeil? Je ne le pense pas. Mais, pour justifier Talfirmation d'une vie des images pendaiît le sommeil, il faut n^aintenant montrer qu'il existe, d'une façon générale, une vie mentale pendant le sommeil.

§ 2. — Existence d'une vie mentale pendant le sommeil.

Sans contester la valeur de l'argument métaphysique de Descaries, que l'âme pense toujours parce qu'elle est de nature pensante, ou de l'argument métaphysique de Leibnitz, que la conscience claire ne peut venir que de la conscience obscure, parce que le principe de^con-^ tinuité s'oppose à ce qu'elle vienne de l'inconscience absolue, on peut montrer par des raisons expérimentales la persistance de la vie psychique pendant le sommeil.

D'abord le dormeur répond aux excitations par des mouvements adaptés. « Si, disait SelschénofT, tandis « qu'un homme est profondément endormi, vous pro- « menez une plume sur son visage, une légère excita- « tion n'amènera que la contraction des muscles de la

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VIK MENTALE PENDANT LE SOMMEIL 91 u2

• ^ « face; un chatouillement plus fort pourra délerminer /^;

« aussi un mouvement réflexe dans le bras*. » El "S

Setschénoiï montre comment le mouvement a pour but ■§^

d»; faire disparaître une sensation gênante. « Si on lui « r.halouille (à l'homme endormi) légèrement l*épi- « derme du visage, on provoque toujours chez lui la t< contraction des muscles qui se trouvent sous l'endroit « exciié. Quand ce mouvement ne suffit pas pour « écarter la cause irritante, le dormeur gratte avec sa « main la place oîi Tirritation s'est produite » (p. 47). De môme, quand nous avons froid en dormant, nous nous enfonçons sous les couvertures, et quand nous avous Irop chaud, nous les rejetons. Tous ces mouvements sont accomplis dans le but visible de faire cesser uae sensation gênante, et ils sont coordpnnés à peu près avec autant de sûreté qu'ils le seraient pendant la veille.

Môme le simple fait qu'une excitation un peu forlo provoqué le réveil prouve que des sensations se produisent pendant le sommeil. Sans doute, le seuil d'excitation se trouve alors considérablement relevé, la sensibilité définie par le seuil d'excitation est beaucoup moindre pendant le sommeil que pendant la veille, mais il n'en reste pas moins vrai que c'est pendant le sommeil que la sensation finit par arriver à la conscience.

De môme les émotions se produisent pendant le sommeil et se manifestent par des soupirs, des gestes, des cris, des paroles. C'est là un fait banal, et je Tai souvent observé sur mes enfants, surtout pendant leur

I. Setsciiénoff. Études psychologiques, p. 23. Trad. du russe,

ÉTAT DE LA COiNSCIENCE PENDANT LE SOMMEIL

très jeune âge. Quand on regarde un enfant d'un an ou doux qui dort dans son berceau, il n*est pas rare de le voir sourire, ou même rire bruyamment, ou bien au conlraire ébaucher le mouvement des lèvres qui précède le cri d'inquiétude ou de souffrance. Tous' ces signes d'émotion me paraissent prouver Texistence de s«Mtsations ou d'images émotives pendant le sommeiL I) ailleurs il arrive quelquefois que le cri n'est pas simplf^ment ébauché, mais proféré d'une façon distincte. L'onfant s'éveille alors, et, soit spontanément, soit sur inlcrrogation, décrit l'objet imaginaire de sa frayeur. C'est le cauchemar *.

Les mêmes faits peuvent aussi être observés sur les adultes, quoique, à ce qu'il semble, plus rarement. Cependant je peux citer quelques fails qui montrent d\me façon nette qu'une émotion peut se développer pondant le sommeiP et se manifeste^' par la même expression que pendant la veille.

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