OBSERVATION XXXI
Premier rêve. Je me trouvais avec mes parents, l'adjoint de mon père et d'autres personnes sur la route de V. . . à C. . . Nous rencontrons sur le bord du chemin un homme que je
du tableau 4, mais c'est simplement un doute qui est exprimé au sujet du rang occupé par ce tableau dans le rêve.
112 ÉTAT DE LA CONSaENCE PENDANT LE SOMMEIL
connais, occupé à élaguer une haie d'acacias. J'échange avec lui quelques paroles. Puis, coupant court à la conversation, nous montons une route bordée de chaque côté par un petit bois. Tout à coup, nous sommes transportés dan& un marécage avec des herbes assez hautes. Des gamins étaient avec nous. Le marécage entourait un étang dan& lequel on voyait de gros poissons se débattre. Ces poissons étaient pris par des hameçons et nous apercevions les cordes^ qui les retenaient. Nous nous mîmes à l'œuvre pour les pêcher. Mais tous ceux que nous ramenions étaient mangés à moitié et commençaient à sentir. Nous les jetions au fur et à mesure. Mon rêve se termine là. Je ne fus pas réveillé.
Deuxième rêve. Brusquement me voilà transporté à Château-Chinon, en face d'une des écoles primaires de la ville» Je devais être avec ma grand'mère. Je ne sais ce que nous attendions. Tout à coup j'aperçois la bonne de mon cousin,, qui portait ma petite cousine dans ses bras et se dirigeait de notre côté. J'appelai ma petite cousine, qui a deux ans ; elle m'entendit et m'appela à son tDur à plusieurs reprises. Je la pris dans mes bras et je l'embrassai. Puis je voulus la faire marcher. Elle faisait tout son possible pour se tenir en équilibre sur le sol, mais n'y parvenait pas. Il me semble qu'elle a failli tomber et se faire mal, car je l'ai retenue par la ceinture. A partir de ce moment, mon rêve est embrouillé et je ne reconnais plus rien. (Ici les notes de l'observateur sont embrouillées; il a écrit d'abord : « toujours pas de réveil », puis barré cette mention et a écrit qu'il s'est « réveillé à moitié ».)
Troisième rêve. Je me trouve toujours à Château-Chinon,. dans la maison d'un autre cousin. (Description détaillée de la maison.) Nous étions toute une bande, assis, et nous causions. Parmi nous se trouvait un capitaine de recrutement, qui m'intéressait beaucoup. A ce point du rêve, je suis réveillé par le bruit que fait en toussant un de mes camarades.
L'observateur prit des notes rapides au crayon en so réveillant, et il les recopia en arrivant à l'étude, y ajoutant quelques détails dont il avait gardé le sou^
venir. Mais il avait fait cette copie au crayon, rapidement et sans me la destiner : il avait l'intention de faire plus tard^ quand il en aurait le temps, une copie définitive. Un terrible deuil, tout à fait imprévu, l'obligea dans la journée à quitter le lycée. U me remit alors toutes ses notes. Or, en comparant le brouillon primitif avec la copie au crayon, j'y ai constaté une différence importante : l'ordre des tableaux n'est plus le même, le deuxième rêve et le troisième sont intervertis. Je les donne d'après la copie faite en étude : sur le brouillon incomplet écrit tout de suite après le réveil, c'est le deuxième rêve qui est inscrit le dernier, probablement parce qu'il est revenu à la mémoire le dernier. Mais l'observateur a jugé, une fois réveillé, que ce rêve avait dû être antérieur au trcfisièmc tableau. Quant à la raison de cette opinion, on la devine : le troisième rêve est interrompu par la brusquerie du réveil, un raisonnement inconscient (ou peut-être même conscient, je n'ai pu vérifier) le fait :apparaîti'e comme ayant dû précéder immédiatement le réveil, tandis que le deuxième rêve, qui finit d'une façon confuse, est rejelé en arrière. En tout cas, cette observation montre comment on rejette dans le passé du sommeil les tableaux de rêve que Ton ne peut pas, d'après les habitudes de la veille, attribuer au moment même du réveil. Elle montre aussi combien il y a d'incertitude dans la fixation de Tordre des événements et combien il v a de place dans cette opération pour des illusions.
Il arrive quelquefois, rarement d'ailleurs, que l'in-
<létermination chronologique des événements est
absolue. On ne sait pas du tout dans quel ordre les
événements ont paru se ranger, ni même dans quel
Foucault. 8
ordre les tableaux ont été saisis par rattention. Je trouve deux cas de ce genre dans mes observations personnelles.