RÊVES VISUELS, TACTILES, ORGANIQUES
rimage d'amputation, quoique cette image ne soit pas expliquée par elle-même. C'est, après tout, une image visuelle, et, surtout sous la forme vague qu'elle a dans le rêve, elle est suflisamment semblable à la sensation pour avoir pu être évoquée. Mais le tableau perceptif ain«i formé a pris place dans un système d'images qui devait occuper l'esprit à titre de série Imaginative. Ce sont, en effet, des images d'enfance. R. G... et N. ont fait leurs débuts au lycée Jl y a une douzaine d'années avec M^'^X... pour institutrice. On comprend parla que N... joue un tour à son camarade, que celui-ci se fâche, qu'il en résulte une bataille et des cris. Il est possible que les cris entendus par le dormeur forment un autre tableau perceptif, destiné à interpréter une sensation/ auditive. Mais l'observateur n'en a rien dit, et l'on peut être éveillé par des cris imaginaires aussi bien que par des cris réels.
Les expériences de Mourly-Vold sur les rêves tactiles et musculaires* fournissent une confirmation sur ce point, mais d'une manière incomplète parce que l'auteur n'indique pas Torigine des images qui se sont jointes aux sensations tactiles et musculaires. Les personnes qui ont fait les expériences mettaient avant de s'endormir un gant à une main, ou une ficelle ou un ruban autour du pied, de façon à réaliser une flexion plantaire. Parmi les résultats obtenus se trouvent ceuxci : dans « l'expérience du gant, où le sens musculaire et le toucher sont également intéressés, ce qu'on rêve le plus ordinairement, c'est qu'on exécute (ou qu'on voit d'autres personnes exécuter) des actes qui dépendent
i. Expériences sur les rêves. Réimpression de la Revue de l'Hypnotisme, janvier 1896.
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en même temps de ces différenis sens; on rêve, par exemple, qu*on prend quelque chose en main, qu'on se donne la main, etc. » (p. 10). Dans les expériences où le pied se trouve courbé par la ficelle ou le ruban, on rêve d'un état statique (« par exemple celui qui dort a la plante d'un pied courbée... ; il rêve qu'il est debout sur la pointe des pieds, peut-être regardant quelque chose »), ou, plus souvent, d'un état dynamique, d'un mouvement où le membre en question joue un rôle prépondérant : « par exemple, celui qui dort a, comme dans l'exemple précédent, la plante d'un pied courbée ; il rêve qu'il danse, court, ou fait un autre mouvement, dans lequel a lieu une flexion plantaire » (p. H).
Ainsi, rêves auditifs, rêves visuels, rêves tactiles, rêves organiques, tous les rêves perceptifs se construisent et s'expliquent de la même façon : une sensation se pi*oduit, elle tend à se développer en une perception complète et par suite à évoquer les images les plus propres à cet usage ; mais les images qui en feraient une perception connecte ne sont généralement pas disponibles à ce moment où l'esprit endormi est rempli pat des séries d'images en concurrence qui se poussent chacune pour son compte vers Taperceplion ; les images les plus voisines de Taperception s'imposent à la sensation pour la compléter, et, par cette rencontre d'une série Imaginative et d'une série perceptive commençante, se forme l'illusion du rêve.
LES Rl^VES TYPIQUES 271
i 3. — La répétition dans les rêves perceptifs.
Les RÉVEâ TYPIQUES.
Avant Je laisser de cùié tes rêves perceptifs , Je dois faire encore deux remarques, d'ailleurs liées Tunc^ h l'autre, concernatil la répétilion dans les rêves pereeplifs et les rêves que Ton a appelés typiques.
La sensation qui forme le point de départ dy rêve , perceptif peut provenir d'une pxcilatton i-apide et qui ne se renouvelle pas : c'esl ce qui est arrivé pour plusieurs des rêves que j'ai rapportés plus haut. Mais, quelquefois aussi, et principalement lorsqu'il s'agit d'un rêve organique, Texci talion se prolonge et. par suile, la sensation se prolonge aussi : il doil en résulter une suite de tableaux perceptifs qui comprennent tous la même sensation, mais qui diffèrent par les images constitutives ou par les images additionnelles.
Dans Tobservalion XLI (p, 149) ^ on a pu voir que le tableau IV contient un élément perceptif : « Je sens une forte piqûre au mollet, que j'ai nu : il y a sur la peau de petits points noii's réunis en deux masses distinctes assez rapprochées et entourées de places rouges; j'y porte la main, » On retrouve un détail semblable dans le tableau VI : ^^ le chat, excité par sa maitresse, se précipite sur moi et me mord à la cheville.
Je saute dans un fossé plein d'eau J'ai une morsure
au pied : elle est nette comme Feûtaille que ferait un ciseau à bois. >> Si ce n'est pas exactement la même sensation qui a provoqué les deux tableaux, puisqii'il y a une différence de localisation, ce sont du moins des sensations très semblables ; elles se sont encadrées dans des images différentes et ont ainsi formé des tableaux dîtîérents.
^^ 272 LE RÊVE PERCEPTIF
1';" Voici maintenant une observation <lans laquelle on
^^: voit une sensation persistante inlerprélée correctement
U:'. OU à peu près, mais liée à des images additionnelles
4 variables qui donnent naissance à des tableaux suc-
^;; cessifs.
j" ^ OBSERVATION CIX
'^^~ Z>e L... — Je sortais de la caserne avec un sergenl- ^ major et un camarade; à peine étais-je dans la rue que je me sentis pris d'une crampe dans la jambe que je me suis cassée Tannée dernière. Je priai mon camarade d'aller au lycée pour dire qu'on m'envoie un fiacre et un garçon pour rentrer Puis, mon rêve a élé interrompu pendant quelques instants. Je me suis retrouvé dans le cercle des sousofficiers avec quelques sergents-majors. J'ai causé avec eux, puis, tout à coup, j'ai cru que j'étais en retard pour rentrer au lycée, et je me suis mis à courir. A la grille de la caserne, une nouvelle crampe m'a pris, et j'ai vu le répétiteur de la } première étude et le garçon du premier dortoir qui m'atten- \ dai'^t avec une couverture. Nouvelle crampe : on m'a étendu I sur la couverture, et je me suis réveillé.
; A mon réveil, ma jambe qui a été cassée était étendue I toute droite, et je sentais une crampe dans les doigts du \ pied. Il y a encore un fait qui peut expliquer une partie du j rêve : hier soir, j'ai dîné avec un sergent-major, à la caserne ; je me suis promené dans les bâtiments, et les sergents que f j'ai revus en rêve étaient ceux avec qui j'avais fait une partie de cartes dans le cercle des sous officiers.
Les notes expliquent suffisamment la consiruclion I de ce rêve. Une image de la veille occupe d'abord
Tesprit; puis, survient la sensation musculaire, qui » est interprétée correctement, mais mal localisée; le
( tableau se développe alors avec ses conséquences natu-
' relies (le camarade va chercher une voiture). Ici se