‹ Le rêve: études et observationsChapitre 136 sur 136 · OBSERVATION CXIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION CXIII

Je me couchai un soir vers 9 h. i/2, souffrant d'une mauvaise disposition générale qui m'avait rendu incapable de travailler pendant toute la journée. J'eus un rêve émotionnel qui me réveilla à 11 h. 1/2. Au lieu de me lever pour récrire, ayant besoin de repos pour la classe du lendemain, je me contentai de le repasser longuement dans mon esprit afin de le rédiger de mémoire quand j'en aurais le temps. 'Je ne pus trouver le temps nécessaire que le surlendemain, mais j'avais dans l'intervalle repassé à plusieurs reprises la suite des tableaux.

Je suivais, vers 3 ou 4 heures du matin, une rue de Paiis mal déterminée, et dont j'ignore le nom. Toutefois elle était bordée d'arbres, et, à un moment, j'ai vu qu'une rue s'en détachait à angle aigu et portait la pancarte : rue Alexandre- Dumas. Après avoir marché quelque temps sur le trottoir, sous les arbres, je commence à voir quelques figures louches ou étranges : je ren.contre trois enfants portant des chapeaux à haute forme, en cuir bouilli, comme les cochers de fiacre, et de grandes houppelandes; ils mendient; je passe mon chemin. Puis une foule assez nombreuse d'ouvriers et d'employés apparaît dans la rue ;'je me détourn»? et je la suis avec l'intention de rentrer. Bientôt je me trouve mêlé à la foule, et, marchant entre un jeune homme vêtu comme un employé et un facteur des postes en uniforme, je prends part à une conversation qui a commencé je ne sais comment. On parle du temps qu'il fait, et qui est un peu froid. Je n'ai pas de pardessus, j'ai relevé le col de ma veste et j'ai aux mains des gants de laine. Tout à Coup le jeune homme est amené à dire dans la conversation : « C'est comme dans le rêve du duel de Descartes. » Vivement intéressé, je lui demande s'il peut m'indiquer avec précision le passage où Descartes raconte ce rêve. Il me répond affirmativement, et ajoute que Descartes a raconté aussi, avec des détails, un autre rêve. Il me promet des indications bibliographiques précises. Je cause ensuite seul avec le facteur. La rue tourne maintenant : à droite, on voit des mai-

sons qui surplombent, et j'aperçois à quelque distance, sur le côté droit, une rue qui monte; quoique je ne connaisse pas le quarlier, je songe que je pourrai prendre cette rue pour rentrer; la plaque indicatrice porte : rue Léolard, ou Liotard ; je ne peux pas lire exactement, parce que la plaqué est écaillée à la place de la deuxième lettre. A gauche, on voit des toits de maisons au milieu d'arbres verts, le sol descend en pente rapide. La rue dans laquelle nous marchons coupe donc le flanc d'une colline. Je continue ^ marcher avec le facteur, et nous voyons^à gaucho un monument à forme de lemple grec sur le fronton duquel est gravée en grandes lettres cette inscription : MINUYS; à gauche, en lettres plus petites, on lit : Journal du moi; l'inscription se prolonge sur la droite, mais je ne peux pas la lire. J'exprime ma surprise à mon compagnon, qui m'explique que le mot u Minoys » indique l'objet du journal, consacré au moi, et- il me donne à ce sujet une élymologie grecque, qui me paraît très satisfaisante. Je syis cependant surpris d'avoir rencontré un facteur aussi bon helléniste, sans parler de l'employé de commerce^qui connaît Descartes mieux que moi. Nous sommes sans doute à une autre époque, comme celle que décrit Anatole France dans ses Dialoguis sur la Pierre Blanche. Mais, pendant ces intéressantes conversations, des malfaiteurs se sont approchés de nous. L'un d'eux passe rapidement entre moi et le mur à ma droite, et je l'entends dire à un autre individu : « Dis donc, la Terreur » Je n'entends pas la suite, mais je constate que

nous sommes cernés par une bande d'Apaches. Us nous forcent d'abord à danser une ronde avec eux. Dans le cercle, je vois en face de moi le jeune homme qui m'a d'onné des renseignements sur Descartes : il est très pâle et a les yeux grands ouverts de peur. J'ai peur aussi, et je me réveille. Tout en repassant mon rêve pour le noter plus tard, je demeurais éveillé pour éviter de retomber dans le cauchemar, et je cherchais à retrouver les événements antérieurs c\ ceux que je viens de noter. J'ai retrouvé un tableau. Avant de sortir pour faire ma promenade imprudente, j'ai dû descendre et remonter plusieurs fois l'escalier de l'appartement, c'est-à-dire cinq étages. A l'un des étages, lu descente

FoucAui/i. 19

• se faisait d'une singulière façon : on glissait assis sur line planche inclinée, de manière à arriver au palier inférieur. Pour remonter, je me servais d'une échelle appuyée sur les marches, et Touverture libre à la partie supérieure était si étroite que j'avais peine à passer. C'est plus tard que je suis descendu dans la rue.

Voici maintenant quels sont les matériaux au moyen desquels le rêve s'est constitué :

1* Une dizaine de jours avant le rêve, nous avons fait un séjour à Paris, et nous avons demeuré au cinquième étage.

2° Pendant ce séjour, nous avons assisté à un mariage, et nous sommes rentrés à une heure très avancée de la nuit, ou plutôt vers quatre heures du matin. La tournure fâcheuse que prend ma promenade vers la fin se rattache à la même origine : je suis revenu de la soirée en voiture, mais d'autres personnes préférèrent rentrer à pied, dans la fraîcheur d'un matin d'été, et je ne sais qui exprima l'opinion, peut-être en plaisantant, qu'elles pourraient faire de mauvaises rencontres.

S*" La rue bordée d'arbres qui coupe le flanc d'une colline n'est pas sans analogie avec la rue Caulaincourt, que j'ai suivie à pied quelques mois avant le rêve.

4° J'avais rencontré dans plusieurs ouvrages sur le rôve celte indication, que Descartes, piqué par un moustique, ou par une puce, aurait rêvé qu'il se battait en duel, qu'il voyait son adversaire, ses témoins, et que finalement il recevait un coup d'épée. Je fis des recherches pour trouver ce récit, mais sans succès. Je rencontrai seulement ce passage : « Quelquefois, quand nous dormons, si nous sommes piqués par une

mouche, nous songeons qu'on nous donne un coup d'épee^ ?ï Tout en supposant que ce court passage avait probablement donnû naissance à la légende d'un rêve détail Us de Descaries, et que les auteurs qui rapperlent ce prétendu rèvc ont fait oux-niùmes, sans s'en apercevoir^ lu construction mentale qu'ils attribuent a Descartes^ je chcrcbai de nouveau s'il ne se Irouvait pas dans Descartes un récit de rêve plus déiaillé. Peu de temps avant mon rêve, j'eus Toccasion d'interroger h ce sujet un professeur éminent de renseignement supérieur qui aurait ccrtaîneraent connu le récit de Descaries si ce récit avait cxisLé ; tout cela sans résultat positif.

5" J'ai !u récemment les Dmîogiœs sur la Pierre Blanche, ,

Je ne sais d'où viennent les images de remployé, du facteur des postes, de la rue Léotard ou Liotard et de la rue Alexandre-Dumas» H existe Lien une rue Alexandre-Dumas à Paris, partie dans le XP, partie dans le XX® arrondissement : je crois n'y avoir jamais passé, si ce n'est peut-être k une époque très éloignée, il y a quinze ou vingt ans. Il n*existe a Paris ni rue Léotard ni rue Liotard, t^'cmployé et le facteur de mon rêve ne ressemblent à personne que je connaisse. Il ne résulte pas de là que toutes ces images soient des constructions fantaisistes de l'imagination du rt^ve. Ce peuvent être des souvenirs oubliés, comme j'en ai cités quelques-uns au ch. VI (Ob, LXXVI et suiv., p. 214).

Quoique ce r^hc soit un rt^ve de mémoire, je n*en attribue pas l'unification à un travail de conslruelîou consécutif au sommeil : au moment où je me suis

i, Deacart^g, L'Homme^ IV, pi 4S3 (édiliou Cousin]»

réveillé, je me suis rendu compte que Tunification était faite ; c'est pourquoi je l'attribue à l'émotion qui a provoqué le réveil. Voici comment je pense qu'il s'est construit.

Le malaise dont j'avais souffert dans la journée tenait à je ne sais quel trouble physiologique, de la digestion ou de Ja respiration, je n'ai pas pu savoir au juste, tellement le malaise était vague. En tout cas, je pense que c'est ce malaise qui a dû se traduire par le tableau des escaliers : c'est donc un rêve perceptif organique, et un rêve typique. La sensation obscure s'est constituée en tableau perceptif au moyen d'images récentes. Je suppose qu'il existait quelque difficulté respiratoire, et que c'est pour cette raison que je devais passer, à la partie supérieure de l'échelle, par une ouverture très étroite. Quant à l'image de la descente en glissade sur une planche, je ne sais si c'est un souvenir lointain d'enfance, comme Freud le suppose volontiers pour des images de ce genre : je crois plutôt que c'est une image visuelle récente qui s'est personnalisée. 11 a pu m'arriver, sans doute, pendant mon enfance, de glisser assis sur une planche inclinée, mais j'ai vu bien souvent depuis de petits garçons user leurs culottes de la même façon. Celte image visuelle a dû me revenir à l'esprit au nloment où je rêvais d'escaliers, et j'ai adopté ce même procédé de descente, par un développement spontané de l'image dans le sens de l'action personnelle. Quoi qu'il en soit de ces questions secondaires, le tableau perceptif a dû se développer dans mon esprit d'une façon indépendante.

Un autre tableau perceptif se trouve encadré dans le rêve : j'ai froid, et j'ai relevé le col de ma veste.

Les autres tableaux sont purement Imaginatifs. La

promenade dans la rue h une heure très matinale, la rencontre des enfants qui mendient, puis la foule à laquelle je me trouve mêle, la conversation h laquelle je prends part, la rue Alexandre-Dumas, puis plus loin la rue dont je ne peux lire exactement le nom, tout cela forme une série continue qui se développe spontanément. Il faut y noter toutefois la rencontre des enfants en chapeaux de cuir bouilli, qui mendient : c'est le premier germe de l'émotion de peur qui va reparaître plus loin et devenir beaucoup plus forte. A cette série d'images aussi se subordonne le tableau perceptif où je relève le col de ma veste. C'est une unification de séries qui est due h la force de développement des images et des sensations : la série qui a son point de départ dans la sensation de froid prend place dans la série Imaginative, d'abord en fournissant un sujet de conversation avec des ^passants inconnus, ensuite en donnant lieu à la constatation que j'ai froid.

Mais la conversation change brusquement de sujet, et voilà que le jeune homme parle du rêve de Descartes. Ce tableau est la réalisation d'un désir, et le désir se réalise dans le rêve à un moment où j'y avais renoncé, considérant toute recherche nouvelle comme inutile. De plus le désir se réalise au moyen d'une multiplication : ce n'est pas seulement un rêve de Descartes que je vais connaître, ce sont deux rêves et des rêves détaillés, et je vais avoir enfin les indications bibliographiques que je ne pensais plus trouver. C'est là certainement un tableau indépendant, qui vient se jeter à la traverse du tableau Imaginatif précédent, qui envahit ce tableau et qui prend pour un temps la première place dans l'esprit.

" Le tableau de promenade reprend ensuite son cours

avec des détails qui se succèdent naturellement, mais ne présentent pas d'intén^t, même pour un dormeur. Une autre série apparaît alors, comme pour ranimer rinlérôt languissant. Je vois le temple grec avec Tinscriplion Minoys, et le facteur m'explique le sens du mot au moyen d'élymologies grecques. Le tableau se développe alors à partir de cette vision et de cette conversation, et les images qui apparaissent à ce moment ne sont ni des images visuelles, ni des images auditives •: c'est le souvenir d'une lecture, mais d'une lecture dans laquelle les événements imaginaires apparaissent comme réels (nous sommes à l'époque décrite dans les Dialogues sur la Pierre Blanche).

Enfin, le dernier tableau est le tableau proprement émotionnel, celui auquel aboutit tout le développement du rêve, celui aussi qui donne leur place et leur rang à tous les autres tableaux. La vague crainte des mauvaises rencontres que j'avais entendu exprimer une dizaine de jours auparavant se réalise dans le rêve, et c'est moi qui suis en danger, avec les personnages des autres tableaux du rêve et dans un lieu déterminé par celui de ces tableaux qui servait déjà de cadre aux autres. C'est donc cette émotion finale, développement peut-être de l'émotion vague causée par les figures étranges du début, qui organise l'ensemble du rêve et coordonne toutes les séries.

Le réveil sous l'influence de la pQur est fréquent; il se produit beaucoup moins fréquemment sous Tinfluence des autres émotions : joie, tristesse, surprise, etc. La raison doit en être que ces émotions ne sont pas aussi propres que la peur à provoquer la concentration des forces. Mais elles se présentent souvent dans le cours d'un rêve; ainsi Tétonnement

i;ORGANlSATîON ÉMOTIOXXELLE DES SÉRIES 3SÏ5

n'est pas rare, et de môme la joie ot la tristesse- Toutefois j pour que ces tl motions provo(| tient le ri^veil, il faut qu'elles atleignonl un degré auquel elles arrivent rarement, ou bien que le f^ommeil soit léguer, qu'il ne soit guère qu'une somnolente.

Voici une observation dans laquelle le réveil a éle provoqué par une émotion de joie, mais celte joie succédait à une peur, et il est aisé de voir qu'elle a dû être vive,

OSSERVATIOJt CXIV

De E. M... — 11 y a un peu plus de deux ans j'ai été atteint d'une pleurésie qui m'obligea à garder le lit pendant plus de trois semaines. Le médecin ne me tarssa pas ignorer que je m'en ressen lirais un peu toute ma vie et que^ si je venais à avoir une seconde pleurésie, elle serait d'une extrême gravité. Dans la nuit du 12 au 1*1 décembre IQOi, ayant senti absolument les mêmes symptômes qui avaient précédé ma pleurésie^ je jugeai prudent de gagner l'infirmerie. Cette nuit (du lo au Ifi), rassnré par le médecin, je revins coucher au dortoir et j'eus le rêve suivant :

« Je me trouvai h au lit. dans la chambre où je fus soigné il y a deux ans. Ma mère et mes deux sœurs se tonaic^nt debout auprès de mon lit et pleuraient en silence, mon père ne pleurait pas, il se tenait appuyé sur le pied de mon lit et me regardait s;ms rien dire. Le médecin qui m*a soigné m'auscultait... » Finalement le dormeur rêve qu'on lui met un vésicatoire dans le dus \A que le médecin revient au bout d'une heure. « 11 passa sa main sur ma peau et me demanda si elle était froide- Je répondis que oui. Je sentis soudain une violente douleur dans les reins, une sorte de briMure et j'entendis ma mère dire au médecin : << Vous lui avait fait mal, voye^ comme il est pUle! n. Le médecin rit aux éclats et dit : « Mais c'est fini. ïl est sauvé. Levez-vous », me dit-il. En effet, j'étais fort et solide sur les jambes, mais je sentais toujours une violente douleur dans les reins. Mes parents

m'embrassaient en pleurant^ mais de joie cette fois. A ce moment je me réveillai. Mon cœur battait très fort, j'étais couvert de sueur et j'avais les joues humectées de larmes. Je ne ressentais plus aucune douleur dans les reins... C'est la joie de me trouver guéri qui m'avait réveillé. »

Celle joie qui provoque le réveil est la joie de quelqu'un qui s'est cru perdu et, qui se voit sauvé. C'est donc une émotion très forte, et Ton comprend qu'elle provoque le réveil, à la façon 4es émotions fortes de peur. On peut remarquer encore que ce rêve, quoique étendu, est simple et bien suivi; il réunit et résume, en condensant un peu les événements, des souvenirs anciens qui se sont trouvés rajeunis par l'inquiétude des jours précédents. Mais rémotion de joie a été précédée d'une émotion de peur qui n'a pas provoqué le réveil. L'action de ces deux émotions consécutives a unifié les images d*une façon tellement parfaite qu'elle a produit la simplicité du rêve.

Cette simplicité n'est pas rare dans les rêves émolionnels où domine une émotion forte; mais elle a pour condition la persistance de l'émotion pendant un temps assez long pour que le dormeur, au moment oii il se réveille, ne puisse pas retrouver de souvenirs plus anciens. C'est ce qu'on voit aussi dans l'observation XL (p. 140). Au coniraire, quand l'émotion apparaît brusquement, comme dans l'observation CXIIl, ou quand elle devient très vive tout d'un coup, comme dans Tobservation CXll, on peut retrouver des tableaux antérieurs et saisir sur le fait l'action organisatrice de l'émotion.

Les résultats principaux de ces rechercliRS peuvent se résumer dans les propositions suivantes :

Le rêve, tel que le saisit l'observation, immédiate ou différée» ost le résultat d'un double travail ; un travail de construction logique, qui s'cfl'octue principalement pendant la période du réveil, mais peut aussi se continuer ultérieurement; un travail d'arrangement automatique, qui s'ellectue pendant le sommeil.

Ces deux travaux sont entièrement inaperçus pour Te s prit qui les accomplit; il arrive quelquefois que Tobservateur, qui vient de saisie' un l'ôve et essaie de rélablir les événements imaginaires dans un ordre objectif, se rend compte qu'il fait un raisonnement, mais il ne s*apen;oit pas que ce raisonnement a pour but une construction illusoire qui défigure les événements.

La conslructinn logique, postérieure au sommeil, a pour but de l'aire, de l'ensemble des événements imaginaires ou illusioires du rùve^ une suite d'événements

raisonnablement organisés et aussi semblables que possible à ceux que présente le monde réel.

Cette conslruclion s'effectue principalement en conformité avec l'habitude qu'a la mémoire de remonter de l'état présent aux états antérieurs, de sorte que l'ordre objectif qui est attribué aux événements est inverse de Tordre subjectif dans lequel ils sont saisis par la conscience pendant le réveil; mais cet ordre est modifié lorsque des modifications peuvent faire de l'ensemble un système mieux organisé.

La construction logique comprend encore d'autres opérations destinées à unifier le système des faits imaginaires : déterminal ions locales, additions, suppressions, substitutions.

La construction logique s'achève rarement, de sorte que l'effort instinctif des faculté^ rationnelles a précisément pour effet de produire l'incohérence.

Cet enchaînement des tableaux du rêve postérieurement au sommeil est la principale cause de F illusion de la durée.

Pendant le sommeil, l'esprit est occupé par une pluralité de séries simultanées d'images auxquelles se mêlent aussi quelques sensations : l'esprit qui se réveille saisit ordinairement deux ou trois lambeaux de ces séries, les plus récents, et ce sont là les tableaux qui s'organisent ensuite en un drame; il en saisit peut-être quelquefois un plus grand nombre, cinq ou six, jamais davantage.

Ces séries simultanées forment probablement plusieurs couches différentes, dont les unes sont plus rapprochées, les autres plus éloignées de l'aperceplion: il n'est pas impossible que tout notre passé revive ainsi dans les profondeurs subconscientes de l'esprit.

Les images subconscientes qui subsistent ainsi pendant le sommeil ne demeurent pas à l'état de choses inertes : ce sont des forces vivantes, en conflit les unes avec les autres.

Celles qui ont le plus de chances de reparaître à la conscience par le moyen du rêve, et d!occuper dans la subconscience les couches supérieures, sont, toutes choses égales d'ailleurs : 1° les plus récentes; 2" les plus émotives; 3^ celles qui proviennent de perceptions inattentives; 4° celles qui ont occupé récemment Tesprit à titre d'images.

Des images oubliées dans l'état de veiUe> des sensations inaperçues dans le même élat, peuvent reparaîlre pendant le sommeil et prendre place dans les rêves.

Les sentiments de la veille tendent à se réaliser pendant le sommeil, les craintes plus encore que les désirs.

Lés sentiments qui agissent pendant le sommeil sont surtout ceux qui ont été refoulés pendant la veille.

L'action des désirs, et en général des sentiments, pendant le sommeil, explique les rêves multipliants et aussi certaines bizarreries que l'on rencontre dans Tes tableaux de rêves et qui sont des incohérences secondaires, propres au sommeil.

Chaque image tend à se développer pour son compte et à se subordonner les autres images.

La subordination n'est pas toujours parfaite, et c'est là une source nouvelle de bizarreries ou d'incohérencoji secondaires.

Le développement des images se fait suivant un mouvement rythmique.

Le développement des sentiments et des images a

pour but de faire naître des inventions, de suggérer des moyens d'action.

Les sensations peuvent se développer aussi dans le rêve, et elles forment alors des tableaux perceptifs; la construction du tableau perceptif comprend les mômes opérations que celle de la perception^ mais la sensation se combine dans le rêve avec les images qu'elle trouve à sa disposition et qui s imposent à elle, de telle sorte qu il en résulte une illusion.

L'émotion qui apparaît brusquement pendant le sommeil unifie les séries voisines et provoque le réveil; TémotioTi qui persiste sans produire le réveil donne lieu à un rêve simple.

Bien d'autres questions restent sans solution. La plus importante peut-être est celle qui concerne la profondeur du sommeil et Finfluence qui peu! en résulter sur le rêve. La définition de la profondeur du sommeil par la force de l'excitation nécessaire pour produire le réveil ne peut être qu'une définition provisoire : il faudrait tenir compte du sommeil partiel, car la même personne qui n'entend pas gronder le tonnerre pendant un orage pourra entendre son enfant qui fait un mouvement dans son berceau.

Je signalerai encore comme un fait inexpliqué, que j*ai souvent constaté, l'illusion de mémoire qui consiste en ce qu'on croit se souvenir d'un fait qui n'a pas existé, ou reconnaître une personne que l'on n'a jamais vue. — Il faudrait aussi revenir sur l'étude de la surprise dans le rêve, et sur l'absence de surprisé dans des circonstances oîi l'on devrait être surpris.

Autrement dit, la vie du rêve, même en laissant de côté la partie physiologique, la partie pathologique et la

partie sociologique du problème, est un mûade extrêmement compliqué. L'étude peut eo être sîtigulièPC' ment féconde, car, parmi les causes des faits de conscience, doivent se trouver ea première ligne les faiU psychologiques incoascieiitsT ou, ce qui revient au même pour moi, subconscients* Or, le monde subconscient s'est laissé pénétrer jusqu'à présent par deux côtés principaux : Piei re Janet l'a étudié dans l'hystérie et la psychastliénie, Flournoy dans le spiritisme. L'oIjservalion des rêves fournit un troisième moyen de pénétration.

1^ Il

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