OBSERVATION XVIII
Première notation^ 3 juin 1900. — M"'*' B... s'est réveillée dans la nuit ayant l'esprit occupé par -un rêve très net, efle s'en souvenait encore au réveil définitif. Elle me le raconte à 2 heures de l'après-midi et je le note aussitôt. La première notation présente donc un rêve de mémoire, c'est-à-dire un rêve déjà partiellement organisé.
Je rêve que je suis dans une voilure, conduite par un cocher, sur une route ; il fait clair. Tout à coup le cocher s'en va, et me laisse dans la voiture. Comme je sens mes bottines qui me blessent, je les retire. Je reste environ deux heures dans la voiture arrêtée. Impatientée, je regarde de tous côtés, et je crains de ne pas arriver à l'heure fixée, quoique je ne sache pas où je vais. Alors je descends de voiture; mes pieds sont gonflés, je ne puis remettre mes chaussures. Je retourne en arrière, nu-pieds, et je trouve le cocher attablé avec des hommes, et une femme dans
a paru dans la Revue philosophique, Aliolta, utilisant à un autre point de vue quelques-unes de mes observations, déclare qu'il a pu remarquer, dans ses observations notées pour la plupart peu -de minutes après le réveil, le^ manque de continuité entre les parties. {Il pensiero e la personalità nei sogni, Ricerche di Psicolo- ^ia, de de Sarlo, p. 216, 1905.)
Tombre, buvant, sur une grande table (comme celles que Ton voit dans les fêtes foraines), sous un hangar. Je lui demande avec colère ce qu'il fait. Il répond avec un geste indifférent qu'il va venir. Je retourne à la voiture, et je vois le cheval, dételé, qui broute dans un pré. Mais, avant de remonter en voiture, ayant un besoin à satisfaire, je cherche un endroit convenable. Je vois une grande pièce, en haut de plusieurs marches d'escalier, sale et sentant mauvais, au-dessus de laquelle est inscrit le mot « Bureau ». Iq monte avec difficulté. Au moment où je redescends, une femme me demande ce que je fais là. (Ici se trouve une conversation entre les deux femmes que je ne reproduis pas.) La femme s'en va. Je redescends avec peine, je retourne à la voiture, et là je trouve mon mari, en gilet et casquette, comme s'il était chez lui. Je lui raconte que le cocher m'a laissée. Il me répond : « Bah ! il va bien venir. » Le reste est confus.
Deuxième notation, — M"'* B... m'ayant déclaré, le; H novembre suivant, qu'elle avait gardé le souvenir exact de ce rêve, je lui demandai de me le raconter de nouveau, et j'obtins le récit suivant:
J'étais en voiture, sur une route. Mon mari, je crois, conduisait. A un moment donné, je me suis arrêtée pour un petit besoin. Autant que je me- rappelle, mon mari a dételé le cheval. Puis j'ai vu une femme en bonnet blanc. Je lui ai demandé des cabinets, et elle m'a montré une porte. La porte ouverte, j'ai trouvé plusieurs marches, en haut desquelles se trouvait un grand espace, une sorte de réservoir, plein de vidange. Au delà du réservoir, je vois une porte vitrée portant l'inscription « Bureau ». Je suis redescendue, et j'ai reirouvé en bas le cheval et la voiture qui m'attendaient : le cheval était dételé. Pas d'autre souvenir du rêve ne reste maintenant, si ce n'est que les événements se passaient de jour, par un temps clair.
Sans insister pour le moment sur les transformations qu'a subies ce rêve dans l'intervalle des deux notations,