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Le sommeil et les rêves, p

tends par là ceux qui ne sont accompagnés que dVmoiions faibles, j'ai coutume de les oublier toul de suite : il-m'est arrivé souvent d'être réveillé pendant la nuit, ou de me réveiller sponian(^ment le matin Fesprit plein d^images de rêves très nettes : au bout de peu de l« mps, souvent même après quelques minuies, il ne restait rien de tout cela dans la mémoire, le rêve était perdu pour toujours. Quelquefois cependant, mais rarement, j'ai réussi à retrouverau matin desrêves que j'avais fixés avec soin pendant la nuit par le moyen de l'atlention.

Ainsi le rêve qui n'a été fixé d'aucune façon, même s'il a été nettement conscient pendant un moment, s'oublie très facilement. Le rêve qui a été fixé, soit d'une façon spontanée en raison de son caractère émotionnel, soit d'une façon artificielle, grâce à Taltention, s'oublie moins facilement, mais a encore beaucoup de chances de disparaître, sans parler de ses chances d'être dénaturé. De là résulte que, si l'on veut saisir le rêve et le conserver dans la forme où il s'est présenté à la conscience au début du réveil, il est indispensable de le noier immédiatement par écrit. Il est même nécessaiie de prendre des précautions pour éviter toute cause de distraction, par exemple de préparer avant de dormir du papier et un crayon ou une phime à portée de la maiij, de prendre avant de s'endormir la résolution ferme de faire son observation subjective aussitôt que l'on sera réveillé, d'exécuter courageusement cette résolution malgré les tentations de la paresse, et enfin de s'entraîner à ce genre d'observation en le pratiquant d'une façon suivie pendant un certain temps.

Le procédé de la notation immédiate employé sous <îetle forme ne nous donne, malgré tout, que des observations de mémoire. Ce que nous écrivons lorsque nous

/ METHODE D'OBSERVATION ET D'ANALYSE n

nous hâlons de prendre la plume ou le crayon pour noier, à ppîne éveillés, le rêve que nous avons pu saisir, ce sont des souvenirs. Si entraîné que Ton puisse être à ce genre d'observation, si attentif que Ton soit, si énergiquement que Ton réagisse contre le sommeil pour reprendre possession de soi-même et de ses idées, il existe toujours un certain intervalle de temps entre le moment où les représentations du rêve ont commencé à occuper Tesprit et celui où on les fixe par écrit : la période du réveil ne peut pas être réduite à un spul instant, elle s'étend nécessairement sur une durf»e Unie, d'ailleurs très variable. — Mais le procédé de la notation immédiate, si l'on prend les précautions que j'ai indiquées, permet d'abréger la durée du réveil et do saisir le rêve aussi près que possible de son état primitif. Lorsque nous nous réveillons spontanément le malin pour vaquer ensuite à nos occupations professionnelles, le réveil se fait lentement, nous restons volon iers les yeux demi-clos ou même tout à fait clos, alors que nous distinguons déjà les bruits familiers de la maison et de la rue : bref, la période intermédiaire entre 1»» sommeil et la veille, la période de somnolence du rôvf'il, se prolonge comme si nous cherchions à prend le dans un sommeil nouveau un supplément de repos. Ce réveil doux et lent, que nous préférons par une sorte tTinstinct et que le père de Montaigne avait soin d" ménager à son fils, est peut-être excellent au poinl de vue de l*hygiène : mais, au point de vue de r()l)s«'rvMtion des rêves, il a pour résultat de laisser des fai's d<» conscience appartenant à l'état de veille reparaîho graduellement et chasser, chez beaucoup d'Iiom nés, les représentations du rêve. Si par hasard ces r '|)ré>entations se maintiennent d elles-mêmes dans

la mémoire, la déformation des souvenirs, le travail d'évolution, a le temps d'être poussé très loin. Par suite, si Ton veut tirer tout le profit possible de la notation immédiate, il faut réduire, par un effort énergique, la durée du réveil.

Ainsi la méthode d'observation de Maury peut être avantageusement corrigée sur ce point. Elle peut Têtre encore en ce sens qu'elle doit être étendue à tous les moments, ou à tous les degrés du sommeil. Sans attribuer une valeur excessive aux mesures qui ont été faites de la profondeur du sommeil, on peut affirmer que le sommeil n'a pas toujours la même profondeur, et qu'il est particulièrement léger quand il vient seulement de commencer. D'ailleurs, le point sur lequel les mesures de la profondeur du sommeil concordent le mieux est celui-ci : lé sommeil reste léger pendant la première heure *. Par conséquent, les observations faites dans les conditions où se plaçait Maury ne peuvent fournir que des rêves de sommeil léger. En fait d'ailleurs, ses théories sur le rêve sont fondées presque exclusivement sur l'observation des hallucinations hypnagogiques. Or, personne ne peut nier l'intérêt qu'il y a à observer aussi les rêves de sommeil profond.

Il est vrai que, si Ton veut observer les rêves de sommeil profond, ou, d'une façon plus générale, si l'on veut étendre l'observation du sommeil aux différentes heures de la nuit, on rencontre une difficulté pratique qui est souvent très embarrassante. Comment provo-

1. Michelson. Untersuchungen ûber die Tiefe des Schlafes^ Psychologische Arbeiten, II, p. 84 (1899); publié d'abord comme dissertation à Dorpat en 1891.— Santé de SanctisetNeyroz. Expérimental investig a tio,n s conceming ihe depth ofsleep^ Psychological Review, IX, 234 (1902).

quer le réveil? Maury avait résolu cette difficulté en se faisant réveiller et en bornant Tobservation aux premiers moments du sommeil. Il n'est pas absolument impossible d'étendre l'observation à deux aux différentes heures de la nuit, mais c'est pratiquement difficile. On peut, à la rigueur, trouver quelque personne de bonne volonté qui consente à veiller pendant la plus grande partie de la nuit et qui vienne interrompre le sommeil d'une façon brusque, ou bien qui serve de sujet. C'est ainsi que Weygandt * se faisait réveiller par l'étudiant en médecine Willner : mais il reconnaît qu'ils ont « souvent rencontré des obstacles extérieurs « qu'il n'était pas facile d'écarter » (p. 19).

Pour moi, lorsque je commençai, en 189S, à recueillir mes rêves, j'avais coutume de dormir jusque vers sept heures du matin : les jours où je voulais faire une observation de rêve, je me faisais réveiller vers six heures, une heure avant le réveil spontané. Mais à ce moment le sommeil est généralement léger, à peu près comme dans la première heure du sommeil. — J'ai fait aussi des observations à la suite du réveil spontané. Dans ces conditions, pourvu que l'on soit suffisamment entraîné, on peut noter un rêve tous les matins. Mais ce sont encore des rêves de sommeil léger. Ils ne sont pas à dédaigner, mais il est à souhaiter que l'on puisse recueillir des rêves aux différentes heures de la nuit. J'ai employé dans ce but le réveille-matin, mais il m'est arrivé la même aventure qu'à Weygandt* et à M. W. Calkins^ : le bruit était souvent trop fort, et

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