OBSERVATION LXV
Il s'agit de guillotine. Je suis sur une place, avec un grand nombre de personnes, que je vois confusément. On guillotine une femme et un enfant. L'enfant est tout à fait jeune, un bébé. Le bourreau le déshabille afin de dégager le cou. Je trouve à ce moment que Tenfant ressemble beaucoup à mon petit garçon (alors âgé de dix-huit mois) : je crois même que c'est lui. Je souffre horriblement de ce spectacle, mais je ne peux faire un mouvement. Enfin le bourreau coupe le cou de Tenfant avec de grands ciseaux.
Explication. « J'ai lu il y a quelques jours dans Victor Hugo [Le Pape^ en voyant une nourrice) Thistoire du juge qui attend, pour faire exécuter une femme, qu elle ait accouché. Les ciseaux que je vois aux mains du bourreau ressemblent beaucoup à de grands ciseaux qui sont pendus dans la cuisine. »
Je ne crois pas que la théorie de Freud, suivant laquelle tout rêve est la réalisation d'un souhait, puisse rendre compte des faits que je viens de citer; mais je crois plutôt que la peur agit comme force organisatrice dans le rêve, au même titre que le désir positif.
Nous avons vu plus haut que le désir positif est inventif, qu'il suggère des moyens grâce auxquels il est immédiatement réalisé ou bien grâce auxquels sa réalisation future est du moins préparée. Ainsi celte rumination mentale que constitue le rêve est utile : elle fournit à Tespritdes moyens, d'une valeur très variable d'ailleurs, pour atteindre les fins auxquelles il tend. Je vais montrer maintenant que la peur agit de la même manière^ qu'elle suggère aussi des moyens d'action, à savoir, les moyens par lesquels le danger ^ prévu et redouté pourra être écarté.