‹ Le rêve: études et observationsChapitre 94 sur 136 · OBSERVATION LXXV · texte numérisé non relu

OBSERVATION LXXV

G...^ très bon élève, dont la conduite et le travail sont d'ordinaire irréprochables, a négligé, un jour de départ en petites vacances, de saluer un maître. Le jour de la rentrée, il est appelé chez le proviseur et reçoit une semonce. La nuit suivante, il fait un rêve à ce sujet :

« J'étais couché, M. le proviseur m'a fait lever avant le roulement et m'a appelé dans le couloir. Il m'a entretenu de mon impolitesse, mais il ne m'a pas donné de punition. M. le censeur est arrivé et lui a soufflé à Toreille que le plus sûr moyen de me rendre poli était de m'infliger une consigne, etc. »

Cette persistance avec laquelle des images émotives s'imposent à l'esprit, pendant la veille, pendant la période d'assoupissement (l'état hypnagogique), et pendant le sommeil, permet d'énoncer une deuxième loi

(le la réapparilion des images, applicable à la veille comme au sommeil : les images reparaissent d'aulant plus aisément qu'elles proviennent de perceptions plus émotivesa

Mais ces deux lois ne suffisent pas à expliquer la réapparition des images pendant le sommeil. Lorsque, venant de noter un rêve, je cherche Torigine des images principales, il est rare, pour peu que le rêve soit compliqué, c'est-à-dire relativement complet, que je ne trouve pas un ou plusieurs événements récents auxquels il se rapporte, qu'il fait revivre d'une manière fidèle, ou, plus souvent, avec des déformations et des combinaisons; et ces faits récents sont, en général, du jour qui précède le sommeil : mais, si deux ou trois faits du jour qui précède reparaissent ainsi dans le rêve, il en est beaucoup d'autres qui ne reparaissent pas. De même il est beaucoup de perceptions émolives dont on chercherait en vain la trace dans les rêves de la nuit suivante. Il m'est arrivé de noter à la fin de la journée quelque événement saillant, accompagné par suite d'une émotion passablement vive, afin de voir si les rêves de' la nuit, ou du lendemain matin, s'y rapporteraient : très souvent, les rêves ne s'y rapportent pas. — Une suit pas de là que les deux premières lois sont fausses, mais seulement qu'elles ne sont pas seules à régir le fait en question, que d'autres lois contribuent h le déterminer, c'est à-dire que l'apparition d'une image dans le sommeil, comme d'ailleurs dans l'état de veille, résulte d'un entre-croisement de causes multiples.

Sans rechercher toutes les causes qui agissent dans l'état de veille, on peut remarquer cependant qule, parmi ces causes, se trouve au premier rang l'attention volontaire : l'esprit éveillé, rpii s'occupe d'un travail

QUELLKS IMAGES REPAUAISSENT DANS LE RKVE? 213

actif, maintient dans Tesprit, par un ellort volonlaïns les images et les idées qui se rapportent k son travuiî, et il écarte ou repousse les autres : les images récentes, et même les images émotives, sollicitenl on vain son attention; l'esprit les dédaigne et ne fait bon accueil qu'à celles qu'il peut employer dans un but utile. Mais, pendant le sommeil, un pareil choix nVxisto plus, la faculté critique cesse de s'exercer, et toutes les images envahissent l'esprit et se poussent vers Taperception : lorsque le réveil se produit, robscrvateur saisit des images qui pendant la veille seraient rost*^cs inaperçues ^ maintenues par l'effet de l'attention volontaire en dessous du seuil de la fconscience.

Il serait à désirer que l'on pût vérifier cette vue théorique par l'analyse d'un certain numbre d'observations : on distinguerait, parmi les images contenues dans ces observations, celles qui proviennent de perceptions attentives et celles qui proviennent de pru^ceptions inattentives ou peu attentives. L'hypothèse serait vérifiée si l'on trouvait que les premières sont peu nombreuses en comparaison des secondes. Mais celle analyse n'est point facile à faire, car il est difficile d'apprécier, pour la plupart des perceptions auxquelles se rapportent les images du rêve, si ces perceptions ont été attentives ou ne l'ont pas été.

Toutefois l'hypothèse que j'examine en ce momejil est confirmée par ce fait que les év*^nements du rêve sont le plus souvent insignifiants. A part quelques rares exceptions, mes rêves et ceux de mes élèves présentent, comme on a pu le remarquer, de menus faits qui, dans la vie réelle, ne provoqueraient pas un grand travail de l'esprit, c'esl-à-dirc qui se succéderaient sans attirer l'attention. La trivialité des images

ordinaires du rêve a été signalée aussi par plusieurs auteurs, notamment par Nelson*.

L'hypothèse est confirmée aussi par ce fait qu'il se trouve dans le rêve quelques images qui proviennent d'une perception récente et que cependant Ton ne reconnaît pas du tout ou que Ton reconnaît à peine. Ces perceptions ne peuvent avoir été que des perceptions très inattentives.

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