‹ Le RêveChapitre 9 sur 30 · FÉLICIEN, ANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

FÉLICIEN, ANGÉLIQUE

Ils demeurent un instant silencieux, embarrassés, se regardant.

FÉLICIEN

Mademoiselle....

Il n'ose continuer. Puis il vient près d'elle, très simplement.

Moi, je me nomme Félicien.

ANGÉLIQUE

Et moi, je me nomme Angélique.

FÉLICIEN

Peintre verrier, c'est mon état.

ANGÉLIQUE

Le mien, Brodeuse !

FÉLICIEN, il montre le vitrai.

Je travaille ici.

ANGÉLIQUE

Notre boutique

LE REVE 2i

Est là. Ce jardin est à nous!

Vivement, levant les yeux vers le vitrail On ne va pas l'ôter, ce beau vitrail, j'espère ! Il est d'un éclat si vivant, si doux !

FÉLICIEN

Le vitrail restera. Monseigneur ne fait faire Qu'un très simple travail.

ANGÉLIQUE

Adieu, monsieur, merci.

A la vue de Félicien, qui la regarde avec hésitation et contrainte.

Quel air fâché!

Pourquoi me regarder ainsi ?

FÉLICIEN

Pourquoi!.... C'est... C'est que je vous aime !

ANGÉLIQUE, avec un grand mouvement.

A la fois troublée et heureuse.

Vous!

Je viens, je vous vois, j'oublie à l'instant mémo Que je m'étais juré de ne pas vous troubler, De ne rien révéler, de ne pas vous parler !...

Mais... que voulez-vous?... je vous aime!

Près d'elle, avec une grande douceur.

C'est un soir, dans votre jardin, Que je vous vis à la fenêtre.

C'est là que dans mon cœur soudain D'un regard l'amour devait naître

Je voyais à peine vos traits; Pourtant je vous devinais telle Que vous voilà, rieuse et belle Et déjà je vous implorais !

Vous ne m'aimerez pas, sans doute; Du moins, laissez-moi vous aimer ï Laissez mon âme s'ouvrir toute, Dans ses replis vous enfermer!

Épargnez-moi, si mon audace est grande,

Je ne demande Que de vous voir, de vous adorer à genoux !

Il tombe à ses pieds et y demeure un instant sans voix, 0 l'ivresse délicieuse!

(Il lève avec crainte les yeux vers elle.) Vous demeurez silencieuse Et j'ai peur de votre courroux!

ANGÉLIQUE se penchant vers lui

Ne craignez rien. L'heure est déjà lointaine

Où je savais que vous deviez venir.

Vos pas, aux premiers soirs, me laissaient incertaine ; Mes doutes cependant devaient bientôt finir,

Bientôt devait s'éclaircir le mystère, Sans vous connaître encor, je vous ai reconnu ! Hier enfin, quand vous êtes venu

Dans le jardin, là, j'ai dit à ma mère :

« Il vient, celui que m'annonçaient mes voix ! Le voici, je le vois! »

Ne craignez rien. Je n'ai point de colère!

LE KEVE 2;j

De l'intérieur de la chapelle, le chant de Y Ave Verum s'élève lointain et calme

FÉLICIEN

0 chère âme, trésor ouvert!

Salut qui me vient du ciel même !

Je ne sais plus si j'ai soufîert !

Je vous bénis et je vous aime î

ANGÉLIQUE

Les voix saintes que j'entendais M'anrîonçaient la vérité même !

Il vient celui que j'attendais Je les bénis!... Et je vous aime !

Ils restent comme en une extase mystique, tandis que les chants religieux montent doucement. Angélique revient à elle, très souriante, très gaie, avec une joie enfantine..

ANGÉLIQUE

Comme cela s'est fait pourtant!

Ah! ce matin, je ne m'en doutais guère....

FÉLICIEN

Oh ! les cœurs purs, comme Dieu les entend.

ANGELIQUE

Vous parlerez bientôt à mon père, à ma mère L'accord pourra se faire en peu de jours.

Elle reprend son petit baquet plein de linge, le pose sur sa tète et se dispose à s'éloigner.

A demain, cher aimé !

FÉLICIEN, la suivant des yeux avec ravissement

Ma chère âme, à toujours !

Klle disparait par la porte du clos. Le rideau baissa lentement.

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