FÉLICIEN, ANGÉLIQUE
Ils demeurent un instant silencieux, embarrassés, se regardant.
FÉLICIEN
Mademoiselle....
Il n'ose continuer. Puis il vient près d'elle, très simplement.
Moi, je me nomme Félicien.
ANGÉLIQUE
Et moi, je me nomme Angélique.
FÉLICIEN
Peintre verrier, c'est mon état.
ANGÉLIQUE
Le mien, Brodeuse !
FÉLICIEN, il montre le vitrai.
Je travaille ici.
ANGÉLIQUE
Notre boutique
LE REVE 2i
Est là. Ce jardin est à nous!
Vivement, levant les yeux vers le vitrail On ne va pas l'ôter, ce beau vitrail, j'espère ! Il est d'un éclat si vivant, si doux !
FÉLICIEN
Le vitrail restera. Monseigneur ne fait faire Qu'un très simple travail.
ANGÉLIQUE
Adieu, monsieur, merci.
A la vue de Félicien, qui la regarde avec hésitation et contrainte.
Quel air fâché!
Pourquoi me regarder ainsi ?
FÉLICIEN
Pourquoi!.... C'est... C'est que je vous aime !
ANGÉLIQUE, avec un grand mouvement.
A la fois troublée et heureuse.
Vous!
Je viens, je vous vois, j'oublie à l'instant mémo Que je m'étais juré de ne pas vous troubler, De ne rien révéler, de ne pas vous parler !...
Mais... que voulez-vous?... je vous aime!
Près d'elle, avec une grande douceur.
C'est un soir, dans votre jardin, Que je vous vis à la fenêtre.
C'est là que dans mon cœur soudain D'un regard l'amour devait naître
Je voyais à peine vos traits; Pourtant je vous devinais telle Que vous voilà, rieuse et belle Et déjà je vous implorais !
Vous ne m'aimerez pas, sans doute; Du moins, laissez-moi vous aimer ï Laissez mon âme s'ouvrir toute, Dans ses replis vous enfermer!
Épargnez-moi, si mon audace est grande,
Je ne demande Que de vous voir, de vous adorer à genoux !
Il tombe à ses pieds et y demeure un instant sans voix, 0 l'ivresse délicieuse!
(Il lève avec crainte les yeux vers elle.) Vous demeurez silencieuse Et j'ai peur de votre courroux!
ANGÉLIQUE se penchant vers lui
Ne craignez rien. L'heure est déjà lointaine
Où je savais que vous deviez venir.
Vos pas, aux premiers soirs, me laissaient incertaine ; Mes doutes cependant devaient bientôt finir,
Bientôt devait s'éclaircir le mystère, Sans vous connaître encor, je vous ai reconnu ! Hier enfin, quand vous êtes venu
Dans le jardin, là, j'ai dit à ma mère :
« Il vient, celui que m'annonçaient mes voix ! Le voici, je le vois! »
Ne craignez rien. Je n'ai point de colère!
LE KEVE 2;j
De l'intérieur de la chapelle, le chant de Y Ave Verum s'élève lointain et calme
FÉLICIEN
0 chère âme, trésor ouvert!
Salut qui me vient du ciel même !
Je ne sais plus si j'ai soufîert !
Je vous bénis et je vous aime î
ANGÉLIQUE
Les voix saintes que j'entendais M'anrîonçaient la vérité même !
Il vient celui que j'attendais Je les bénis!... Et je vous aime !
Ils restent comme en une extase mystique, tandis que les chants religieux montent doucement. Angélique revient à elle, très souriante, très gaie, avec une joie enfantine..
ANGÉLIQUE
Comme cela s'est fait pourtant!
Ah! ce matin, je ne m'en doutais guère....
FÉLICIEN
Oh ! les cœurs purs, comme Dieu les entend.
ANGELIQUE
Vous parlerez bientôt à mon père, à ma mère L'accord pourra se faire en peu de jours.
Elle reprend son petit baquet plein de linge, le pose sur sa tète et se dispose à s'éloigner.
A demain, cher aimé !
FÉLICIEN, la suivant des yeux avec ravissement
Ma chère âme, à toujours !
Klle disparait par la porte du clos. Le rideau baissa lentement.