GUET JE
En faut-il du courage pour rester dans des enfers pareils !
WILLEM
Bah! On s'y habitue si bien qu'on ne peut plus s'en arracher... Regarde ton maître... Une fois la campagne Unie, rien ne l'empêchait de revenir en Hollande. Eh bien non, il a préféré démissionner et s'établir planteur à Yatang.
GRETJE.
Si madame Mineke n'était pas morte au bout de deux ans, je vous promets qu'il serait revenu, car il l'aimait bien.
WILLEM, allumant sa pipe et s'asseyant à table.
Il avait raison, c'était une brave petite femme... Ah, je me suis souvent reproché de n'avoir pu m'occuper d'elle comme je l'avais promis... Mais que veux-tu, six mois après le départ de Berend, je partais moi-même pour Bornéo... et là-bas, après la campagne, je démissionnais pour courir les aventures... Puisque nous sommes seuls, parle-moi donc un peu de Mineke... Je suis ici depuis quinze jours et je n'ai pas encore osé demander ù Berend ce qu'elle est devenue quand elle s'est trouvée sans appui.
GRETJE, se laissant peu à peu gagner par l'émotion.
La misère n'a pas été longue à venir!... M. Berend n'envoyait pres({ue rien... à peine ce qu'il fallait pour la petite. . . Madame cherchait des leçons de musique... mais elle n'en trouvait guère... EU voulait aussi chanter dans les soirées... On l'invi-
tait, on l'applaudissait, on la fêtait... on aurait mieux fait de la payer!... Elle a donné des concerts... elle y a perdu ses dernières économies... Alors dame, elle a commencé à se décourager... Il y avait un ofiicier qui la poursuivait, qui la suppliait de vivre avec lui, qui lui promettait des milliers de llorins... Elle ne voulait pas l'écouter... « Jamais, jamais ! » qu'elle disait... « Plutôt mourir de faim que de me vendre !... » Là-dessus, la maladie est venue... une pleurésie qu'elle a prise en rentrant le soir, à pied, dans la neige... et ma foi, comme nous n'avions de quoi payer ni le médecin ni les remèdes... il a fallu la conduire à l'hôpital... (Refoulant ses larmes.) C'est là qu'elle est morte, monsieur Wœsting... A l'hôpital!... J'étais restée près d'elle... et jusqu'à la fin... elle n'a pas cessé d'appeler : « Berend ! Berend! »... Ah, on peut dire qu'elle l'aimait !
WILLEM
Et Annette, elle a dû en voir de dures, elle aussi?
GRETJE.
Les premières années n'ont pas été faciles. Mais par la suite quand M. Berend a gagné de l'argent avec ses plantations, il envoyait des mois de cent cinquante et deux cents florins... Annette n'était pas malheureuse.
WILLEM
Elle sera tout à fait heureuse, maintenant que son père l'a fait venir auprès de lui...
GRETJE, l'interrompant vivement.
Son père î Qu'est-ce que vous dites-là ?
WILLEM, se reprenant.
C'est vrai. J'oublie qu'elle le croit toujours son