ACTE TROISIÈME
DIKLI.
Elle sort.
WILLEM
Mais tV propos, il me semble qu'on no voit plus le missionnaire ?
ANNETTE
Non... C'est moi qui l'ai prié de ne plus revenir.
WILLEM, surpris.
Toi ? Voilà qui m'étonne.
ANNETTE
Oui... J'étais toute disposée à l'entendre me parler religion... mais je me suis aperçue qu'il cherchait à me détacher de Berend et de vous... à me soustraire à votre iniluence.
WILLEM
Gomment?... Quels moyens employait-il ?
ANNETTE
Il blâmait doucement votre vie... vos habitudes... vos idées... Il insinuait...
WILLEM, vivement.
Quoi?... Qu'insinuait-il?
ANNETTE
Que vous étiez des impies... qu'il fallait se défier devons... que vous viviez dans le mal...
Mais tu ne l'as pas cru ?
ANNETTE, avec décision.
Je lui ai répondu : « J'aime un des hommes que vous calomniez... Je suis aimée de lui... Je ne peux plus vous entendre! »
WILLEM, gaiement.
Ah ! Tu as bien fait de l'envoyer promener. C'est une vache à sermons, rien d'autre!
ANNETTE, riant.
Une vache à sermons!... Ha!... ha!... Je ne lui en veux pas; je me borne à l'éviter. C'est le zèle religieux qui le pousse à médire d'impies, mais c'est pourtant un brave homme !
WILLEM
Un brave homme, dis-tu ? Ces braves gens-là, dont l'intelligence est ligottée par la foi, dont la sagesse est prisonnière de la tradition, ces braves gens-là sont aussi dangereux que des malfaiteurs! Ils entretiennent le mensonge en eux et autour d'eux! Ils étouffent lâchement toute vérité; ils haïssent et crucifient ceux qui se façonnent euxmêmes leur vertu, ceux qui regardent .en avant, ceux qui créent!... Mais patience, le jour où l'humanité réfléchira, comprendra, ces braves gens-là seront à leur tour haïs et crucifiés !
ANNETTE
C'est vrai ce que vous dites-làl Qui donc les appelle les braves gens, et les bons, et les justes ?. . . Eux-mêmes!... Alors, ça ne prouve rien, n'est-ce pas?
WILLEM
Ah! tâche de ne jamais être au nombre de ceux qui s'appellent ainsi, mon enfant ! Ne sois pas de celles qui souffrent pour des chimères... Ne te laisse pas gouverner par des croyances auxquelles tu'i^ne [crois [plus... Ne 'marche pas sous' des jouejs quetu sais creux et pourris!