ACTE I, SCÈNE III I
LA COMTESSE DE MÉGÉE
Pas du tout?
ROSE
Oh! bonne-maman, ne me grondez pas avant d'avoir compris pourquoi j'ai été muette auprès d'elle. J'étais gênée devant les miens, je me cachais de ce qu'un étranger eût pris, dans mes affections, tant de place à leurs dépens. Je me jugeais coupable de concevoir désormais mon bonheur en dehors d'eux, ailleurs que chez eux, même loin d'eux. Mais surtout en face de mère, qui me connaît le plus, je crois continuellement sentir qu'elle a deviné un trouble si fort en moi, qui m'est si nouveau, et qu'elle me le reproche comme une ingratitude!
LA COMTESSE DE MÉGÉE
Tu t'es trompée. Tu t*es obstinée dans l'erreur. Et c'est déplorable!
ROSE
Je vous jure que j'ai cherché dans les yeux de mère, bien des fois, un encouragement à la consulter, un signe seulement d'indulgence!... Et
l8 LE RÉVEIL
ses yeux, de jour en jour, se sont détournés de moi davantage 1 Mère, qui était auparavant si bonne pour moi, toujours si tendre, comprenezvous qu'elle ne m'adresse plus la parole? Elle me répond à peine. Si elle ne détestait pas mon idée de mariage, d'où vient que mon seul aspect la rend sombre et que maintenant elle me fuit?
LA COMTESSE DE MÉGÉE
Certes, il y a un malentendu entre ta mère et toi. Il faut t' employer à ce qu'un état, très fâcheux pour nous tous, ne se prolonge pas. Saisis la première occasion de t'adresser à ta mère, tendrement et fermement. Ouvre-lui ton âme.
Retiens-la devant la révélation de tes jeunes espoirs, de tes tourments déjà commencés. Je te prédis que ce ne sera pas en vain...
ROSE
Mais les parents de Roger ne seront pas ramenés à de meilleures dispositions, parce que mère m'aurait fait bon accueil?
LA COMTESSE DE MÉGÉE
Qui sait?... Quand tu lui auras exposé que les