ACTE I, SCÈNE XV fÇ
propre personne, tu le sais bien. On a mis ma tête à prix; on a lancé sur moi des meutes d'assassins. Et, vis-à-vis de cela, ma seule vengeance a été de rester vivant. Mais, tant que dura ma guerre, chaque fois que Ton a touché à l'un de mes fidèles, j'ai répondu avec le fer et le feu d'une façon exenq)laire. Oui, j'ai semé la terreur; et, par elle, même en capitulant, j'ai pu encore, pour mes partisans, dicter des conditions que le vainqueur aurait frémi de transgresser. J'ai été le rude berger qui sauve son troupeau!
JEAN
Si vous teniez à m'avoir pour continuateur de vos œuvres, que ne m'avez-vous conservé sous votre tutelle, dans le sombre château d'où vous arrivez? Pour m'imprégner l'âme à votre gré, il fallait n'offrir à mes sens que l'odeur de vos bois sauvages et le concert de vos loups !
LE PRINCE GRÉGOIRE
Tu me résistes et tu me braves pour une raison que tu ne me dis pas. C'est faux que tu dédaignes un avenir royal et que tu préfères croupir dans la médiocrité... Avoue plutôt que tu es retenu par une maîtresse I
6o LE RÉVEIL
JEAN
Je n'ai pas de maîtresse.
LE PRINCE GRÉGOIRE
On m'a pourtant averti que tu aimais une femme mariée.
JEAN
Je ne suis pas son amant.
LE PRINCE GRÉGOIRE
Ainsi, tu ne lui es même pas attaché par cette espèce de devoir que crée la reconnaissance charnelle?... Alors, ce qui domine en toi comme chez tout homme dont les désirs ne sont pas encore contentés, ce n'est aucune tendresse.
C'est la clameur de l'appétit brutal... Tu te crois amoureux: tu n'es que luxurieux. Voilà chose que je ne m'arrêterai pas à respecter.
JEAN
Vous essayez en vain d'avilir le sentiment que j'ai conscience d'éprouver. J'aime avec tout mon cœur, toutes mes pensées, avec toutes les forces dont je suis fait. En dehors de l'amour, rien ne m'émeut, rien ne m'attire. Lui seul est