‹ Le réveil, pièce en trois actes, en proseChapitre 41 sur 131 · ACTE II, SCÈNE VI Sf · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI Sf

JEAN, rayant débarrassée de sa voilette, de son chapeau.

Mon amiel... Mon amour I... Ne soyez pas toute frissonnante... Assurez-moi que vous avez quelque bonheur à m'exaucer?

THÉRÈSE

Oh!... Jeanl... La pensée qu'un jour, corps et âme, je me confondrais avec vous, cette pensée n'avait jamais eu en moi que l'imprécision d'un songe. Cela passait dans les brumes du lointain, de l'invraisemblable. Je ne concevais pas que le don de moi-même pourrait s'accomplir autrement que dans l'imprévu, dans une stupeur enivrée. Mais ce rendez-vous stipulé depuis vingtquatre heures, tout ce temps laissé aux capitulations de ma conscience, c'est cela qui m'a torturée; c'est cela qui me fait vous contempler comme mon vainqueur. Et ce mot exprime un peu d'oppression de ma part et dans votre contentement un peu de cruauté... Ohl pardon de ces vilaines paroles I Je les rachèterai... Je ne suis pas venue pour être décevante.

JEAN

Entendez-moi, Thérèse! entendez que je ne

m'attribue pas de victoire tant que je n'aurai pas ramené dans votre âme la confiance et le sourire. Non, ma bien-aimée, je ne vous considère pas comme étant déjà ma possession. Dans cette première vraie solitude à nous deux, je sens comme un délice de plus que j'ai à vous conquérir tout entière, par mon humble ferveur, par mes respectueuses patiences... Faites-moi connaître chacune des ombres qu'il y aurait sous ce cher front, pour que je les efface doucement avec des baisers.

J'ai hâte de vous avoir dit ce qui me pèse encore. Mais il ne faut pas entre nous de méprise... JeanI vous êtes- vous rendu compte qu'hier, à la minute où je me suis engagée à vous, j'ai renoncé en même temps au reste du monde? Telle que me voici, j'ai quitté ma demeure pour n'y jamais revenir... Est-ce bien cela que vous avez compris?

JEAN

Ouil... De vous, j'attendais une résolution pareille à la mienne, sans réserve ni retour...

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