ACTE m, SCÈNE V I
THÉRÈSE
Il suffit... Épargnez-moi aussi toute parole en plus.
(Elle tente, à nouveau, de sortir.)
LA COMTESSE DE MÉGÉE
Au nom du ciel, écoutez encore : la nouvelle que le prince Jean retourne en Sylvanie, sa disparition de notre société, vont être le sujet prochain de toutes les conversations. S'il se répand que vous avez failli rendre l'âme à la date où le prince Jean prenait vraisemblablement congé de vous... si l'on a constaté qu'en effet votre place dans le. monde est restée vide à cet instantlà, vos deux noms vont faire ensemble le tour de Paris.
THÉRÈSE, désespérée, violente.
Mais je sens bien moi-même tout ce qui serait prudent, tout ce qui serait sage, tout ce qu'il serait nécessaire que j'accomplisse! Mais oui! mais certainement! je le sens mieux que vous! Mais par compassion pour la tendresse que vient de me témoigner mon mari, je voudrais aussi n'a-
voir reparu devant lui qu'avec un masque d'énergie sur le visage. Comment ferai-je maintenant pour que le spectacle de l'état où il m'a vue ne repasse devant ses yeux, quand il va être question de JeanI
LA COMTESSE DE MÉGEE
Votre mari vous aime. Il vous aime assez, le pauvre garçon! pour que vous lui persuadiez toutes les erreurs qui rassurent. Mais le moindre bruit qui courra sur vous aliénera définitivement la famille où votre enfant s'est choisi un époux... Allons I vous ne vous rachèterez d'avoir ressenti un amour défendu, qu'en vous dévouant à l'amour qui palpite chez votre fille, à cet amour si joliment permis et dont c'est le tour de déployer ses ailes.
THÉRÈSE
Je chancelle à toutes les idées qui m'assaillent. Je suis incapable d'agir. Je veux m'enfermer dans le noir, en m'efforçant de ne penser à rien!
(Elle va décidément gagner sa chambre, lorsque sa fille survient, en toilette pour le dîner en ville.)