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LES COUTEAUX

Celui qui dort auprès du feu rêve que son cœur est chaud, Et lorsqu'il se réveille son cœur a peur du froid. As-tu vu s'en aller les hirondelles ?

Mon père est mort et j'ai sa câciulâ, Et sa ceinture de cuir et ses couteaux,

Et quand je dors, quand je dors, ces couteaux Sortent de leur gaine et s'en vont dans la campagne,

Et je ne sais où s'en vont mes couteaux,

ï84 Chansons du Cobzar

Et quand le jour paraît j'entends frapper à ma fenêtre,

Et je l'ouvre et ce sont mes couteaux qui reviennent,

Et je leur demande : Où avez-vous été?

Et ils me répondent : Dans le cœur des hommes.

L'un souffrait d'amour; nous l'avons guéri.

L'autre était fatigué; nous l'avons reposé,

Car nous aimons les cœurs des hommes et leur sang,

Et nous les buvons comme les sillons boivent la pluie.

Puis nous venons frapper à ta fenêtre et nous disons :

Ouvre aux couteaux qui ont fait leur besogne,

Et puis essuie le sang du revers de ta manche

Brodée de fleurs rouges et noires.

Et fais laver ta manche à la rivière.

Et remets-nous dans notre gaine et dans ta ceinture de

cuir.

Celui qui dort auprès du feu rêve que son cœur a chaud, Et lorsqu'il se réveille son cœur a peur d'avoir froid. As-tu vu s'en aller les hirondelles?

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