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CHAPITRE IX

Un de mes amis, capitaine dans un régiment d'infanterie française, de passage à Strasbourg, flânait un jour avec moi sur le terrain où devaient avoir licîu quelques instants plus tard les manœuvres de cavalerie. Un escadron bavarois arrive par un chemin de traverse. Lecapitaine, apercevant deuxpromeneurs qu'il prend pour des Alsaciens, s'approche de nous.

« Pourriez-vous m'indiquer, monsieur, dit-il en allemand, à mon ami, où est situé le village de Scherlenheim ?

— Je vous répondrais mal en allemand, répondit le capitaine,

— Parlez français si cela vous convient.

— Eh bien, Scherlenheim est de ce côté, à 350 mètres environ d'ici.

— Et Wilshausen ?

— De ce côté ! »

L'officier reprit la tête de son escadron et le dirigea vers le point qui lui avait été désigné.

Si le fantôme du sous-ofûcier, excellent topographe, hantait les cerveaux français, il était également prouvé que jamais les officiers prussiens n'aventuraient un poste sans avoir préalablement reconnu le terrain. Voici sur ce sujet une autre histoire, celle-ci racontée tout au long par les journaux alsaciens :

Le premier jour des manœuvres de division, une compagnie allemande s'installe dans un village avec ordre de placer des postes à quelques centaines de mètres de là, point extrême de la ligne de bataille. Un poste s'engage dans la nuit par un chemin de carrière, considéré par le capitaine comme de petite vicinal ité. Un instant après, le sous-officier, chef de la petite troupe, tombe de 20 mètres de hauteur dans une carrière non reconnue et se brise la colonne vertébrale. Ce sous-officier était un enfant de Strasbourg. Sa mort produisit une grande impression dans la ville. Je dois dire que Tétat-major lui fit faire un superbe enterrement, auquel assistèrent en corps tous les officiers du régiment.

Je pourrais multiplier ces récits, montrer un escadron culbuté dans un ravin, des soldats blessés en assez grand nombre, de grosses erreurs commises par des officiers de tous grades. J^ai cité ces quelques faits uniquement pour démontrer que la perfection n'est pas de ce monde. Les Allemands se trompent tout comme nous. On critique assez souvent, en France, notre armée, pour qu'on se permette parfois de lui prouver, ne fût-ce que pour exciter son émulation, qu'elle n'est pas seule à commettre des fautes. Si je m'occupe, par exemple, de la question des effectifs, à propos des manœuvres d'Alsace, je vois

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