‹ Le RhinChapitre 22 sur 33 · A PROPOS DE LA MAISON IBACH · texte numérisé non relu

A PROPOS DE LA MAISON IBACH

de 1688, en expulsant Jacques II, ne font autre chose que rendre possible cette étrange bataille d'Almanza, où Ton vit face à face sur le même terrain l'armée française commandée par un anglais, le maréchal de Berwick, et Tarmée anglaise commandée par un français, Ruviri:ny, lord Galloway. Si Louis XIII n'était pas mort le lu mai I6Z|3, l'idée ne serait pas venue au vieux comte de Fontana d'attaquer Rocroy dans les cinq jours; et un héroïque prince de vingt-deux ans n'aurait pas eu cette magnifique occasion du 19 mai, qui a fait du duc d'Enghien le grand Condé. Et au milieu de tout ce tumulte de faits qui encombrent les chronologies, que d'échos singuliers, que de parallélismes extraordinaires, que de contre-coups formidables! En 166ù, après l'offense faite au duc de Créqui, son ambassadeur, Louis XIV fait bannir les corses de Rome; cent quarante ans plus tard, Napoléon Buonaparte exile de France les Bourbons.

Que d'ombre! et que d'éclairs dans cette ombre! Vers 1612, lorsque le jeune Henri de Montmorency, alors âgé de dix-sept ans, voyait aller et venir chez son père, parmi les gentilshommes-domestiques, apportant l'aiguière et donnant à laver, dans l'humble attitude du service, un pâle et cnetif page, le petitde Laubcspinede Chàteauneuf, qui lui ciU dit que ce page, si respectueusement incliné devant lui, deviendrait sous-diacre, que ce sous-diacre deviendrait garde des sceaux, que ce garde des sceaux présiderait par commission le parlement de Toulouse, et que, vingt ans plus tard, ce page-sous-diacre- président demanderait sournoisement des dispenses au pape afin de pouvoir le faire décapiter, lui, le maitre de ce drôle, lui Henri II, duc de Montmorency, maréchal de France par le choix de l'épée, pair du royaume par la grâce de Dieu î Quand le président de Thou, dans son livre, fourbissait, aiguisait et remettait si soigneusement à neuf l'élit de Louis Xi du 22 décembre l/i77, qui eût dit à ce père qu'un jour ce même édit, avec Laubardemont pour manche, serait la hache dont Richelieu trancherait la tête de son fils!

Et au milieu de ce chaos il y a des lois. Le chaos n'est que l'apparence, Tordre est au fond. Après de longs inter-

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valles, les mêmes faits etlrayants qui ont déjà fait lever les yeux à nos pères reviennent, comme des comètes, des plus ténébreuses profondeurs de l'histoire. Ce sont toujours les mêmes embûches, toujours les mêmes chutes, toujours les mêmes trahisons, toujours les mêmes naufrages aux mêmes écueils; les noms changent, les choses persistent. Peu de jours avant la pâque fatale de ISlZi, l'empereur aurait pu dire à ses treize maréchaux: Amen dico vobis, quia ufius vestnmi me trac/ituras est. — Toujours César adopte Brutus, toujours Charles 1" empêche Cromwell de partir pour la Jamaïque ; toujours Louis XVI empêche Mirabeau de s'embarquer pour les Indes; toujours et partout les reines cruelles sont punies par des fils cruels; toujours et partout les reines ingrates sont punies par des fils ingrats. Toute Agrippine eiigendre le Néron qui la tuera; toute Marie de Médicis enfante le Louis XllI qui la bannira.

Et moi-même, ne remarquez-vous pas de quelle façon étrange ma pensée arrive, d'idée en idée et presque à mon insu, à ces deux femmes, à ces deux italiennes, à ces deux spectres, Agrippine et Marie de Médicis, qui sont les deux spectres de Cologne ? Cologne est la ville des reines mères malheureuses. A seize cents ans de distance, la fille de Germanicus, mère de Néron, et la femme de Henri IV, mère de Louis XIII, ont attaché à Cologne leur nom et leur souvenir. De ces deux veuves, — car une orpheline est une veuve, — faites, la première par le poison, la seconde par le poignard, l'une, Marie de Médicis, y est morte; l'autre, Agrippine, y était née.

J'ai visité à Cologne la maison qui a vu expirer Marie de France, — maison Ibach, selon les uns, maison Jabach, selon les autres, — et, au lieu de vous dire ce que j'y ai vu, je vous dis ce que j'y ai pensé. Pardonnez-moi, mon ami, de ne pas vous donner cette fois tous les détails locaux que j'aime et qui, selon moi, peignent l'homme, l'expliquent par son enveloppe et font aller l'esprit de l'extérieur à l'intérieur des faits. Cette fois y. m'en abstiens. J'ai peur de vous fatiguer avec mes festons et mes astragales.

La triste reine est morte là, le 3 juillet 16Zi2. Elle avait

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