‹ Le RhinChapitre 6 sur 33 · MONTMIRAIL. — MONTMORT. — ÉPERNAY · texte numérisé non relu

MONTMIRAIL. — MONTMORT. — ÉPERNAY

Épernay, c'est la ville du vin de Champagne. Rien de plus, rien de moins.

Trois églises se sont succédé à Épernay. La première, une église romane, bâtie en 1037 par Thibaut I'"", comte de Champagne, fils d'Eudes II. La seconde, une église de la renaissance, bâtie en 1560 par Pierre Strozzi, maréchal de France, seigneur d'Épernay, tué au siège de Thionville en 1558. La troisième, Téglise actuelle, me fait Teflet d'avoir été bûtie sur les dessins de M. Poterlet-Galichet, un brave marchand dont la boutique et le nom coudoient l'église. Les trois églises me paraissent admirablement dépeintes et résumées par ces trois noms : Thibaut r% comte de Champagne; Pierre Strozzi, maréchal de France; Poterlet-(ralichet, épicier.

C'est vous dire assez que la dernière, Péglise actuelle, est une hideuse bâtisse en plûtre, béte, blanche et lourde, avec triglyphes supportant les retombées des archivoltes. Il ne reste rien de la première église. Il ne reste de la deuxième que de beaux vitraux et un portail exquis. L'une des verrières raconte toute l'histoire de Noé de la faron la plus naïve. Vitraux et portail sont, bien entendu, enclavés et englués dans l'affreux plâtre do l'église neuve. Il m'a semblé voir Odry avec son pantalon blanc trop court, ses bas bleus et son grand col de chemise, portant le casque et la cuirasse de François I".

On a voulu me mener voir ici la curiosité du pays, une grande cave qui contient quinze cent mille bouteilles. Chemin faisant, j'ai rencontré un champ de navette en fleur avec des coquelicots et des papillons et un beau rayon de soleil. J'y suis resté. La grande cave se passera de ma visite.

La pommade pour faire pousser les cheveux, qui s'appelle à la Ferté Pilogène, s'appelle à Épernay Phyothrix, imporlalion grecque.,

A propos, à Montmirail, l'hôtel de la Poste m'a fait payer quatre œufs frais quarante sous, cela m'a paru un peu vif.

J'oubliais de vous dire que Thibaut I" a été enterré dans son église et Strozzi dans la sienne. Je réclame dans l'église actuelle une tombe pour M. Poterlet-Galichet.

C'était un brave que ce Strozzi. Brisquet, fou de Henri II, s'amusa un jour à lui larder avec du lard, par derrière en pleine cour, un fort beau manteau neuf que le maréchal essayait ce jour-là. Il paraît que cela fit beaucoup rire, car Strozzi s'en vengea cruellement. Pour moi, je n'aurais pas ri et je ne me serais pas vengé. Larder un manteau de velours avec du lard! Je n'ai jamais été ébloui de cette plaisanterie de la renaissance.

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