‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 15 sur 349 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

dupes. Ils savaient bien que le roi était « prisonnier de la reine et du maréchal » ', qu'il n'était rien, qu'un fantôme, et, adorateurs des soleils bienfaisants, ils allaient là où était la puissance à craindre, la manne à solliciter, à la reine seule, à Concini, négligeant le roi, inutile ou môme dangereux à suivre.

Et alors Louis XIII demeurait seul. « Tout le monde l'abandonnoit ». Qui cherchait à lui parler devenait suspect. « On n'osoit le regarder sans crime; ses conseillers d'État, ses secrétaires d'Etat n'osoient le voir, ni parler à lui, sans courir hasard d'être en même temps chassés2. » Heures humiliantes dans le mensonge d'un apparat conventionnel! A mesure que l'enfant devenait jeune homme, sur cette nature renfermée mais sensible, les blessures d'une âme ayant à un haut degré le sentiment de la dignité et la jalousie de son pouvoir royal envenimaient chaque jour une douleur de plus en plus amère3. Il était ulcéré. Ne lui était-il même pas venu aux oreilles que la régente caressait le rêve de voir son second fils Gaston monter sur le trône et de recommencer une nouvelle régence1? Mais, si devant sa mère qu'il redoutait, l'enfant de seize ans ne pouvait que se taire, devant les insolences de Concini, il se révolta!

Concini, méprisait le jeune roi. Il le tenait pour un enfant qu'on devait traiter en petit garçon, « un imbécile », « incapable de commander », un être « puéril y>'\

1. Ami., vénitien, Bibl. nat., ms. ital. 1771. p. 80, 24 avril 1617.

2. Pontchartrain, Mém.,p. 388;Beauvais-Nangis, Mtëm.,éd. Monmerqué, I». 110.

3. Si conosce che il re e sensitivo e che ha gran mira di esser stimato . (Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 489).

4. Ibid., p. 229; cf. V. Siri, Memorie reconditc, éd. de H.77, t. IV. p. 64. .".. 1'.. Legrain, Décade commcnrant l'histoire du roi Louis Mil. p. 'i-'»:

D'après un confident écho de ses opinions, Rucellaï, le prince n'avait aucune valeur, non valeva niente l. Le maréchal eût répété volontiers le mot de Léonora : « Un idiot 2 ! » Le moins qu'il put faire fut de le dédaigner. Sans souci de la dignité royale, il se divertit à étaler aux yeux de la cour l'éclat de son faste provoquant. « A la harbe des princes et seigneurs étonnés de son impudence », il venait au Louvre environné d'une suite obséquieuse de cent à deux cents gentilshommes, « piafant, morgant tout le monde et faisant fiente de toutes choses » 3! Le matin, à son lever, cette cour innombrable l'entourait, lorsque Louis XIII n'avait pas « deux douzaines » de courtisans près de lui. S'il venait au Louvre, le château était plein; quand il en sortait, « ce n'étoit plus qu'un désert, qu'une solitude »4. Le contraste était choquant. Une fois où Louis XIII se trouvait dans la grande galerie du bord de l'eau, en novembre 1616, avec trois personnes, il perçut un remous au bout de la galerie : c'était Concini et son monde qui entraient. Le maréchal pénétra et, sans plus faire attention au roi que s'il n'était pas là, il se mit près d'une fenêtre, où sa suite, tête nue, l'entoura. Or, il savait bien que le prince était à deux pas; Louis XIII sortit « le cœur plein de déplaisir » 5. Etait-ce donc le maréchal qui était le souverain? On aurait pu le croire à cette réunion de cour

VAnchre de la paix, Lvon, 1617, in-12, p. 8; Matthieu, la Conjuration de Conchine, p. 33, 260.

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