Bibl. nat., ms. fr. 3818, fof. 5 r° et suiv
2. Lettre de la reine à madame de Monglat du 12 avril 1619, Ibid., fol. 38 r°.
3. Ibid., fol.32r°. Lettre delà reine à madame de Monglat du 20 janvier 1619.
de jour à autre ses journées avec soin1. » Le roi avait recommandé au lieutenant de la compagnie de ses chevau-légers chargé d'escorter Marie de Médicis, M. de la Curée, d'être, ainsi que ses hommes, plein d'attentions, et Marie de Médicis reconnaissant les soins dont elle avait été entourée avait donné de superbes souvenirs à M. de la Curée et aux chevau-Iégvrs'-'. Louis XIII avait écrit aux villes de recevoir sa mère comme si elle était toujours régente : « Nous vous mandons, ordonnons et très expressément enjoignons, avait-il dit aux autorités municipales de Blois, que vous ayez à la recevoir, assister, servir et reconnaître avec tout l'honneur, le respect et l'obéissance qui lui sont dus et tels que vous le pourriez rendre à notre propre personne3. » Orléans avait bien fait les choses ; les Blésois avaient été plus froids1. Pour l'installation de sa mère dans sa nouvelle résidence, Louis XTII avait prescrit qu'on lui accordât ce qu'elle demanderait.
Les premiers rapports furent corrects. « Le roi, écrivait Puisieux à M. de Léon, entretient avec la reine sa mère, établie au château de Blois, une correspondance qui est louée et bien vue de chacun. La reine est bien établie à Blois où elle se comporte sagement :i ». Atten-
1. Lettre de Luynesà Richelieu, Areli. des AIL étrang., Fiance 771, fol. lli i .
2. A M. de la Curée, « une boite d'or à. mettre portraits, garnie de plusieurs grands et petits diamants, •• du prix de 3450 livres.
oonsidérationde cequ'il nous a accompagné en ce lieu, » de I ; I < >i - 31 niai 1617, Bibl. nat., Cinq Cents Colberl 92, fol. 132 r".
:;. Registres de la ville de Blois; cités par L. Berge vin, Histoire <!•■ Mois, Blois, 181(3, in-8", t. I, p. 124.
4. Ils avaient même hésite à aller au devant de la reine: dépêche de l'ambassadeur vénitien du n; mai 1617, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. in.
.">. Lettre conservée a la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg et citée par IL de la Ferrière (Revue des soc. sav. des dép., 1804, p. 141).
tive, maintenant, Marie de Médicis écrivait à son fils des lettres déférentes, comme à quelqu'un qu'il faut ménager. Le protocole voulait qu'elle usât de formules calculées : « Je suis, Monsieur mon fils, votre très humble et très affectionnée mère et sujette; » « Je suis heureuse de la protection et appui de vos bonnes grâces. » Elle se soumettait1. Elle exprimait le plaisir qu'elle éprouvait à recevoir de bonnes nouvelles du roi, ses désirs « à le complaire et contenter2. » Au nouvel an, elle apportait un soin particulier à choisir le cadeau qu'elle offrait au roi et Louis XIII agissait de même à son égard 3. Leurs sentiments réciproques étaient-ils sincères? Le P. Arnoux écrivait à Marie de Médicis : « Le roi a l'âme pure et innocente4. » De lui-même Louis XIII mandait à sa petite sœur que leur mère était « ce qu'il aimoit le plus au monde5. » Loyalement il désirait vivre en bons termes avec elle. Déageant, qui le voyait tous les jours à ce moment, écrivait ensuite : « les intentions
1. Lettre de la roine mère envoyée au roi depuis la paix, 1619, in-12, p. 6; Quatrième lettre delà roine mère envoyée au roi, 1619, in-12, p. 6.
2. Elle devait n'adresser à son (ils que des lettres écrites de sa main : lorsqu'elle était souffrante et qu'elle devait emprunter l'aide d'un secrétaire, elle ajoutait en post-scriplum : « Vous me pardonnerez, Monsieur mon fils, si je ne vous écris de ma main, » lettre du 18 avril 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3811, fol. 72 r°.
3. En janvier 1618, Marie de Médicis envoie à son fils une montre d'or émaillé garnie de diamants, qui lui coûte 6 900 livres (Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 92, fol. 176 v°); et Louis XIII fait porter par Cadenet à sa mère son portrait dans une casselle de diamants (dép. de Contarini du 26 février 1618, Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 615; Bentivoglio, Lettere, t. Il, p. 229).
4. Lettre du P. Arnoux à Marie de Médicis du 22 août 1619, Arch. des Alf. étrang., France 772, fol. 121 r°.
5. Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 38 v°. Les précepteurs lui avaient sur ce point donné de bons conseils : Fleurance Bivault, Discours fait au roi en forme de catéchèses sur le sujet du quatrième commandement de Dieu, Honora patrem tuum et matrem tuam, Paris, A. Estienne, 1614, in-8°.
du roi (à l'égard de sa mère) étoicnt si pleines de sincérité et tellement connues de ceux desquels il se servoit en ses principales et plus secrètes affaires que nul n'eût osé lui faire aucune proposition qui put tant soit peu regarder l'honneur et le respect qu'il vouloit qu'on lui rendît, ni altérer la bonne intelligence qu'il désiroit conserver avec elle ' ». Sully, de son côté disait : « Le roi a usé envers la reine mère de procédures toutes pleines de prudence, d'équanimité, de déférence, respect et vénération 2. » On n'avait pas compté avec le caractère de l'ancienne régente.
La veille, maîtresse souveraine du royaume, le lendemain chassée, exilée, et pour ainsi dire recluse, Marie de Médicis, nature inquiète et brouillonne, ne pouvait pas accepter la situation humiliée qui lui était faite à Blois. Sans doute, le roi lui témoignait des égards, mais il entendait qu'elle ne revînt pas à Paris. Elle le savait. La volonté, sur ce point, du prince, était irréductible. Il n'était pas besoin qu'on mit Louis XIII en garde à ce sujet contre sa mère : Bassompierre le constatait; le garde des sceaux, du Vair, écrivait à Marie de Médicis le 17 mars 1619 : « Au nom de Dieu, que votre Majesté ne s'imagine point qu'il y ait personne près du roi, de son conseil ou autre, qui veuille, ni puisse le détourner du respect ou de l'amitié que naturellement il vous porte et (pie justement il vous doit : il est vrai que, de même, votre Majesté doit croire qu'il n'y en a aucun qui lui puisse ôter le sentiment de ce qui louche la diminution de son autorité, sûreté de sa personne H de son