‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 187 sur 349 · Lettre du 3 novembre 1620, Arch. du château de Dampierre · texte numérisé non relu

Lettre du 3 novembre 1620, Arch. du château de Dampierre

2. Lettre de Louis XIII à Aime d'Autriche, 1021, Bibl. nat., Cinq Centa Colbert 98, p. 138.

3. Dépêche du nonce Gorsini du 12 mars 1621, Arch. nat., L. 397, fol. 320 v°. Nouvelles espérances en juin, également déçues (dépêche de Priuli du 27 juin 1621, Bibl. nat.. ms. italien 1770, p. 220).

4. Dépêche de Priuli du 13 avril 1021. Bibl. nat., ras. ital. 1770, p. 92, traduite dans 1!. Zellér, />■ Connétable de Luynes, p. 64. Nous avons l'original delà lettre de condoléances écrite a Madrid par Louis XIII pourla mort de son beau-père Philippe III. et dal le Fontainebleau,

10 avril 1621. Elle esl revenue d'Espagne avec 1rs autres papiers de Simancas, conservés aux Archives nationales (Arch. nat., K. 1478, ii 71 h Louis XIII lit célébrer de- offices solennels pour le repos <\>l'unie de son beau-père {Les Cérémonies royales observées " Fontainebleau et ,/,!„* V église Votrt-Dams de Paris, le jeudi 29 avril et samedi / mai, aux obsèques et funérailles du très catholique roi d'Espagne, par /<• commande-

Lorsqu'il partit pour sa campagne de 1G21 contre les protestants du midi, il voulut que la reine le suivit, au moins à quelque distance. En avant avec les troupes, ou près du feu dans les sièges, il prenait quelques heures de liberté afin d'aller revoir la petite reine. Les notes d'Héroard ne laissent aucun doute sur l'intimité affectueuse des époux. De son côté, Anne d'Autriche s'inquiétait du roi qu'elle savait brave, téméraire; elle priait Luynes de veiller sur lui pour l'empêcher de s'exposer au danger !. Pendant le siège de Montauban, elle s'était logée à Moissac, dans l'évèché, demeure plus confortable que le château de Piquecos, quartier général de Louis XIII. L'un et l'autre venaient à tour de rôle : le roi partait à cheval sur les trois heures de l'après-midi, arrivait à Moissac vers cinq heures et demie, soupait, couchait et repartait le lendemain matin à cinq heures. Anne d'Autriche venait à Piquecos en carrosse, le malin, déjeunait, repartait à trois heures : visites tendres, sans cérémonial, entrevues intimes loin de tout regard profane. - Il tardait bien un peu à la petite reine de rentrer : « Vous aurez bientotle contentement de me voir, écrivaitelle à madame de Monglat, ayant résolution de faire si bonne diligence à m'en retourner que j'espère être dans un mois à Paris3. » Hélas! elle l'eut moins désiré si elle

ment du roi, Paris, 1621, in-12). Le 28 avril, le nouveau roi Philippe IV écrivait au duc de Luynes pour le remercier des attentions qu'il avait à L'égard d'Anne d'Autriche (Arch. nat., K. 1377, n° 51).

1. Lettre d'Anne d'Autriche a Luynes, le remerciant « de me tirer de la peine ou j'estois de ce qui' le roi éloit a la tranchée ». 1021. (Arch. du château de Damp^erre).

2. On peut suivre dans Héroard chacun de ces voyages (Bibl. nat., ms. fr. 40213, f.d. S-90 r°, 195 r°, 500 r°, 505 r°, 509 r°). Lorsque Aune vient a Piquecos, « M. le connétable lui donne à diner ».

3. Lettre d'Anne d'Autriche à madame de Monglat, datée de Moissac, 3 novembre 1621, Bibl. nat., ms. IV. 3818, fol. 20 r°.

avait su qu'une crise allait en résulter qui devait être grave, troubler de nouveau le ménage et faire reprendre à Louis XIII son humeur fâcheuse d'an tan.

Parlant de cette crise de 1622, madame de Motteville, écho peut-être de la reine, accuse Marie de Médicis, la belle-mère, d'en avoir été cause. Après la mort du connétable de Luynes, dit-elle « la reine Marie de Médicis, s'étant accommodée avec le roi, la paix entre lanière et le fils brouilla le mari et la femme. La reine mère étant persuadée que, pour être absolue sur ce jeune prince, il fallait que cette jeune princesse ne fût pas bien avec lui, travailla avec tant d'application et de succès à entretenir leur mésintelligence, que la reine sa belle-fille n'eut aucun crédit ni aucune douceur depuis ce tempslà ». ' Il y a eu cette raison; il yen a eu d'autres.

De retour du siège de Montauban à la suite duquel le connétable de Luynes était mort, Louis XIII était rentré à Paris ulcéré, pour beaucoup de motifs, contre la mémoire de son ancien favori. Ses dispositions n'étaient rien moins que favorables à l'égard de la famille de Luynes. 2 Les frères de celui-ci comprenant, s'effacèrent. La veuve, à ce moment, était des plus intimes avec la reine qu'elle avait suivie pendant la campagne, qui l'aimait tendremenl el trouvait un plaisir infini à sa gaieté légère. Orceih' gaieté Légère était précisément une des causes de sérieuses préoccupations contre madame de Luynes. :: De mœurs plutôt suspectes, la duchesse passait

!. Madame de Motteville, Mém., éd. Michaud, p. I".

l. Voir plus loin, chap. iz.

■ S Bile lui communiijuoit (à la reine) autaut qu'elle pouvoil son

pour admettre dans l'entourage de la souveraine des gens de conduite douteuse. Les ministres avaient demandé au nonce de faire agir le confesseur auprès d'Anne d'Autriche afin que celui-ci exprimât le désir à la reine de voir éloigner la connétable, madame du Vernet, la princesse de Conti, mademoiselle de Verneuil. L'intervention n'avait pas abouti. ' Sur ces entrefaites, en mars 1622, une fois encore on annonçait que la reine se trouvait dans une situation intéressante : la distribution des charges de la maison du futur dauphin était déjà commencée 2. Le lundi 14 mars, Anne d'Autriche était allé passer la soirée dans l'appartement de la princesse de Conti, au Louvre; elle revenait, après minuit, accompagnée de madame de Luynes, de mademoiselle de Verneuil, suivie de seigneurs et de dames. En traversant la grande salle du palais, au premier étage — la salle Lacaze d'aujourd'hui — les deux amies eurent l'imprudente idée de faire courir la reine en la soutenant par les bras. Anne broncha « au petit relais du haut dais », tomba. Deux jours après « les espérances » étaient évanouies. La cour fut affligée. On cacha le malheur au roi qui était sur le point de partir pour la campagne de 1622, dans le midi, et on ne se décida à le lui apprendre que lorsqu'il était à Orléans0.

humeur galante et enjouée pour faire servir les choses les plus sérieuses et de la plus grande conséquence, de matière à leur gaieté et à leurs plaisanteries » (Madame de Motteville, op. et loc. cit.).

1. Dépêche du nonce Corsini du 23 février 1622, Arch. nat., L. 397, fol. 353 v°.

2. Dépèches du nonce du 7 mars (ibid., fol. 33G v°), de Pesaro des 5 et 15 mars 1622 (Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 19, 56).

3. Nous sommes renseignés sur cet acccident par les dépêches du marquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne, à Juan de Cirica, du 17 mars 1622 (Arch. nat., K. 1479, n" 21); du nonce Corsini du 22 mars Arch. nat., L. 397, fol. 392 r°); de l'envoyé florentin du 23 mars (dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 68) ; par Héroard (Bibl. nat., ms. fr. 4027,

422 LE ROI LOTIS XIII A VIXfiT AXS.

Louis XIII eut une violente colère; cette colère ('lait faite de la déception du mari et du souverain, de son animosité contre des personnes futiles dont on lui faisait tant de rapports défavorables et qui avaient si légèrement compromis de graves intérêts, de sa rancune contre la famille de Luynes. Déjà il avait ordonné à la duchesse, en février, de quitter son appartement du Louvre et d'aller loger dans un endroit du château plus retiré. ' Il était impatienté de l'ascendant pris parla connétable sur la reine, au moment même où Ton jasait plus que jamais de la conduite de la jeune veuve, auprès de laquelle les assiduités du prince de Joinville étaient la fable de la cour. Il décida de chasser madame de Luynes et mademoiselle de Verneuil. Un gentilhomme, M. de la Folaine, fut expédié porteur de trois lettres : les premières à chacune des deux jeunes femmes, l'autre à la reine; ces lettres étaient sèches. 2 « Ayant reconnu, disait Louis XIII à madame de Luynes, qu'il est du bien de mon service de régler à l'avenir la maison de la reine d'autre sorte qu'elle n'a été par le passé, j'ai estimé ne le pouvoir si bien faire qu'en la forme et par

fol. 2G r°, 27 r°), et principalement par Bassompierre (Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 15). En quittant Paris, Louis XIII. par lettres patentes du 10 mars 1622. avait donné à Anne d'Autriche plein pouvoir de commander à sa place pendant sou absence (Arch. des AU', étr., France 77G, ■"> r°).

1. Dépêche de Pesaro du !i février loJJ. Bibl. nat., ms. ital. 1777. p. 242. Il avait été même question que madame de Luynes abandonnât sa charge de surintendante de la maison de la reine laquelle aurait été rendue à la connétable de Montmorency (ibid., p. 266, 2^ février). La dame d'atour, madame du Vernet, sœur de Luynes, avait été remerciée et renvoyée du Louvre {ibid., p. 2

2. Dépêcl rsini du 4 avril Hi22, Arch. nat.. !.. 397, fol. H27 v°; de Pesaro des i ' el 0 avril. Bibl. nat., ms. ital. 177S, p. 92, 108 (nous avons les documents dont parle Pesaro ; on peut sai-ir ici la précision

les moyens que vous dira le sieur de la Folaine. ' » Mademoiselle de Yerneuil était confiée à la duchesse d'Angoulème : « La résolution que j'ai prise, mandait Louis XIII à la mère de la jeune personne, la marquise de Verneuil, l'ancienne maîtresse d'Henri IV, pour ce qui regarde ma sœur de Verneuil, votre fille, étant suides considérations qui sont de mon service et de son bien, je désire qu'elle l'effectue de la sorte que je l'ai ordonné. » 2 Quant à la reine, le billet qui lui était adressé était sans le moindre mot aimable : « Le soin que je dois avoir qu'il y ait bon ordre en voire maison, lui disait le roi, m'a fait résoudre d'y apporter du changement qui ne sera que pour un plus grand bien comme vous recognoistrez par le temps. J'envoie la Folaine vous faire entendre sur cela ma volonté, laquelle je vous prie d'effectuer au plus tôt et de vous rendre aussi prompte à me donner le contentement que j'en attends que je vous crois disposée à me faire recevoir tout celui que je me suis promis de vous 3. »

La décision rigoureuse prise et surtout la forme dépourvue de grâce produisirent sur la reine une impres-

des renseignements de cet ambassadeur); Bassompierre, Journal, éd. Chantérac, t. III, p. 10; Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 166; Caquets de l'accouchée, éd. Fournier, p. 149.

1. Lettre de Louis XIII à madame de Luvnes du 23 mars 1622, Bibl. nat, ms. fr. 3722, fol. 137 r°.

2. Cette lettre était une réponse à une protestation un peu hautaine de la marquise de Verneuil (ibid., fol. 93 v°). Nous avons la lettre par laquelle Louis XIII confie sa sœur à la duchesse d'Angoulème (fol. 92 v°); mademoiselle de Verneuil assura le roi de son obéissance et de ses bonnes dispositions et le roi lui répondit (fol. 93 v°). Le 8 avril Louis XIII lui disait que sa bienveillance à son égard demeurait la môme (ibid.).

3. Lettre de Louis XIII à Anne d'Autriche du 25 mars 1622, Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 136 v°.

424 LE ROI Loris XIII A VINGT ANS.

sion des plus pénibles. Anne se considéra comme offensée. Elle montra une extrême affliction. Elle dépêcha M. de Putange au roi avec une lettre protestant contre la mesure imposée, disant que sa maison était tenue comme il le fallait, sinon que le prince devait lui dire les fautes commises afin qu'elle prit d'elle-même les résolutions nécessaires; ajoutant que madame de Luynes était surintendante, qu'elle ne pouvait s'abstenir de venir remplir son office, qu'il était impossible de lui interdire l'entrée du Louvre ni l'accès près de sa maîtresse. Anne demandait une prompte réponse. Puis elle chargea M. de Bonneuil d'aller expliquer toutes ses raisons au roi '. « Ayant désiré une prompte réponse à la lettre que Putange m'a donnée de votre part, lui répondit Louis XIII, je vous la fais aussitôt qu'il arrive près de moi. Je n'ai point entendu, ordonnant autre demeure que celle du Louvre à ma sœur de Verneuil et à ma cousine la connétable de Luynes, leur en interdire absolument l'entrée ni vous ôter la liberté de les voir. Mais il est du bien de mon service et du vôtre que les choses se passent comme j'ai commandé à la Folaine de vous le faire entendre de ma part 2. » Il ajoutait le lendemain : « J'ai entendu tout ce que vous avez donné charge à Bonneuil de me dire. La résolution que j'ai prise ayant été avec bonne considération arrêtée, je n'y puis rien changera » Madame de Luynes envoya M. de

1. Dépèche de Pesaro du 1er avril 1622, Bibl. nat., ms. ital. 1778, p. 92.

2. Lettres de Louis XIII à A.nne d'Autriche du 27 mars, « jour de Pâques », et du 12 avril 1022, Bibl. nat., ras. fr. 3722, fol. 137 v° et

Page 1