‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 225 sur 349 · Bentivoglio, Lettere, 1867, t. III, p · texte numérisé non relu

Bentivoglio, Lettere, 1867, t. III, p

Analysant les raisons qui leur faisaient soutenir que le favori avait été un homme d'Etat de valeur, conseillant et conduisant Louis XIII, les historiens ont résumé ainsi les services éminents rendus par le connétable : M. de Luynes aurait, par une politique ferme et éclairée, continué la tradition d'Henri IV à l'extérieur et préparé celle de Richelieu; il aurait compris, avant Richelieu, l'importance de l'affaire de la Valteline et engagé la France dans la voie où devait la mener le cardinal; à l'intérieur, faisant adopter par Louis XIII, à l'égard des protestants révoltés, l'attitude énerg-ique qu'a prise le g-ouvernement, il aurait commencé le rétablissement de l'autorité royale, que Richelieu devait si vigoureusement poursuivre1. L'examen attentif des documents ne paraît pas confirmer ces assertions.

Comme membre du conseil du roi, M. de Luynes reçoit la visite des ministres étrangers venant lui parler d'affaires. 11 résulte de la lecture des dépêches de ceux-ci que les véritables conversations sérieuses sont celles auxquelles prennent part Puisieux, Sillery, du Vair, Jeannin. mais pas de Luynes"2. Les entrevues avec le favori sont brèves. M. de Luynes ne dit rien3. Est-ce

1. Victor Cousin, le Duc et le connétable de Luynes, dans Journal des Savants, 186 1-1863 ; du même, Madame de Chevreuse, 1876, p. 24-2'i ; B. Zeller, le Connétable de Luynes, Monlauban et la Valteline, Paris, Didier, 1879, in-S°. — La thèse n'était pas nouvelle; elle avait déjà été indiquée dans L'épitre liminaire du livre du comte de Modène, llisl. des révolutions <[,■ Xaples, Paris, 1655, in-12, p. 2.

2. Voir, par exemple, pour une affaire grave, la dépêche de l'ambassadeur vénitien du 22 août 1620 (Bibl. nat., ms. ital, 1774, p. 210, 212, et 242). On voit bien In dill'érence des conversations entre Luynes et les ambassadeurs et entre ceux-ci et les autres ministres.

3. •< M. de Luynes. écrit l'ambassadeur d'Angleterre, m'a paru plus attentif à mes raisonnements que disposé à leur répondre; il m'a dit que sur toutes les alfaires il en serait référé au roi. » C'est à peu près le

prudence diplomatique? On le croirait; mais, le jour où, se décidant à répliquer à l'ambassadeur vénitien qui le presse, il avoue « qu.'il est bien neuf en ces matières et les connaît mal » *, il dévoile la raison véritable de son silence, qui est qu'il ne connaît pas grand'chose aux affaires. Tantôt il s'en tire par des gestes; tantôt il répond de vagues et banales généralités \ Un jour de franchise, il déclarera qu'il ne sait d'une question que ce qu'il en a entendu dire au Conseil3. « Dans cette cour » écrit Contarini, « j'ai à traiter avee trois sortes de gens : des gens trop jeunes, des gens corrompus, des gens sans expérience, pour ne pas dire ignorants. Celui qui ne sait rien, c'est Luynes; il est nécessaire de tout lui apprendre et de le renseigner sur tout : il est vide de toute espèce de doctrine de gouvernement des Etats; » et il répète : « Je dis qu'il est nécessaire de le mettre au courant de tout4 ». Les envoyés étrangers finissent par se demander si M. de Luynes n'est pas en réalité impuissant. Le favori en fait à peu près la déclaration lui-même au prince de Piémont, celui-ci insistant pour qu'il use de son influence afin de faire entrer la France dans une certaine ligue de Venise et de la Savoie 5. L'ambassadeur vénitien, escomp-

seul mot qu'on obtienne de lui : « J'en parlerai au roi. » A défaut du roi, il parlera encore, dit-il à Puisieux, ou, lui aussi, il renvoie à Puisieux. Dépèche d'Herbert de Cherbury au marquis de Buckingham, du 1er octobre 1619, dans Herbert de Cherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 183; dépêche* de Contarini (Bibl. nat., ms. ital. 1774, p. 210, 211; 1772, p. 56-57).

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