‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 261 sur 349 · Bihl. nat., Cinq Cents Colbert 91, fol. 112 r · texte numérisé non relu

Bihl. nat., Cinq Cents Colbert 91, fol. 112 r

5. Lettres du nonce du 19 décembre 1617 et 2 février 1618 : Bentivoglio, Lettcre, t. II, p. 119 et 229. Pour les restituer, Marie de Médicis demandera au roi, en décembre 1617, de faire cadeau d'une somme égale à Richelieu, ce qui étonnera beaucoup la cour.

L ASCENSION1 DE RICHELIEU. iiTT

Marie de Médicis dans son exil, quels étaient à l'égard du roi, sa situation et son rôle à Blois? Il va nous le dire lui-même.

Il écrivait à Déageant le 10 mai 1617 : « La confiance qu'on a désiré que je prisse auprès d'elle (la reine mère) est établie, de sorte que s'il n'arrive du changement, que je ne prévois pas, il est impossible qu'il arrive inconvénient quelconque, car je m'oblige au roi, sur ma tète, d'empêcher toute cabale, menées et monopoles, ou, si je ne le puis, non seulement m'obligé-je à lui en donner avis, mais le lui donner à temps pour y apporter remède. Et je vous l'écris maintenant absolument pour que cette lettre serve de titre contre moi, au cas que je manque à ce que je promets, m'assurant que mon affection sera connue de telle sorte au roi qu'il ne me laissera pas au rang des péchés oubliés » '.

Ainsi, tout en s'attachant à Marie de Médicis avec l'espoir que celle-ci reviendrait à Paris et l'y ramènerait, l'évèque de Luçon cherchait à arranger ses affaires avecla cour. Il se ferait l'agent de celle-ci; il surveillerait les entours de l'ancienne régente ; il tâcherait d'empêcher toute intrigue, toute cabale; s'il ne pouvait pas y parvenir, il préviendrait le roi afin que celui-ci put prendre les mesures nécessaires : il ne cachait pas qu'il souhaitait en échange « qu'on ne le laissât pas au rang

i. Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 384. Richelieu reproduit dans ses Mémoires à peu près les mêmes mots (Mém., éd. Michaud, t. I, p. 171-2). Déageant qui rédige ses Mémoires pour Richelieu écrit au contraire : « Le roi désira qu'il (Richelieu) résidât auprès de la reine , ce que Son Éminence accepta, à condition que l'on n'attendit de lui qu'il dût épier ses actions ni rien mander de ce qui se passeroit auprès d'elle. » Mém., éd. de 1668, p. 72.

des péchés oubliés! » C'était un marché. Charles Bernard l'explique : « l'évêque de Luçon qui n'avoit recherché la faveur du maréchal d'Ancre que par le désir qu'il avoit de faire paraître dans la cour les dons d'esprit qu'il avoit prenoit la résolution de tourner ses soumissions vers son roi comme plus justes et capables de procurer désormais son avancement1 ».

Il fut convenu que l'évêque de Luçon écrirait à Déageant au moyen d'un chiffre 2. Richelieu écrivit régulièrement. Dans ses lettres il multipliait les expressions de sympathie à l'égard d'un correspondant qu'il devait traiter plus tard avec rigueur durant son ministère et avec mépris dans ses Mémoires. « Je vous fais connaître, lui disait-il, à l'annonce que Déageant était nommé intendant des finances, la joie que j'ai que vous soyez en une charge en laquelle vous ne doutez point que je ne vous aie désiré3 ». « Assurez-vous qu'il ne sera jour que je ne me ressouvienne des offices que vous me rendez et que, si je n'en prends revanche, il en faudra accuser mon impuissance4 ». « Pour vous, que je tiens pour un de mes meilleurs amis, je vous en souhaite, du bien, avec plus de passion que vous ne sauriez le désirer vous-même5 ». Il attendait que Déageant le défendit près du roi, plaidât sa cause et parvint à améliorer son sort : Déageant ne devait pas réussir.

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