‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 289 sur 349 · Lettre à Puisieux, même date, ibid., p · texte numérisé non relu

Lettre à Puisieux, même date, ibid., p

exclusif et d'un attachement ardent. « Bien que je ne puisse satisfaire à la moindre partie de ce que je vous dois, lui disait-il, je me satisferai pourtant moi-môme, si j'attache entièrement, comme je fais, non seulement toutes mes pensées, mes désirs et mes actions à vos volontés, mais outre ma propre vie! Je l'emploierai, Sire, d'autant plus volontiers pour Yotre Majesté que la pourpre dont il vous a plu m'honorer m'oblige particulièrement à ne refuser aucune occasion de me rougir de mon sang pour la gloire de Dieu, la grandeur de votre dignité royale et le service particulier de votre personne sacrée, de laquelle je serai, jusqu'au dernier moment de mes jours, aussi certainement le très obéissant et très passionné serviteur et sujet1 ».

Louis XIII donna la barette à Richelieu dans une église de Lyon, le samedi 10 décembre 1622, à dix heures du matin. Le nouveau cardinal prononça un discours par lequel il renouvelait l'offre de ses services. Louis XIII fit semblant de ne pas comprendre et ne répondit pas 2.

Il ne voulait pas répondre. A la fin de septembre, déjà, la place au conseil d'un cardinal se trouvant vacante par suite de la mort du cardinal de Retz, Marie de Médicis l'avait vivement pressé d'y pourvoir et Louis XIII se doutant qu'on voulait lui imposer Richelieu, s'était hâté de nommer le cardinal de la Rochefou-

1. Lettre de Richelieu à Louis XIII du 12 décembre 1622, après la remise de la barette, Avenel, Lettres de Richelieu, t. I, p. 746.

2. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 131 r°; Journal d'Arnauld dAndilly, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 37 v°. C. Bernard nous a conservé le discours de Richelieu (Hist. de Louis XIII, t. I, p. 447); le texte est identique à celui de la lettre au roi du 12 décembre que nous venons de citer. Richelieu a-t-il, deux jours après la cérémonie, envoyé à Louis XIII sa harangue sous forme de lettre, afin que le prince la conservât?

cauld afin d'arrêter les intrigues1. Ne voulait-il donc à aucun prix de Richelieu? On pouvait le croire : il le trouvait trop intelligent, disait Gondi, trop peu sincère ; il n'avait pas confiance en lui2. Marie de Médicis avait mis deux ans pour faire de son favori un cardinal ; elle mettra deux ans pour en faire un ministre.

Du moment qu'il était inutile de heurter de front les sentiments du roi, mieux valait le circonvenir et gagner progressivement ses entours. 11 fut convenu entre Richelieu et Marie de Médicis que l'ancienne régente se mettrait en bons termes avec les ministres, le chancelier Sillery et son fils Puisieux. Docile, Marie de Médicis fit des avances; les ministres répondirent. Dès la fin de décembre 1622 la cour s'apercevait que la reine mère avait partie liée avec le secrétaire d'état des affaires étrangères, on ne savait trop pourquoi. Des promesses, voire même des serments, disait-on, avaient été échangés entre eux. Marie de Médicis s'était engagée à faire un grand éloge de Puisieux au roi, et Puisieux avait donné sa parole de soutenir les intérêts de la reine mère; seulement le ministre avait obtenu de l'ancienne régente qu'elle ne confiât rien de cette entente au cardinal de Richelieu3. Puis, peu à peu, cette alliance de Marie de Médicis avec Puisieux et son père le chancelier s'était fortifiée : y étaient entrés : le président Jeannin, Schomberg, d'autres : la cour se perdait en conjectures. Il était

1. Dépèche de Pesaro du 30 septembre 1622, Bibl. nat., ms. italien

2. Dépèche de Gondi citée par V. Siri, Memorie recondite, t. V, p. 597.

3. Dépêches de Pesaro des 20 et 21 décembre 1622, Bibl. nat., ms. italien

1779, p. 64 et 109. « E passato poi sagramento tra la résina et Puisieux et di fedelta et di nulla dover confldare al cardinal di Richelieu delquale ha Puisieux somma gelosia. »

impossible, déclarait le vénitien Pesaro, que Richelieu, qui inspirait toutes les actions de la reine, fut étranger à cette affaire1. Le commencement de l'année 4623 était le moment où Louis XIII, excédé de l'indiscrète façon avec laquelle les ministres le dérangeaient à toute heure, secouait leur joug, allait à la chasse et finissait par leur laisser prendre l'autorité. En s'appuyant sur la reine mère, les ministres espéraient se mettre à l'abri d'un retour offensif du roi; Marie de Médicis se donnait l'illusion de reprendre la direction des affaires. De jour en jour, les ambassadeurs étrangers notaient que la part prise par l'ancienne régente au gouvernement devenait davantage importante. Les conseils, maintenant, s'assemblaient dans son appartement. On observait aussi que Richelieu se tenait discrètement à l'écart2. Le nonce, qui ne doutait pas de l'action occulte du cardinal, signalait qu'il se conduisait avec souplesse, tâchait d'être bien avec tout le monde, de n'éveiller les susceptibilités de personne3. En février, Pesaro écrivait : « la reine mère a l'apparence de l'autorité4; » elle s'imposait de plus en plus. Elle fît décider qu'après le premier prince du sang, le cardinal de la Rochefoucauld aurait la prééminence dans le conseil en raison de sa dignité : on ne se formalisa pas. L'ambassadeur vénitien devinait bien que c'était Richelieu qui avait fait prendre cette mesure 5.

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