Ibid., 1781, p
procher du roi, l'assurer de son affection, lui témoigner la passion qu'il avait au sujet de la gloire et de la grandeur de sa couronne ; puis il faisait attaquer les ministres \ Par ses soins, Marie de Médicis renouvelait au roi lescritiques que comportait la conduite égoïste de ses conseillers et, en même temps, le cardinal la chargeait d'esquisser au prince le programme de ce qu'il convenait de faire. Un soir où Louis XIII revenait de la chasse, Marie de Médicis entreprit le souverain pour le supplier, s'il renvoyait les Brulart, de ne pas les remplacer sans la consulter; cela était important, disait-elle; il y allait de la dignité et de la sûreté de l'État; elle ajoutait que « pour elle, elle n'avoit personne à lui nommer, mais que c'étoit à lui d'y bien penser, s'étant toujours aperçue que quand il se vouloit donner le loisir d'agir de lui-même, il n'y avoit rien à redire dans son choix. » L'insinuation était claire. Louis XIII ne répondit pas*. Au début de 1624, la passion de faire admettre Richelieu au gouvernement parut de plus en plus ardente chez Marie de Médicis : elle espérait être entièrement prédominante par ce moyen : Richelieu, sa créature, au conseil, disait Gondi, l'envoyé Florentin, « elle se rendrait peu à peu tout à fait la maîtresse3. » Nul ne contestait « la valeur de l'esprit du cardinal, jugée sans
1. Bibl. nat., ms. italien 1780, p. 182, dépèche du 28 novembre 1623 traduite dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 267.
2. Richelieu, Mém., t. I, p. 276. On voit dans les Mémoires de Richelieu avec quelle àpreté le cardinal poursuit tous ces ministres de 1621 a 1624. Aucun ne trouve grâce devant lui. Il est aussi sévère pour eux que pour Luynes. Il va jusqu'à admettre sur le droit d'intervention des parlements (p. 280), des théories qu'il n'acceptera guère plus tard lorsqu il sera lui-même au pouvoir.
3. Dépêches de Gondi citées par V. Siri, Memorie recondite, t V p. o97.
égale », ajoutait le même Gondi'. Des libelles, inspirés par Richelieu, vantaient au publie les qualités du prélat, son habileté, sa prudence, son expérience, le seul souci qu'il avait des intérêts du roi2. On savait que le cardinal était plus homme d'Etat qu'homme d'Eglise, disait Pesaro3. Par une étrange et mystérieuse suggestion, il semblait que son génie politique s'imposât de plus en plus et devint inévitable.
Aussi lorsqu'en février l'orage depuis si longtemps attendu éclata et que les Brulart furent chassés, il n'y eut personne qui ne crut que l'heure de Richelieu était arrivée : elle ne l'était pas : il restait une dernière résistance à vaincre, celle du roi!
Chez Louis XIII, l'antipathie contre l'ambitieux prélat semblait irréductible. Un jour où, se trouvant à une fenêtre du Louvre, il voyait passer Richelieu dans la cour, il disait au maréchal de Praslin : « Voilà un homme qui voudrait bien être de mon conseil, mais je ne m'y puis résoudre après tout ce qu'il a fait contre moi!4 » On racontait qu'autrefois le pape avait dit du cardinal : « Cet homme sera un grand fourbe5. » Louis XIII reprenait l'expression à son compte : « Ayant connu le cardinal dans les affaires qui se passèrent devant et après la mort du maréchal d'Ancre, etdans celles d'Angoulême
1. Dépêche du même du 10 mai 1624, dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 318.