Fontenay-Mareuil, Mém., p
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cution des ordres du roi, il faudrait le tuer. Louis XIII manifesta une vive contrariété. Si on arrêtait cependant le maréchal, on ne pouvait le prendre qu'au Louvre, dans un endroit resserré et étroit, brusquement, puisqu'on n'avait pas de monde sous la main. Si l'arrestation ne réussissait pas, du fait que l'entourage du maréchal se portait à la défense de celui-ci, les conséquences de l'échec étaient graves : mieux valait ne rien tenter ou aller jusqu'au bout. Louis XIII maintint qu'il donnait ordre d'arrêter le maréchal, et les confidents obtinrent un acquiescement muet à l'idée de tuer Concini si « son insolence lui faisoit oublier son devoir et mépriser le commandement du roi » \
Qui exécuterait? « Il sembloit qu'il eût été raisonnable, — MM. de Luynes et ses frères étant trois, — que ce fut à l'un d'eux que l'ordre fût donné. » Mais ils se récusèrent2. Louis XIII, qui ne songeait toujours qu'à une arrestation, proposa de s'adresser à un magistrat, le lieutenant civil du prévôt de Paris, M. de Mesmes. On fît venir M. de Mesmes au Louvre sous un prétexte quelconque et, après quelques mots insignifiants, le roi lui demanda à brûle-pourpoint « s'il n'étoit pas son serviteur ». L'autre
1. Déageant, Mém., p. 44. Il y a unanimité des témoignages sur le fait que Louis XIII n'a pas commandé de tuer Concini, mais de l'arrêter. Le roi le dit lui-même à M. de Verdun (Récit véritable de ce qui s'est passé au Louvre, p. 9); il le répéta officiellement (Lettre du roi au parlement de Dijon, p. 6). Voir : J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 80; la dépêche du résident Florentin (dans Zeller, Louis XIII, Marie de Médicis, p. 174); Fontenay- Mareuil (Mém., p. 118); Brienne (Mém. éd. Michaud, p. 12). Le public comprit qu'il n'avait pas été possible de ne pas tuer Concini (le « Te Deuni » des Béarnois, p. 45); et les juristes trouvèrent les justifications nécessaires (P. de Lancre, le Livre des princes, Paris, 1617, in-4°, p. 405).
2. Montpouillan, Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 25.
protesta qu'il l'étoit sans réserve. D'un air ambigu, Louis XIII ajouta « qu'il voyoit beaucoup de choses qui ne lui plaisoient point », et Luynes, présent, insinua que le maréchal d'Ancre « ne s'acquittoit pas bien de son devoir ». M. de Mesmes comprit : on lui demandait d'arrêter le maréchal, mais le maréchal, ne pou vaut être mis en arrestation, il fallait, le cas échéant, le tuer; il répondit loyalement « qu'il avoit assez de courage et de moyens pour, non pas tuer le maréchal, ce n'étoitpasde sa profession, mais pour l'arrêter et lui faire son procès dès qu'il en auroit reçu l'ordre ». Louis XIII parut satisfait. L'entourage vit qu'il n'y avait rien à faire avec le lieutenant civil et n'insista pas '.
A ce moment, quelqu'un prononça le nom du marquis de Vitry. Nicolas de l'Hôpital, marquis de Vitry, capitaine des gardes du corps, était un diable d'homme « de peu de sens, dit le cardinal de Retz, mais hardi jusqu'à la témérité ». Fort, robuste, portant beau, le visage mâle, la voix hardie, le geste prompt, il présentait un type accompli de soldat emporté, même violent : on le disait vaniteux; c'était à tout prendre un assez brave compagnon et très dévoué2. Pour le rejoindre, M. de Luynes parla d'un « domestique » du roi attaché aux soins des oiseaux de Sa Majesté, Dubuisson, qui avait été autrefois de la maison du père de Vitry et avait conservé des relations amicales avec le capitaine des gardes. Par
i. Chaulnes, Relation exacte, p. 463.
2. Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12; Journal d'Arnauld d'Andilly, 1857, p. 120, 142. 11 frappera plus tard de coups de canne un archevêque de Bordeaux en l'appelant « bréviaire » et « cagot » (Bibl. nat., ms. fr. 6647, fol. 245. Cf. vicomte de Noailles, le Cardinal de la Valette, Paris, Perrin, 1906, in-8°, p. 117). Les Contre-vérités de la cour, 1620, dans E. Fournier, Variétés liist. et litt., t. IV, p. 342.
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M. Dubuisson. Vitry fut invité à venir voir le roi dans sa chambre, le soir, au moment du coucher du prince, tard. Vitry fut exact1. Louis XIII lui expliqua ce qu'il attendait de lui : arrêter le maréchal d'Ancre dans le Louvre. Le capitaine répondit qu'il était aux ordres du roi; il demandait seulement la permission de s'adjoindre pour l'opération deux on trois hommes sûrs, son frère du Hallier2, son beau-frère Persan 3,Fouquerolles. On avait dû attendre le Ier avril que Vitry, entrant en quartier, eût pris le commandement des gardes du corps de service au Louvre afin de lui parler. Vitry manda du Hallier, qui se trouvait à l'armée de Soissons4, et le résultat de l'entretien des quatre hommes fut que le capitaine des gardes revint trouver le roi avec du Hallier et Fouquerolles et pria Sa Majesté de vouloir bien renouveler devant eux l'ordre qui lui avait été donné. Les deux comparses, surpris, avaient eu évidemment des scrupules. Louis XIII réitéra sou commandement d'arrêter le maréchal. Sur quoi Vitry demanda : « Mais, sire, s'il se défend, que veut Sa Majesté que je fasse? » Le roi garda le silence. Déageant, qui assistait à l'entretien, dit alors : « Le roi entend qu'on le tue. » Louis XIII continuait à se taire. Vitry s'inclina : « Sire, j'exécuterai vos commandements 5. » On discuta les détails ; voici ce qui fut décidé :
1. Chaulnes, Relation exacte, p. 452; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, t. II, p. 78.
2. François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, n'était encore qu'enseigne de la compagnie d'hommes d'armes du roi (Arch. nat., E. 55 B, fol. 25 r°).
3. Henri de Vaudetar, baron de Persan, avait épousé Louise de l'Hôpital en 1607, Chaulnes, Relation exacte, p. 465.
4. Fontenay-Mareuil, Mém., p. 114; Brienne, Mém., éd. Michaud, p. 12.
5. Mém. de Montpouillan, dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 32.
le dimanche 23 avril, — l'affaire était fixée pour cette date, — on ferait dire au maréchal d'Ancre que le roi l'invitait à aller voir dans son cabinet des armes de petits canons dont le prince se servait pour bombarder des fort élevés dans les Tuileries et un plandeSoissons ; quand le maréchal serait dans le cabinet, Yitry et les siens agiraient1. Il fallait prévoir un insuccès. Dans ce cas, le roi quitterait Paris et se séparerait de la régente. On tiendrait des chevaux bridés et sellés aux Tuileries; Louis XIII irait à Meaux, capitale du gouvernement de M. de Vitry; là, il manderait son armée, poursuivrait le maréchal « dans les provinces, partout où besoin seroit en cas qu'il s'évadât et sortît de Paris »2. Si l'opération réussissait, on mettrait en prison Concini et sa femme afin que le Parlement fit leur procès; puis Louis XIII notifierait à la reine régente « de trouver bon qu'il prîtle gouvernement de son État et qu'il travaillât à le retirer du péril éminent auquel il étoit tombé par le mauvais conseil du maréchal et de sa femme ». Afin que le roi eût le temps « de prendre une ferme assiette en ses affaires », on prierait Marie de Médicis de sortir de Paris, quitte à la rappeler ensuite. Il était enfin reconnu impossible de garder les ministres actuels, difficile d'en choisir de nouveaux. Le mieux serait de rappeler les anciens ministres d'Henri IV naguère chassés3 : Déageant avait
1. L'après-midi du 24 avril, Louis XIII donnera lui-même ces détails (Chaulnes, Relation exacte, p. 462).
2. Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 229; Pontchartrain, Mém., p. 387. Le père de Vitry, en 1596, s'était rendu « adjudicataire du domaine de S. M. au comté de Meaux » (Arch. nat., E. 64 a, fol. 344 r°). Sur la situation de Vitry dans la Brie, voir : H. Cochin, Un conflit et un compromis au XVI" siècle, au sujet du château de Nandy, dans, Bullet. de la Soc. de l'hist. de Paris et de l'Ile de France, 1908, p. 172.
3. Déageant, Mém., p. 46. L'opinion publique réclamait leur retour
tout précisé, même rédigé d'avance lettres, déclarations et proclamations. Tel était le plan arrêté entre le roi, Luynes, Déageant et Tronson. Tout était convenu, il ne restait plus qu'à procéder à l'exécution.
Mis en présence des derniers actes, Luynes eut un moment d'effroi indicible. « Il branla au manche », dit Déageant; il parla « de changer de résolution » pendant qu'il en était temps encore, d'attendre, de réfléchir1. Bien que son frère Cadenet lui dit, tout irrité de sa faiblesse, que, puisque M. de Vitry était prévenu, il n'y avait rien à faire qu'à laisser aller les événements, « il ne cherchoit que les moyens de retarder2 ». Louis XIII demeura décidé. « La voix du peuple contre le maréchal estoit le meilleur et le plus fidèle conseil qu'il pût avoir pour se résoudre à une action d'importance; le temps et l'occasion sembloient favoriser cet arrêtement3. » Le fait que rien n'avait transpiré dans une cour remplie des amis de Concini était un indice favorable.
Ce que le roi ne savait pas, c'est que Marie de Médicis n'était pas sans avoir appris que, « depuis un grand nombre de jours », il y avait des réunions qui se tenaient « dans les appartements du haut » et qui duraient souvent jusqu'à minuit passé. Qu'y disait-on? La régente,
(lettre des princes au roi du 2 février 1617, Bibl. nat., ms. Dupuy, 92, fol. 78 v°; Remontrance présentée au roi par les princes, 1617, in-4°, p. 7).
1. Déageant (Mém., p. 49) désigne Luynes sans le nommer, mais le témoignage de Chaulnes qui suit ne laisse aucun doute.
2. Chaulnes, Relation exacte, p. 453. Chaulnes nous rapporte ses discussions avec son frère; Montpouillan confirme que M. de Luynes en définitive n'a fait que proposer de fuir dans la préparation du coup d'État [Mém., dans Mém. du duc de la Force, éd. La Grange, t. IV, p. 26). Cf. le Comtadin provençal, 1620, in-12, p. 11.