‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 303 sur 349 · Arch. nat., 0M759 A · texte numérisé non relu

Arch. nat., 0M759 A

M. de Loménie bâtit peu, à peine une grange. Il se borna à entretenir le lieu seigneurial. Il était trop occupé par les difficultés que lui suscitaient les officiers de Ghâteaufort et le prieur de Versailles.

Le prieur fit à M. de Loménie mille chicanes à propos de sa juridiction, ajournant à comparaître devant son propre prévôt les Versaillais pour leur défendre « de ne répondre pas devant autres juges que ledit prévôt dudit prieuré ». Loménie en appela au Parlement, au Conseil; il fallut des exploits, des committimus, des arrêts1.

Avec les gens de Ghâteaufort, la querelle fut grave. La discussion sur l'exercice de la juridiction seigneuriale ayant recommencé en 1566, de nouveau les officiers du roi saisirent la haute justice de Versailles. Les choses vinrent à un tel point que, rencontrant un jour Martial de Loménie à Trappes, les gens de Châteaufort l'arrêtèrent et le jetèrent en prison2. Le roi se fâcha. Par une sentence de Messieurs du Trésor à Paris, du 10 juin 1572, Martial de Loménie obtint mainlevéedéfinitivede la seigneurie et de ses droits3. On chantait, quelques mois plus tard, après la Saint-Barthélémy:

N'eût-ce pas été vilenie, Que ce gros ventre Loménie Fût sauvé, comme, sans raison, Jadis fut mis hors de prison Quand on l'empoigna à Trappes1!

1. Nous ne pouvons entrer dans le détail : on trouvera l'indication des pièces de procédure dans : Arch. nat., (P3871, p. 266 et suiv.

2. Le seigneur de Versailles dénonça ses persécuteurs le 11 septembre 1568 au Parlement auquel il en avait appelé. Il obtint le 18 septembre, des lettres spéciales du roi de « protection et de sauvegarde ». Les gens de Châteaufort n'en tinrent aucun compte. Le 6 février 1571, ils interdisaient par exploit au seigneur de Versailles et à ses officiers « d'exercer aucune justice audit Versailles ». Nous ne pouvons encore que résumer brièvement de longues disputes qui ont comporté des actes nombreux de procédure : voir Ibid., p. 243, et suiv., 287.

3. Le roi ordonna de délivrer Loménie et commanda d'ajourner le prévôt de Châteaufort à comparaître devant le Parlement « pour se voir déclarer avoir encouru les peines contre lui indutes, voir casser ce qu'il aurait fait et se voir condamner aux dépens, dommages et intérêts ». Pour la mainlevée du 10 juin 1572, voir Ibid., p. 272.

4. J. C. de Vellay, Déluge des huguenots avec leur tombeau et les noms des

La Saint-Barthélémy, en effet, comptait parmi ses victimes le seigneur de Versailles. Incarcéré à la première heure, celui-ci vit envahir la prison par une bande de massacreurs à la tête desquels se trouvaient les bouchers Tanchou et l'c/ou; Tanchou l'étrangla; le corps fut jeté à la rivière1.

Martial de Loménie laissait cinq enfants, dont l'aînée, mariée à François de Loménie, plus quatre mineurs 2. Le conseil de famille assemblé choisit pour tuteur François de Loménie. Les biens de ces mineurs furent vendus, en adjudication, par décret fait au Chàtelet le 19 mars 1575 : la terre de Versailles se trouva adjugée «au profit de M. Claude Guilloire au nom et comme procureur substitué d'Albert de Gondi, comte de Retz, maréchal de France », pour la somme de 35 000 livres 8.

Albert de Gondi était un personnage : « haut et puissant seigneur », comte, puis duc de Retz, baron des Iles d'Or, seigneur de Noisy, Marly-le-Châtel et de Railly, chevalier de l'ordre du roi, premier gentilhomme ordinaire de sa Chambre et capitaine de cent gentilshommes de l'ancienne bande de la maison de Sa Majesté, enfin maréchal, et frère de Gondi, cvêque de Paris '*. Il descendait de mercanti florentins qui

sàe/is et principaux punis à Paris le 24e jour d'août 1572, Paris, J. Dallier, 1572, in-12, feuillet A III v°: réimprimé dans Cimber et Danjou, Archives curieuses, l" série, t. VII, p. 2o6.

1. Relation du massacre de la Saint-Barthélémy, dans Cimber et Danjou, op. cit., p. 149; Le Tocsin contre les massacreurs, Reims, imp. de J. Martin, 1577, in-8°, fol. 93 v°; le Réveille-malin des François, 1574, dans Cimber et Danjou, op. cit., p. 183; J. A. de Thou, llistoriarum sui temporis tomusI-VI, Londres, 1733, in.-fol., t. III, p. 134.

2. Sur la succession de Loménie, voir l'article de E. Caron dans la Revue de l'histoire de Versailles, 1901, p. 126-129 : Quelques documents relatifs aux origines du domaine de Yersailles.

3. Arch. nat., 0*3871, p. 379 : « Affiches, enchères, vente et adjudication par décret fait au Chàtelet de Paris le 19 mars 1575, de la dite terre et

aeurie de Versailles,... saisie... sur le dit M. François de Loménie au dit nom de tuteur et curateur des dits enfant- mineurs... etc. » On a raconté que tandis que M. de Loménie était en prison, le comte de Retz serait venu h- trouver et lui aurait promis la vie sauve s'il consentait à lui vendre Versailles à vil prix. M. de Loménie aurait accepté, signé, puis aurait été tué. Le comte de Retz paraît être devenu possesseur de Versailles d'une façon plus régulière.

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