Bibl. de l'Arsenal, recueil Gonrart, ms. n° 4113, p
Les travaux furent longs. A côté du château fut édifiée une basse cour. Dans les dépendances Louis XIII installa un important chenil « devant le château », « pour loger ses chiens et fi t un chemin pour mener ses chevaux à l'abreuvoir1 » . Des jardins et un parc furent ensuite dessinés.
On a discuté sur le nom du premier auteur des jardins et du parc de Versailles comme sur le nom de l'architecte. Les uns ont prononcé le nom de Jacques Boyceau, sieur de la Barauderie, en effet, en 1624, « contrôleur général des jardins de toutes les maisons de Sa Majesté » et qui fait allusion dans son grand livre, le Traité du jardinage selon les raisons de la nature et de Vart, à quelque travail de lui à Versailles 2. Les autres ont parlé de Claude Mollet3. En réalité l'auteur du parc de Versailles est M. Jacques de Menours neveu de Jacques Boyceau, qui a succédé à celui-ci comme « intendant général des jardins du roi » et a préparé pour l'impression le Traité de jardinage de son oncle De même que Le Boy, à titre d'architecte responsable, est chargé de payer les ouvriers qui ont exécuté ses plans, de même, M. de Menours, dans les comptes, a mission de régler les travaux exécutés aux jardins et parc de Versailles par les ouvriers qui ont réalisé ses dessins. Nous avons un bordereau de vingt articles montant à la somme de 42 560 livres dans lequel sont compris, avec le détail des sommes, dix quittances, le
1. Il acheta à cet effet de Claude Gourelier, l'hôtelier de Versailles, « six travées de maisons et une pièce de terre » pour 500 livres, Arch. nat., 01 1759 A. et 3871, p. 387.
2. L. Dussieux, le Château de Versailles, t. I, p. 22. Sur le titre de Boyceau qui reçoit même, en 1624, 900 livres d'augmentation, voir les Nouvelles archives de l'art français, 1872, p. 9. Le Traité de jardinage a paru en 1638, in-fol.
3. Assisté du père d'André le Nôtre, De Nolhac, la Création de T 'ersailles, p. 26. II y a une famille Mollet s'occupant des jardins du roi : deux Claude Mollet, le père et le fils, Pierre, et Jacques Mollet. Le premier Claude « travaille aux dessins des jardins de Sa Majesté » dès 1608 {Nouvelles archives de l'art français, 1872, p. 41). Il était « chargé de vieillesse >• vers 1634. Pierre est son fils aîné. Jacques est peut-être son frère (Arch. nat., O1 1046, acte de nomination en survivance de ces Mollet). En 1618, Jean le Nôtre s'occupe « de l'entretènement des parterres des Tuileries » (Nouvelles archives de Vart français, 1872, p. 35).
tout paiements ci faits au sieur de Menours pour ouvrages par lui faits au parc de Versailles1 ». M. de Menours nous a conservé dans le livre de son oncle des exemples des parterres qu'il avait tracés : ce sont des dessins rectangulaires figurant des broderies de buis taillé, garnis de Heurs et de sables de différentes couleurs, élégants, riches, très français. Autant qu'on peut en juger par le plan de Gomboust, les jardins et le parc présentaient des parterres de fleurs immédiatement autour du château, puis des quinconces, des allées, des avenues d'arbres. Nous ne savons rien sur l'ensemble.
Dans ces jardins il y eut des effets d'eau, encore très modestes, des bassins circulaires avec jets d'eau. Un Flamand, Jean Lintlauer, fut chargé de cette partie de l'aménagement du nouveau domaine. Ce Jean Lintlauer venait de se faire une réputation en réformant le système des eaux de Paris : « Par son industrie et grand travail, disait une pièce officielle de 1619, il avoit fait en sorte que l'eau, que jettent les pompes et fontaines artificielles du Pont-Neuf de la ville de Paris aux offices du château du Louvre, fontaines et jardins dudit lieu, palais des Tuileries, grand vivier et fontaines des jardins d'icelui et autres lieux où il a plu au roi de la faire distribuer, fut maintenant claire, au lieu d'être trouble et d'embourber les tuyaux 2. » Lintlauer devait être une des victimes de l'état précaire des finances du roi de France; il mourra sans avoir été réglé. Sa veuve, Françoise Robin, délivrera, tard, en 1635, les dernières quittances des sommes dues à Jean Lintlauer pour les travaux effectués par lui dans les parc et jardins de Versailles 3.
1. Arch. nat., O1 3871, p. 358. Ces indications suivent les comptas de l'architecte Le Roy. On trouvera des détails sur Jacques de Menoursjdans la Lettre au roi mise en tète du livre de Boyceau, Traite du jardinage, 1038. Ce livre avait été préparé pour l'impression par Menours, mais celui-ci était mort avant la publication de l'ouvrage. Le privilège, daté du 8 mars 1638, est donne à sa veuve Marie Le Coq. « Menour, intendant des Janlius du roi étoit logé aux Tuileries », dit Tallemaut (Historiettes, éd. P Paris, t. VII, p. 515).
■2 Arrêt du conseil du 27 mars 1619, Arch. nat., B. 61", fol. 272 r°.