‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 32 sur 349 · Journal d'Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 391 r · texte numérisé non relu

Journal d'Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 391 r

le coup d'état du 24 avril 1617. 57

encore n'avait-il rien appris ni rien deviné, mais uniquement par prescience ou coïncidence fortuite, — avait envoyé, dans la semaine qui précéda le 24 avril, son beau-frère du Pont de Courlay prier M. de Luynes de dire au roi de sa part « qu'il voyoit bien que les choses ne se passoient pas comme elles dévoient être et que Sa Majesté n'avoit pas sujet d'être satisfaite; que s'il plaisoit à Sa Majesté de le vouloir considérer comme l'un de ses ministres, il n'y auroit rien, soit en sa charge, soit aux autres affaires venant à sa connoissance, qu'il ne lui en donnât un fidèle avis ». Des offres de services! Trois mois plus tôt, ils eussent été acceptés et Richelieu eût prit la place de Déageant. Maintenant, il était trop tard. La démarche trahissait seulement l'alarme du ministre du maréchal et montrait à quel degré les créatures de Concini jugeaient là ruine de leur maître prochaine '.

Le dimanche 23 avril, Louis XIII se leva vers sept heures : il avait mal dormi; depuis quatre jours il ne dormait plus2. Le temps était mauvais. La pluie, qui n'avait pas cessé de tomber pendant les deux semaines précédentes, continuait. A huit heures, le prince déjeuna. Suivant ce qui avait été décidé, on devait attendre que Concini vînt au Louvre, ce qu'il avait l'ha-

1. Cliaulnes, Relation exacte, p. 453: M. de Morgues, Lumières pour l'histoire de France. 1643, in-12, p. 51. On voit par sa correspondance que Richelieu n'a rien soupçonné (ses lettres à Concini des 13 et 14 avril 1617. Avenel, Lettres, t. VII, p. 379, 381). Personne, d'ailleurs, ne s'aperçut de rien (dépèche de l'ambassadeur vénitien du 24 avril, Bilil. nat., ms. ital. 1771, p. 80).

2. Journal d'Arnauld d'Andilly, éd. Halphen, 1857, p. 283. Le roi le dit lui-même. 11 ajouta, parlant à Chaulnes : « Je ne sais ce que j'aurois à dire à mon premier médecin » (Chaulnes, Relation exacte, p. 454). Héroard n'a rien remarqué.

bitude de faire sur les neuf à dix heures, pour le prévenir que le roi le priait de passer au cabinet des armes. En attendant, Louis XIII se rendit dans sa petite galerie, où il se mit à jouer au billard : il n'irait à la messe que tard, lorsque l'affaire serait achevée. Pendant ce temps. Vitry, qui était venu de bonne heure, se préparait. Il avait convoqué des gentilshommes de ses amis qu'il avait placés dans la cour du Louvre, en leur recommandant de se promener isolément sans attirer l'attention; sous leurs manteaux, qui les enveloppaient à cause de la pluie, les gentilshommes avaient des pistolets chargés. Prétextant que le roi pouvait partir d'un instant à l'autre afin d'aller à la messe, Vitry avait fait prendre les armes à la compagnie des gardes du corps de service, avec ordre de rester dans la cour comme pour faire escorte à sa Majesté. Dix heures, onze heures sonnèrent; le maréchal ne venait pas. Depuis la veille au soir, on avait chargé Dubuisson de surveiller la maison au coin du quai et de prévenir dès que le maréchal sortirait. Dubuisson vint dire que durant toute la nuit il avait remarqué des allées et venues et qu'on ne s'était pas couché chez Concini. Louis XIII, énervé, s'impatientait; voyant que midi approchait, il donna le signal du départ pour la messe : il alla l'entendre à deux pas, de l'autre côté de la rue d'Autriche, à la chapelle de l'Hôtel du Petit-Bourbon. Ce fut à la fin de la messe que Dubuisson, enfin accourant, annonça que le maréchal entroit au Louvre et qu'il se rendait dans les appartements de la reine mère. On se hâta pour aller dire à Concini que le roi l'invitait à passer au cabinet des armes. Mais pendant qu'on montait chez Marie de Médi-

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cis par un escalier, le maréchal descendait par un autre et s'en allait. Il était trop tard; le coup était manqué; le

roi alla dîner1. -.,.,.

Après le dîner, il y eut conférence. Décidément, l'idée de faire monter le maréchal au cabinet des armes était trop compliquée. Et s'il refusait de s'y rendre, par défiance? D'autre part, déjà, une vingtaine de personnes se trouvaient dans le secret; c'était miracle que celui-ci n'eût pas transpiré! Il était impossible d'attendre. Vitry proposa d'arrêter le lendemain même, au matin, Concini à l'entrée du Louvre, dans l'espèce de souricière constituée par les deux portes du château. Vieille forteresse élevée jadis par Philippe-Auguste pour protéger Paris du côté de l'ouest, comme la Bastille le protégera du côté de Test, le Louvre avait conservé sur deux de ses quatre côtés son aspect rébarbatif du moyen âge : des tours massives, de grands murs, des fossés profonds2. L'entrée sur la rue d'Autriche, - du côte de Saint-Germain-l'Auxerrois, vers le milieu de la cour carrée actuelle, - était l'entrée non d'un palais, mais d'un château féodal : deux tours sombres, des deux côtés d'une porte basse et étroite, donnant accès a un passage voûté où un carrosse pouvait à peine passer; a côté de cette porte, destinée aux charrois, une petite, dite le guichet, faite pour les piétons, avec un pont-levis

I Chiulnes Relation exacte, p. 455. Déageant ne parle pas de » la dans Héroard (Journal, Biftl. nac, m», ir. *u*«,

°ï"£5 uneTme ££2Um* de Saint-Igny e, le, imagenes un J: ÏÏ.CS ou allemandes, composées à propos de 1 assa»- Kt de 'conli 'donnant Ventrée dn Louvre, nous ne connaissons pas de dessin du temps figurant celle porle du Louvre.

spécial dénommé « la planchette » ; en avant de la porte, le pont-levis, long- de six mètres, large de quatre; puis, prolongeant le pont-levis sur le fossé, un pont fixe en Lois, dit « second pont du Louvre », ou « pont de bois », de cinq mètres de long sur quatre de large; et, enfin, terminant le pont fixe, une grande porte qui s'ouvrait sur la rue d'Autriche et qu'on appelait « la grande porte de Bourbon1 ». La pensée de Yitry était que dès que Concini aurait passé cette grande porte, on la fermât derrière lui pour le couper de sa suite et que, d'autre part, l'autre porte basse demeurant close, le guichet à peine seul ouvert pour la circulation, Concini se trouvât ainsi pris sur le pont-levis 2. Louis XIII approuva.

Le roi passa le reste de l'après-midi comme à l'ordinaire ; il alla faire sa visite quotidienne à Anne d'Autriche, à Marie de Médicis; par la grande galerie se rendit aux Tuileries; de là gagna les Feuillants, où il assista aux vêpres; revint vers 4 heures, en carrosse, à cause de la pluie; soupa à sept heures et demie; de nouveau revit Marie de Médicis; puis se retira dans sa chambre et se coucha vers dix heures 3. M. Dubuisson

1. En 1866, on a pratiqué des fouilles dans la cour carrée du Louvre et on a mis à découvert les fondations des constructions dont nous parlons. Un plan de ces fondations relevées a été donné par Berty dans sa Topographie historique du Vieux Paris (le Louvre, t. II, p. 109). C'est d'après ce plan que nous établissons les dimensions que nous venons d'indiquer. Pour la « grande porte de Bourbon » et le « pont de bois » voir h- Définiment de la guerre apaisée par la mort de Concino Concini, Paris, 1017, in-12, p. 6 et la lettre de Simon Chabot, du 28 avril 1617, dans Bulletin de la Société des bibliophiles bretons, 2e année, 1878-1S79, p. 62.

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