Mercure français, 1617, p
3. L'Enterrement, obsèques et funérailles de Conchine, Paris, 1617, in-12, p. 5. Les sources contemporaines abondent de détails sur l'incident; nous résumons le récit circonstancié de Ghaulnes (Relation exacte, p. 466). Voir aussi la lettre de Simon Chabot à Mathurin Chabot du 28 avril 1617 (Bull, de la Soc. des Bibliophiles bretons, 2e année, 1878-79, p. 62).
des cloches descendues furent attachées aux jambes et, tout le monde tira le corps qui soulevait la terre encore meuble. Un public immense emplissait le porche, la rue, l'église, monté su r les bancs, sur les clôtures des chapelles, vociférant. Appelé en hâte, le grand prévôt était arrivé avec des archers, suivi d'officiers; il lui fut impossible d'avancer. Les gens, traînèrent vivement le cadavre au milieu d'un concert de huées jusqu'au Pont-Neuf, à l'entrée duquel se- trouvait une des potences élevées naguère par le maréchal dans Paris. Un grand laquais pendit le corps par les pieds, la tète en bas, et la foule se rua, chacun voulant frapper, enfoncer un couteau, détacher un bout de chair, pendant que le grand laquais, son chapeau à la main, quêtait pour avoir monté Concini à la potence. En un rien de temps, nez, oreilles et le reste, tout fut coupé, puis, avec des haches et des épées, on détacha les bras, on scia la tête. Une compagnie de gardes-françaises qui passait pour aller entrer en garde au Louvre n'intervint pas sous prétexte qu'elle n'avait pas d'ordre1. Au bout d'une demi-heure, on descendit ce qui restait du tronc et, avec des imprécations, on le traîna, à la place de Grève, à la Bastille, finalement rue de Tournon, où on le brûla en chantant.
Et, d'un bout de la France à l'autre, ce furent contre Concini des chansons 2, des feux dans lesquels on flam-
i. » Le roi passant par la galerie et ayant demandé quel bruit c'estoit (que celui qu'on entendait sur le Pont^Neuf) et lui estant répondu que c'esloit le peuple qui avoit pendu le corps du maréchal (l'Ancre, témoigna d 'être bien marri qu'on n'eut empêché ce désordre de bonne heure » (passage inédit de Chaulnes, Relation exacte, Bibl. nul., rns. Dupuy 661, fol. 148 r°).
2. Voir de ces chansons dans un recueil de pièces concernant Concini, Bibl. de l'Institut, 8° X 457\ On fit des chansons même à l'étranger
le coup d'état du 24 avril i 6 i t. 87
hait des mannequins figurant le maréchal, des pamphlets violents, des pièces de théâtre, des romans à clef, des almanachs et des caricatures représentant le tyran abattu sous les traits d'un renard, d'un écureuil, d'un dragon i. Dans le nombre aussi, on ne ménageait pas l'ancienne reine régente. En traînant par les rues de Paris le cadavre exsangue de Concini, les manifestants du 2o avril n'avaient pas épargné « les paroles indignes, insolentes et outrageuses contre l'honneur de la reine mère ». L'opinion accabla Marie de Médicis2.
Qu'allait-on faire d'elle, emprisonnée qu'elle était dans son appartement du Louvre? Après avoir maintenu quelques jours ses rigueurs premières, Louis XIII avait fini par s'adoucir. Il avait autorisé ses sœurs, M. de Bressieux, M. Phélipeaux de Villesavin, — le secrétaire de Marie de Médicis, — à la visiter3. Le nonce, sur la prière de Richelieu, qui, dans la débâcle générale, avait résolu, pour sauver sa fortune, de s'attacher à celle de la reine mère, aujourd'hui tombée, mais demain peut-être relevée, avait offert au roi les services de l'évêque de Luçon, pour servir d'intermédiaire entre la mère et le fils, assurant le prince « du
(E. Le Blant, Une chanson hollandaise sur le meurtre du maréchal d'Ancre, dans Mém. de la Soc. des antiquaires de France, 4e série, t. VI, 1875, p. 259).
1. Voir : la Juste punition de Lycaon, Florentin, surnommé marquis d'Ancre, Paris, 1617. in-12; la Descente du marquis d'Ancre aux enfers, 1617, in-12; Tragédie nouvelle de la perfidie d'Aman, mignon et favori du roi Assuérus, Paris, 1622,in-S°; la Magicienne estrangère, Rouen, 1617, in-8°; la Ti-agédie des rebelles, par Pierre de Brinon, Paris, 1622, in-12: Histoire des prospérités malheureuses d'une femme Cathenoise, grande sénéchale de Naples, Paris, 1617, in-12; voir aussi VArgenis de Barclay (cf. A. Collignon, Notes sur l'Argenis de Jean Barclay, Paris, 1902. in-8°, p. 61), etc.
2. Pontchartrain, Mém., p. 390; Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 202.