‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 48 sur 349 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Physique de Louis XIII à vingt ans; sa vigueur, son activité. — Son caractère aimable et courtois. — Dignité et sérieux de sa vie; ses mœurs sévères. — Côtés chez lui de jovialité. — Sa bonté envers son entourage; sa bienveillance envers les petits. — Louis XIII est affectueux; les lettres qu'il écrit à son ancienne gouvernante madame de Monglat. — Simplicité de ses manières; son esprit d'économie; habits modestes; sa vie quotidienne sans apparat; ses habitudes rustiques.

— Louis XIII n'a pas l'esprit littéraire; il ne lit pas. — 11 a du goût pour les arts; il dessine, peint, sculpte, aime l'architecture : le Louvre et Versailles; sa passion surtout pour la musique : Louis XIII compose et exécute. — Sa prédilection pour les arts mécaniques : sa forge. — Les exercices physiques; le roi très bon cavalier, tireur adroit, principalement grand chasseur : les oiseaux de son cabinet.

— Louis XIII n'aime pas la danse; il joue à des jeux tels que la paume; accusation qui a été portée contre lui de s'adonnera des occupations puériles. — Le jeune prince toujours aux champs et en voyage.

De taille moyenne, plutôt petit que grand, la tête un peu forte pour le reste du corps, le buste et les jambes minces, le jeune roi qui venait de se révéler à son royaume, ne pouvait guère passer pour un prince séduisant. Sa figure large et charnue, comme celle de sa mère, n'avait aucune finesse : la maladie qui, plus tard, l'amaigrira, ne lui avait pas encore donné cet aspect émacié sous lequel il est connu ; le menton avançait : la bouche demeurait entr'ouverte ; la lèvre inférieure, assez épaisse,

débordant sur la lèvre supérieure, au dessous d'un grand nez bourbonien, achevait le profil de quelque Louis XIV vieilli: les cheveux, très bruns et frisés, demeuraient en broussailles, mal tenus; une barbe naissante estompera disgracieusement les joues vers la vingtième année; les traits étaient épais : Louis XIII n'était pas beau \ Mais il avait de la distinction. La tête droite, le regard vif, éveillé, le geste souple et alerte, en même temps contenu et digne, lui donnaient « une allure royale ». Il semblait né pour sa fonction. Sully lui trouvait « bonne mine ». Sous des apparences médiocres, c'était un grand seigneur -.

Le plus remarquable en lui était sa vigueur physique. Le teint bruni par le grand air, les membres rompus aux exercices du corps contribuaient à prêter à sa personne un caractère de virilité élégante. Il était et il sera de plus en plus entre seize et vingt trois ans, d'une force rustique toute militaire, insensible au froid, au soleil, partant en voyage, l'hiver, à six heures du matin sous la neige tombante, restant des journées entières à la pluie sans s'en apercevoir, marchant à pied des heures

1. Pour l'iconographie de Louis XIII à vingt ans, nous avons une belle médaille de G. Dupré de 1623 (Cf. Mazerolle, Les Médailleurs français du XVe siècle au milieu du XVIIe, Paris, 1902, in-4°, t. II, p. 137); une série de gravures de Grispin de Pas (dans le Manège royal de M. de Pluvinel, Paris, 1623, in-fol.); un portrait anonyme conservé à Florence. Cf. une dépêche de l'envoyé florentin A. Cioli dans Zeller, la Minorité de Louis XIII, p. 126; et une lettre du nonce citée par F. Rocquain (Notes et fragments d'histoire, Paris, 1906, in-8°, p. 348).

2. Sully. Économies royales, éd. Michaud, t. II, p. 477; Le Roy Remarques sur la vie du roy, Paris, 1622, in-4u, p. 65; de Sainte-Marthe, Second panégyrique du roi, (s. 1.), 1623, in-12, p. 43 ; C. Rernard, Hist. de Louis XIII, t. IL p. 116; ajouter les impressions d'un témoin voyant entrer Louis XIII dans Avignon en 1622 : T. de Berton, la Voye de lait ou le chemin des héros au palais de la gloire, Avignon, 1623, in-4", p. 48.

« sans s'en ressentir aucunement. ' » Très actif il ne pouvait supporter de ne rien faire, toujours debout, occupé, « J'aime l'exercice, disait-il à sa mère, et les courses que je fais servent grandement à ma santé2. » « Le travail et les fatigues me font vivre, écrivait-il à sa femme Anne d'Autriche : ils me donnent de la santé3. » Il s'endurcissait, appliqué à s'entraîner, adorant la vie aux champs, dans les bois, à la chasse. « Ses gens étoient sur les dents », note son médecin Héroard. On le vit une fois faire huit lieues à pied par terrain mouillé; une autre fois, de Saint-Germain, il courut après un cerf jusqu'à Mantes, avec de longs détours, et revint le soir, au pas, après avoir fait quatorze lieues, son cheval recru, lui toujours dispos. Il savait rester des dix-sept heures en selle sans fatigue. Nul roi n'a été aussi résistant4.

« Je me porte très bien, écrivait-il dans ses lettres; je suis en pleine santé. » 5 A la suite d'une douleur persistante qu'il avait eue au pied, les médecins lui avaient prédit qu'il serait goutteux6. Sauf de petits accidents sans suite, il semblait de suffisante constitution. En

1. Les témoignages abondent : on pourrait en relever de très nombreux dans Héroard, par exemple : Bibl, nat., ms. fr. 4025, fol. 419 r°; 4 026, fol. 28 r°, 50 r°, 318 v°; 4 027, fol. 176 v° (« Sa Majesté a le corps de fer ■•). Cf. Le Voyage du roi à Calais, Lyon 1621, in-12, p. 4; Herbert de Cherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 135; de Bellemaure, le Portrait du roi, Paris, 1618, in-12, p. 15; etc.

2. Lettre à Marie de Médicis de 1619, Bibl. nat., Cinq Cents Colbert 98, p. 67.

3. Ilid., p. 134. Cf. Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, p. 17; la dépêche de l'ambassadeur Contariui du 10 novembre 1620, Bibl. nat., ms. ital. 1775, p. 90.

4. Héroard, Bibl. nat., ms.fr. 4025, fol. 290 v°, 438 v°; 4027, fol. 32 r°.

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