‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 54 sur 349 · Ibid., fol. 11 v · texte numérisé non relu

Ibid., fol. 11 v

affaires de mariage. On le priait d'appuyer les demandes de soupirants en insinuant qu'il n'oublierait pas leur avenir. « J'aiderai à son avancement, )\ écrivait-il à madame de laRinville, d'un lieutenant de sa compagnie de mousquetaires, M. Lavergne, sollicitant la main de la fille de la dame. Certain père résistait-il? Louis XIII faisait intervenir des tiers : « vous me ferez plaisir, expliquait-il au premier président de Rouen, de vous employer pour vaincre le doute dudit vicomte contre lequel je ne veux user d'aucune autorité, lui laissant la liberté tout entière qu'ont les pères dans leurs familles. » Et si quelque rival venait à la traverse, Louis XIII le rembarrait : « M. de Manneville, comme l'on m'a dit que vous recherchiez d'épouser la demoiselle d'Agoville, j'ai cru que vous n'aviez pas su la recommandation que j'ai faite à son père en faveur du sieur de la Fontaine qui s'estoit, premier que vous, embarqué à cette même poursuite, laquelle l'on ne me fera pas plaisir de traverser. C'est pourquoi je vous ai voulu envoyer ce porteur, avec la présente de ma main, afin que vous ne soyez surpris continuant une poursuite qui me seroit désagréable L. »

Aux humbles, Louis XIII était bienveillant. Un jour, en chasse, rencontrant un malheureux « petit porte panier, » un gagne-petit, et l'arrêtant, — l'autre, effrayé croyait avoir affaire à des voleurs, — Louis XIII, amusé, lui faisait étaler sa marchandise, puis souriant la lui achetait tout entière2. Il donnait aux pauvres. Tous les mois,

1. Lettres de 1622, 1623 et 1624, Ibid., fol. 152 v, 168 r°, 171 v°, 176 r°, 193 r°, 212 r°.

2. Héroard, 4 janvier 1618, Bibl. nat., ms. fr. 4026, fol. 2 v°.

il prélevait sur le fonds de ses « menus plaisirs » huit cents écus qu'il faisait distribuer1. Quand le palais de justice de Paris fut incendié, en 1618, et que les marchands qui avaient leurs boutiques à la grande salle se trouvèrent dans la misère, il donna pour chacun d'eux deux mille écus et statua qu'ils auraient six ans atin de payer leurs dettes2. En campagne ou en chasse on le voyait se jeter à l'eau afin d'aller au secours d'individus qui se noyaient3. Tallemant des Réaux, dont l'historiette sur Louis XIII est pleine de fables, écrit que le jeune roi était « un sournois qui n'avoit guère de cœur » : il se trompait.

Pour certains, Louis XIII était môme affectueux. L'Estoile avait déjà remarqué, à propos de la vive amitié du prince pour Pierrot, le fils d'un pauvre jardinier de Saint-Germain, combien il était tendre, sautant au cou de son petit compagnon, l'embrassant devant tout le monde4. La personne qui a le mieux pu apprécier sa sensibilité, est encore son ancienne gouvernante, madame de Monglat, qu'il appelait toujours, à vingt ans comme à six, « Mamanga » \ 11 lui écrivait, lui qui n'écrivait guère; il se rappelait à son souvenir; il lui racontait ses succès en campagne : « Mamanga, autant que je sais que vous m'aimez véritablement, je suis

1. île Bellemaure, le Portrait du roi, 1G18, p, 72; Le Roy, Remarques sur la vie du roi, Paris, 1622, in-4°, p. 47; lettre du P. Cotton, Bibl. nnt., Moreau 1278, fol. 139 r°.

2. Livre de raison de Bertrand Léspervier, dans Bullet. de la Soc. de Vhist. de Paris, 190">, p. 135; Registres des délibérations du bureau de la ville de Paris, Arcli. nat., H. 1790. fol. 172 et suiv.

3. Béroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 186 r°; <'.. Bernard, Hist. 'le ' \ ///, t. I. p. 37").

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