Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027. loi. 271 r
ajoutait le prélat, il faut bien qu'il y apporte quelque tempérament. » On lui faisait des observations, des prédictions même pour l'effrayer : rien n'y faisait1.
Bon cavalier, bon tireur d'arquebuse et à l'arc, bon cbasseur, Louis XIII s'adonnait aussi à tous les jeux les plus variés. Il était adroit joueur de paume. Il jouait à la longue paume dans les résidences où il allait, ayant des salles de jeu un peu partout, au Louvre, à Saint- Germain, à Fontainebleau, et, quand il n'en avait pas, comme à Compiègne, jouant dans la cour du château ou dans les fossés de la ville; son ami, M. de la Curée était son compagnon de jeu2.
Encore à seize ans, Louis XIII jouait aux barres; après la mort de Concini, il ne jugera plus ce jeu conforme à la dignité royale. Il apprit à nager, assez tard, il est vrai, à vingt-trois ans, à Saint-Germain. Il canotait, principalement à Fontainebleau sur l'étang, quelquefois à Paris sur la Seine : il avait au Louvre un petit bateau qu'on lui portait à la rivière sur une charrette. 11 péchait; il péchait à la ligne à Saint-Germain, d'ailleurs peu3.
1. Dép. des amb. vénitiens (Bibl. nat., ms. ital. 1771, p. 554; 1779, p. 146; 1780, p. 238); du nonce Corsini du 27 octobre 1623 (dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 286). Les évoques s'en mêlèrent (lettre de M. de Bréval du début de 1624; Bibl. nat., nouv. aeq. fr. 3145, fol. 144 r°). Le public réclama la diminution du personnel et des frais des chasses (la Réformation de ce royaume, 1623, in-12).
2. Ce fut un certain Pierre Gentil qui lui donna des leçons de paume (E. Charavay, Collection de lettres autographes du règne de Louis XIII, p. 11). Héroard abonde de détails (Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 402 v°, 411 r° et v°; 4027, fol. 208 r°, etc.). Garnier (le Triomphe du roi, 1618, in-12. p. 12) fut témoin des jeux du prince qu'il énumère. Paris avait plusieurs centaines de jeux de paume; Orléans en avait 60.
3. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 411 v°, 425 V, 426 r°, 432 r°,
Il n'a pas aimé la danse. Comme il fallait qu'il sut danser, on lui donna des leçons indéfiniment; à vingtdeux ans il en prenait encore : « Danse à regret, écrivait Héroard; il n'aime pas la danse de son naturel; de sa nature, il ne s'y plaît pas1. » Cependant, chaque année, à la fin de l'hiver, au début du carême, Louis XIII devait donner un grand bal au Louvre, fête magnifique, dans laquelle était représenté un ballet auquel prenaient part, comme acteurs, le souverain, la famille royale, de grands seigneurs. Louis XIII s'est assez intéressé à ces représentations. Les spectateurs vantaient sa grâce à jouer son rôle. Intermittents sous Henri IV, les ballets devinrent annuels au moment des vingt ans de Louis XIII. C'étaient des mélanges de poésie, de musique et de danse, avec pantomimes, mascarades et défilés, sur des sujets mythologiques ou autres. Le roi s'occupait des sujets, les faisait chercher, choisissait, collaborait avec les librettistes, Etienne Durand, Théophile de Viau, Boisrobert. La représentation avait lieu dans la grande salle du Louvre, au premier étage, le théâtre au fond, sur une estrade; ou bien dans la grande salle du Petit Bourbon 2.
438 v°: 4026, fol. 204 r°; 4027, fol. 237 r°. Louis XIII, à Paris, se baignait dans la Seine aux Bonshommes.
1. Héroard; Journal, éd. Soulié, t. II, p. 48. C'était un certain Jacques Cordier dit Bocquin, qui lui apprenait à danser (E. Charavay, op. cit., p. 49).
2. P. Lacroix, Ballets et mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII, Genève, 1868, 6 vol. in-12. Sur la part que prend Louis X1I1 au choix des sujets, voir Discours au vrai du ballet dansé par le roi, Paris, 1617, in-4°, dédicace; sur l'arrangement de la grande salle du Louvre, consulter : Relation du grand ballet du roi dansé en la salle du Louvre le 12 février 1619, Paris, 1619, in-12, p. 9; sur un ballet au Petit Bourbon, le désordre, l'encombrement aux portes, C. Sorel, Hist. comique de Francion, Paris, 1641, in-8°, p. 326, 331. Louis XIII faisait peindre les décors par Martin Bourgeois et Nicolas Duchesne (de la Borde, la Renaissance des arts à la cour de France, Paris, 1850, p. 327). Les frais de ces bal-
Aux longues heures du soir Louis XIII ne détestait pas prendre des cartes. Il s'amusait à faire jouer ses ministres, Puisieux, Schomberg, le cardinal de Retz; le plus souvent ses intimes : Bassompierre, Toiras. Mais il était loin d'apporter au jeu la passion qu'avait eue son père. Les cartes n'intervenaient que dans ses heures de désœuvrement où, incapable de demeurer oisif, il s'adonnait à des occupations quelconques, souvent, sans intérêt, ce qu'Héroard traduit par la formule : « amusé diversement1. » A la campagne, à Lésigny, à la ville, il se livrera à des exercices que Ton estimera n'être plus de son âge, un peu enfantins : on le lui reprochait. Le confesseur était chargé d'appeler son attention sur l'obligation qu'avait un roi de ne vaquer qu'à des choses nobles et élevées. Louis XIII obéissait puis revenait à ces divertissements. « Il est déplorable, faisait écrire Marie de Médicis que le roi s'amuse à des exercices d'enfant, chose indigne à l'âge d'un si grand roi duquel les actions doivent servir d'exemple à tous les sujets. » L'histoire a retenu ce détail et, l'a un peu grossi. Il faut le signaler en le réduisant à ses termes exacts2.
Aussi peu sédentaire que son père, le jeune Louis XIII, enfin, a été un roi continuellement par voies et par
lets étaient assez élevés (Arch. nat., KK, 200; 01 3264). Le roi allait peu au théâtre, tout au plus à la comédie italienne (Iléroard. Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 17G v", 194 r°), quoiqu'il eut sa loge à l'hôtel de Bourgogne C. Sorel, le Berger extravagant, Paris, 1027, in-12, p. 315). Les comédiens venaient de temps en temps jouer au Louvre (Héroard, Bibl. nat. ms. fr., 4025, fol. 451 v°, Charavay, op. cit., p. 24, 53).
1. Voir par exemple : Iléroard, Bibl. nat., ms. fr. 4025, fol. 472 r°; 4026, fol. 357 !•: 4027 fol. 2 r°, 70 v°, 75 r", 2iS r , 481 r°, etc.
2. Extrait des raisons et plaintes que la roiite inerc du roi fait au roi son fils, Paris. 1619, in-12, p. 11. Cf. Bentivoglio, Lettere, t. II, p. 238.
chemins. Il sortait chaque jour à Paris, où il n'avait pour but de promenade que le tour, fastidieux à la longue, des Tuileries jusqu'aux Feuillants. Ouverts au public et fort à la mode, les Tuileries étaient trop fréquentés. Le roi n'y était pas libre1. Il préférait sortir de la ville, aller dans les plaines environnantes, celles du Roule, de Grenelle, du Bourget, plus loin encore. A part Vincennes qu'il a peu goûté et où il est allé rarement, c'est Saint- Germain qu'il fréquentait de préférence. Il s'y rendait constamment, partant à cheval pour aller y passer deux ou trois jours. La vie au milieu des bois lui plaisait. Quand il devait y séjourner un peu longuement, la cour le suivait, avec les ministres et les ambassadeurs. Il prit l'habitude de passer une partie de l'été à Saint-Germain. Il allait se promener à pied, du matin au soir, au parc, en forêt, le long de la Seine, faisait des courses de deux à trois heures. Une grande distraction pour lui était de se rendre aux fêtes locales, « les assemblées », des villages des environs : Joyenval, Maisons, Herblay, le Vésinet : il déjeunait et revenait en carrosse2.
1. Tous les jours Héroard consigne la promenade aux Tuileries. Sur l'aspect des Tuileries à ce moment, rendez-vous « de la plus noble et la meilleure compagnie des deux sexes », les conversations, les toilettes, Cf. Herbert de Gherbury, Mém., trad. Bâillon, p. 150-3, d'Audigier, Histoire tragi-comique de notre temps, Paris, 1616, in-12, p. 170. Le dimanche le public allait au cours « dehors la porte Saint-Antoine » et au bois de Vincennes (C. Sorel, les Nouvelles françaises, Paris, 1623, in-S°, p. 378).
2. Les renseignements que nous donnons se relèvent à chaque page dans le Journal manuscrit d'Héroard. Louis XIII fuyait Paris à l'annonce d'une épidémie (dép. de Pesaro du 27 juillet 1623, Bibl. nat., ms. ital. 1780, p. 309; lettres de MM. de Bréval et Ghanvallon, Jbid., nouv. acq. fr. 3145, fol. 61 r°, 65 v°, 73 v°). L'éloignement du roi affligeait les Parisiens en raison des pertes que le départ de la cour faisait subir au commerce (Le Caquet des poissonnières, 1623, dans E. Fournier, Variétés hist. et litt., t. II, p. 132; Liste des malconlens de la cour avec le sujet de leurs plaintes, 1623, in-12, p. 14; le Bourgeois, Tours, 1619, in-12,
Si une épidémie survenait, il s'en allait plus loin, à Compiègne, à Fontainebleau '.
Il a beaucoup voyagé. Les affaires intérieures — soulèvements des Huguenots, révoltes de la reine mère — l'ont obligé, presque chaque année, à entreprendre quelque longue chevauchée à travers les provinces. Il aimait être en route et il allait gaiement, « à trousse bagages », changeant souvent, heureux du plein air et de la liberté. Ceux qui se plaignaient étaient les gens obligés de le suivre : « tout ce pauvre régiment des gardes, narrasse, les gens de pied fatigués, les bourses des courtisans épuisées et les écornifleurs de cour devenus fort hâves, maigres, sans savoir sur quel pied danser, comme on dit, ni à quel saint se vouer!2 »
p. 3; Harangue et protestation faite au roi au nom des trois ordres de France et de messieurs les parisiens sur son prochain départ, Paris, 1622, in-12. etc.).
1. Louis XIII passait l'automne à Fontainebleau. Sur Fontainebleau alors, voir : E. Mùntz et E. Molinier, Le Château de Fontainebleau au XVII' siècle, dans Mém., de la Soc. de Vhist. de Paris, t. XII, 1885, p. 255; P. de Varennes, Voyage en France, 1G39, p. 172. Les contemporains se faisaient une haute idée de Fontainebleau (d'Audigier, Hist. tragicomique de notre temps, p. 34); les parisiens y allaient en villégiature (Les Caquets de l'accouchée, éd. Fournier, p. 125).
2. « 11 faut changer de gite tous les jours! 0 vie de cour que tu es dégoûtante! » (Le Nouveau remue ménage de la cour et le sujet pourquoi, Paris, 1619, in-12, p. 7). Louis XIII pour faciliter les voyages, a créé beaucoup de nouvelles lignes de poste, notamment la ligne de Paris à Toulouse (arrêt du conseil du 29 janvier 1620, Arch. nat., E. 63*, fol. 40 r°, qui établit, à partir d'Orléans, 52 relais, par Bourges et Limoges, suit 52 maîtres de postes nouveaux à 180 livres de traitement; on pouvait dès lors faire le trajet en quatre ou cinq jours, au lieu de quinze). En voyage, Louis XIII allait visiter les curiosités (Héroard, Bibl. nat., ms. "fr. 4025 fol. 459 v"; 4020, fol. 332 v"; Mercure françois, t. X, 1024, p. 394). 11 vit la mer a Dieppe pour la première fois en 1617, s'intéressa beaucoup au spectacle des bateaux «le pêche appareillant ou rentrant (dép. de Contarini du li décembre 1617, Bibl. oat., ms. ital, 1771. p. 517, 527: Héroard, Ibid., ms. fr. 4025, fol. 463 r°; Nouvelles de Normandie sur tout ce qui s'est passé au voyage du roi, Paris, 1017, in-12, p. 8).