Ibid.. p
4. Lettre de Malherbe, du 10 novembre 1620, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. 57.
5. Copie d'une lettre écrite du camp devant Montauban par un seigneur de marque, Toulouse, 1021, in-12, p. 17.
cuter. ' » « Il ne se laisse gouverner que par la raison, » répétait le P. Arnoux à Marie de Médieis2. Il était droit, juste et loyal3. « J'ai entendu avec grand contentement, écrivait le chancelier de Sillery à son fils M. de Puisieux, ce que vous m'écrivez de la bonne conduite de Sa Majesté et du soin et diligence qu'il emploie avec prudence et dextérité pour entretenir chacun comme il faut, rendre justice et départir ses grâces comme il appartient : c'est faire l'office d'un sage, grand et puissant roi. 4 » Louis XIII était un « sage roi ». D'un chef de gouvernement il avait la prudence : il en avait surtout la réserve et l'impénétrabilité.
Cette impénétrabilité a beaucoup frappé les contemporains. On ne devinait jamais ce qu'il pouvait penser. « Le roi ne change rien à ses procédures ordinaires, écrivait Marillac à Richelieu ; il fait pareil visage à ceux
1. Le Roy en Béarn, Paris, 1620, in-I2, p. 8, écrit officieux émanant du gouvernement et reproduit par C. Malingre (Histoire du règne de Louis XIII, Paris, 1646, in-12, p. 296), J. B. Matthieu (la Piété royale, discours présenté au roi, s. 1., 1620, in-12, pièce liminaire), Gasparl (Thrésor de Vhistoire générale de notre temps, Paris, 1G23, in-8", p. 344).
2. Lettre du P. Arnoux à Marie de Médieis, de 1618, dans les Eludes, t. XII, 1877, p. 741.
3. Au siège de Saint-Jean d'Angély, un rebelle huguenot, M. de Navailles, étant venu, muni d'un sauf-conduit, dans l'armée royale voir son frère malade, Louis XIII le regardait passer de sa fenêtre; Le P. Arnoux entra : « je viens de voir Navailles qui s'en retourne, » fit le roi. — « Comment, Sire, le laissez-vous aller? » — « Oui, parce que> je lui ai donné ma foi! Vous eussiez bien voulu que je l'eusse retenu? » — « Mais, Sire, s'il est criminel de lèse-majesté! » — •> C'est tout un; s'il a fait une faute, je n'en veux pas faire une autre! • Le 5 juin 1021, Héroard, Hihl. nat'., ms. fr, 4026, fol. 452 r°; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 238.
4. Lettre du chancelier à Puisieux du Ier décembre 1622, Arch. des Ail', étrang., France 777, fol. 204 r". Bapprocher les conseils qu'on donnait au roi enfant dans ses devoirs scolaires (Préceptes d'Agapeius à Justinian, mis en françoispar le roy très chrétien Louis treizième en ses leçons ordinaires, Paris, 1612, in-12, p. 15).
qu'il aime et à ceux qu'il n'aime point1. » La maîtrise du prince sur lui-même avait été remarquée au moment de la chute du maréchal d'Ancre; elle devait l'être dans hien d'autres circonstances2. Pour la cour une telle faculté constituait une qualité royale éminente. Louis XIII se réservait parce qu'il était timide, peu sûr de lui, conscient de la gravité de sa fonction : il parlait peu : « je ne suis pas faiseur de phrases et de cérémonies, » disait-il au nonce Corsini3. Cette réserve donnait à son maintien quelque chose de grave et d'imposant. Les ministres étaient ravis de ce qu'ils appelaient « la discrétion du roi*. »Tout en rendant justice au soin qu'il avait de ne pas se livrer, les envoyés étrangers finissaient peut-être par s'impatienter et parler de « dissimulation ». Les malveillants comme Herbert de Cherbury, répétaient que Louis XIII était « défiant et dissimulé », et Tallemant des Réaux renchérissait3. Mais, pour un jeune homme, encore peu expérimenté, cette excessive prudence était nécessaire.
1. Lettre de Marillac à Richelieu du 10 octobre 1622, Arch. des Aff. êtrang., France 775, fol. 207 r°.
2. Un ministre, sur le point d'être chassé, ne se doutait pas aux façons du roi à son égard, une heure avant sa disgrâce, que sa perte était décidée, (dépèche de Pesaro du 21 janvier 1623, Bibl. nat, ms ital. 1779, p. 149). Voir aussi pour l'arrestation d'Ornano en mai 1624 les Mém., de Pontis, éd. Michaud. p. 513.
3. Dépêche de Corsini du 30 janvier 1622, Arch. nat., L. 397. fol. 345 v°. « Il disoit peu : ce qu'il disoit était en peu de mots, très significatif ». (J. Danès, Toutes les actions du règne de Louis XIII, p. 4ML Il aimait aussi à ce qu'on l'haranguât « bien et court » {Journal de Sahuguet Damazid, conseiller en l'élection de Brive, dans Bullet. de la Soc. scientif., hist. et Arch. de la Corrèze, t. IX, 1887, p. 335).
4. Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, in-4", p. 16; Sully Économies royales, éd. Michaud. t. II, p. 477; dépèche de Pesaro du 27 janvier 1623 (Bibl. nat., ms. ital. 1779, p. 160).
5. Dépêche de Pesaro du 19 janvier 1624 (Ibid, 1781, p. 250); Bentivoglio, Lettere, 1863, t. I, p. 234, t. II p. 238; Herbert de Cherbury, Mém. trad. Bâillon, p. 135; Tallemant, Historiettes, t. II, p. 247.
Dans l'exercice, nouveau pour lui, de ses fonctions royales Louis XIII apportait deux préoccupations : se mettre bien au courant des questions ; ne jamais rien décider sans l'avis de son conseil.
« Il n'y a particularité dont il ne soit informé, écrivait quelqu'un de son entourage; il reçoit toutes les dépêches étrangères, voire toutes les instructions des ambassadeurs et ne s'expédie aucun don que par son commandement '. » « Il donnait à ses affaires tout le temps qu'il fallait, » dit Fontenay-Mareuil, « de telle sorte qu'on l'a souvent vu revenir de la chasse, qui étoit son plus grand divertissement, lorsque l'heure qu'il avoit prise pour le conseil arrivoit devant qu'elle fut achevée2. » Richelieu laissera échapper l'aveu que pratiquement « Sa Majesté prend elle-même les soins du gouvernement et de la conduite de son Etat 3. » « Le roi tient en ses mains les rênes de son Etat, » confirme Pontchartrain4. Et de fait, à lire les nombreuses dépêches de celui des envoyés étrangers qui a été admis le plus près dans l'intimité des membres du gouvernement, le nonce Bentivoglio, on voit que le roi est toujours en scène, qu'il reçoit, répond, agit. Louis XIII s'occupe de tout.
Mais il ne fait rien, en principe, sans délibération de ses ministres. Ce prince de vingt ans a trop le sentiment de son inexpérience pour oser décider des intérêts dont il a la garde sans entendre l'opinion des vieux conseillers
1. Lettre de Clcophon à Polémandre, 1618, in-4", p. 11 ; cet écrit est un de ces libelles officieux composé dans l'entourage du roi pour défendre le gouvernement. Ces libelles étaient parfois rédigés par des secrétaires du roi, tels que Tronson.