‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 98 sur 349 · Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 64 v · texte numérisé non relu

Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 64 v

le soir, devant lui, après souper, de la concentration de ses troupes, qui devait avoir lieu près du château de Piquecos. Il y eut discussion sur remplacement de l'endroit, personne ne paraissant le connaître. Louis XIII se fit apporter du papier, une plume, et rapidement esquissa la configuration de la région depuis la Française jusqu'à Négrepelisse. « Il fit cela si exactement, disait un témoin, qu'un ingénieur ou géographe étant sur le lieu et tout à son loisir, ne le pouvoit représenter plus naïvement1. »

Louis XIII fut mathématicien. L'art des fortifications était poussé à cette date, grâce aux études techniques des Italiens et des Hollandais, à un degré de précision avancée : le jeune prince dut être ingénieur. Il s'habitua à dresser, le crayon à la main, les lignes d'ouvrages fortifiés de toutes sortes. Il chercha à résoudre des problèmes ; il en inventa. Au moment de partir pour une campagne, il passait des heures à examiner les plans des forteresses qu'il allait rencontrer2. Etant en voyage, il allait regarder de près les défenses d'une ville qu'il traversait. Dans le cas où la place avait subi quelque siège, il entendait qu'on lui rappelât les péripéties de la lutte afin d'en suivre sur les remparts les incidents et de s'instruire :i. Il acquit ainsi une sérieuse connaissance

1. Il voulait déchirer son dessin ; Bernard, qui est le témoin, le pria de le lui donner et l'obtint. C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 375.

2. Dépêche de Priuli du I" juin [621, Bibl. uat., ras. ital. 1770, p. 154. '■',. Par exemple en 1620, à Amiens, qui avait été assiégé par son

père : S'informe particulièrement, comme une personne fort expérimentée, jusques aux plus menues particularités tant des assaillants que des assiégeants; s'en informant spécialement des sieurs de Praslin et de la Curée qui estoient au siège . Ilcroard, Bibl. nat., ms. lr. 402ti, fol. 279 r°.

de la fortification. « Il faut avouer, disait un de ses familiers, qu'il y a peu de gens se mêlant de fortifications, qui connaissent mieux les défauts et les avantages des places régulières ou irrégulières que lui, qui plus judicieusement rapportent l'ouverture d'un angle, la longueur d'une ligne de défense et qui voient mieux si des avenues sont bonnes ou mauvaises, si des tranchées sont bien conduites et bien sûres » l. Ses officiers étaient étonnés de la justesse de ses critiques2. Louis XIII a désiré posséder dans son cabinet « les plans de toutes les villes, citadelles, et châteaux de son royaume ». 11 a voulu que son ingénieur géographe René Piette gravât les sièges auxquels il avait pris part, de façon à conserver une représentation graphique de ces opérations comme sujet d'instruction. Les sièges ont été gravés; il existe de ce temps nombre de plans de villes et de châteaux : nous ignorons si l'ingénieur a complètement réalisé les intentions du roi3.

Louis XIII ne se contenta pas de théorie, il réalisa. Il essaya de faire exécuter dans le jardin des Tuileries ou à Vincennes les dessins d'ouvrages qu'il avait combinés. On le vit, ses papiers à la main, choisir le terrain, faire creuser, opérer des terrassements, « ordonner des courtines, des bastions, des boulevards », surveiller lui-

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