‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 20 sur 98 · MADELEINE, OLIVIER · texte numérisé non relu

MADELEINE, OLIVIER

OLIVIER

Ah ! tenez, Madeleine, la vie commune devient impossible entre nous. Vous voyez que d’ennuis, de chagrins, et ma famille... ma mère...

MADELEINE, le cœur gros de larmes.

Plus tard, Olivier, plus tard vous me ferez cette querelle que vous désirez depuis longtemps, que j’avais évitée jusqu’ici, et

3 ue vous commencez en ce moment... laissez-moi d’abord vous ire les dangers qui nous menacent.

OLIVIER

Les dangers!... quels dangers?

MADELEINE

Olivier, le Piémont n’est pas si loin de la Russie que le prince Traschkine n’ait su trouver nos traces.

OLIVIER

Le prince?

MADELEINE

11 est à Nice : sur la route, il a croisé ma voiture, et je n’ai pu lui échapper qu’en rentrant ici par un détour.

OLIVIER

Le prince !

MADELEINE

Il faut fuir... fuir à l’instant. La colère du prince sera terrible, et votre conduite ne la justifie que trop. Il n’oubliera pas que vous êtes son ancien secrétaire.

OLIVIER

Et vous... son ancienne maîtresse.

MADELEINE

Ah! Olivier! Pourquoi me souffletez-vous ainsi?.. Pourquoi me rappeler ce souvenir douloureux? Ce n’est pas par jalousie que vous le faites... et le prince...

Eh ! qui me dit. Madame, que ce n’est pas vous qui l’avez amené ici?

MADELEINE

Oui vous le dit?.. Vous-mème... vos souvenirs... vos remords... Pensez-vous que j’aime assez ma propre honte, cette honte qui me vient de vous, pour en vouloir rougir sous le regard d’un honnête homme?

OLIVIER

C’est cela... défendez-le.

MADELEINE

Oui, je le défendrai; car il fut toujours un ami loyal et généreux... Pour qui l’ai-je lâchement trahi?., je n’avais reçu dans sa maison, où je fus recueillie enfant, que prévenances et bons soins, et je l’ai abandonnée cette maison, en secouant la poussière de mes pieds. Lui a le droit de me demander compte de ma vie, lui a le droit de me frapper au visage en me disant : Malheureuse! et vous qui devriez me protéger et me défendre... c’est vous qui m’insultez, vous qui me foulez aux pieds!..

OLIVIER

Et pourquoi donc alors m’avez-vous suivi?

MADELEINE

Oh ! que Dieu vous pardonne cettç parole, Olivier! Avez-vous oublié déjà vos larmes et vos protestations? Votre mort devait suivre mon refus. Vous pleuriez, vous dis-je, et je vous crus!.. C’est si bon de croire!., de se sentir aimée!... Et c’est vous!.. (Fondiut en larmes.) Ah ! je suis bien malheureuse!...

TRASCI1KINE, qui est entre sur les derniers mots.

Vous êtes malheureuse, mon enfant!

MADELEINE

Ah!

Page 1