‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 5 sur 98 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

guez le corps pour laisser l’esprit en repos; voilà précisément ce que je disais à Olivier.

MADELEINE, à Olivier.

Eh bien, mon ami, couronnez vos bonnes paroles par une bonne action. Olivier, je vous en conjure, accompagnez-moi !

OLIVIER

Ah! que je le voudrais! Mais, je vous l’ai dit, une affaire grave me retient chez moi...

MADELEINE^ suppliant.

Olivier!..

OLIVIER, sèchement.

Oh! n’insiste pas...

MADELEINE

Est-ce ma faute, à moi, si la solitude me pèse et si tout plaisir me semble importun quand il n’est point partagé. Seule, la mer n’a plus de doux bruits, les fleurs, plus de parfums, les oiseaux, plus de chansons. Pour s’enivrer complètement aux grands spectacles de la nature, il faut être deux; il faut trouver dans un autre les sensations dont notre coeur est plein; il faut sentir, en s'appuyant sur un bras aimé, l’émotion déborder en nous et confondre nos âmes dans un seul et même embrassement. Alors on n’est plus deux, on n'est plus qu’un seul être qui, dans le silence de son cœur, fait monter aux pieds de Dieu ses actions de grâce et de reconnaissance. 11 fut un temps, Olivier, où vous disiez cela vous-même, parce qu'il fut un temps où vous m’aimiez.

OLIVIER

Encore !.. Mais dites-lui donc, docteur, combien elle a tort et combien ses reproches sont injustes!

MADELEINE

Non, ne dites rien... Pardonnez-moi... oui, je suis injuste! oui, je suis une pauvre folle, et je me promets sans cesse de ne rien laisser percer de mes craintes ridicules. Mais que voulezvous? j’ai tellement peur de voir s’amoindrir l’affection que vous m’avez jurée... (Mouvement d'Olivier.) Pardon!.. (Après uu silence.) N'est-ce pas, que vous m’aimez encore?

OLIVIER, souriant.

Mais oui, mille fois oui, chère petite folle !

MADELEINE

Vous ne me le ditesjplus.

OLIVIER

Je t’aime î

MADELEINE

Olivier!..

OLIVIER

Ah! tu seras en retard.

MONTBEL

Pauvre enfant I

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