ACTE III, SCÈNE III
LA COMTESSE, souriant.
Suivez l’ordonnance du médecin.
BERTHE
J’avais simplement entendu raconter une histoire très-touchante sur le mariage de M. le marquis, et je ne savais pas qu’il eût le bonheur de conserver sa femme.
PREMIÈRE l)AME.
Le bonheur!.. Que c’est beau, la jeunesse! ça ne doute de rien!..
LA COMTESSE
En effet, je me le rappelle. Ne s’agissait-il pas d’un mariage in extremis ?
MONTBEL
Oui, Madame, d’un mariage que, nous autres savants... car je suis un savant, Mesdames, ne négligez pas de le dire à vos amies... un mariage que, nous autres savants, nous appelons m articulo mortis.
DEUXIÈME DAME
Elle était à l'article de la mort?... Moi qui désire tant mourir!
MONTBEL
Vous voudriez bien être à sa place?..
DEUXIÈME DAME
Oh! oui.
MONTBEL
Je le crois bien : elle se porte à merveille, et son mari est charmant!
PREMIÈRE', DAME, désappointée.
Ah ! elle n’est pas morte?..
MONTBEL
Cela vous contrarie?..
Non; mais cela détruit le roman.
MONTBEL
C’est fâcheux!..
LA COMTESSE
Et quel est l’ignorant qui prédit cette mort-là?..
MONTBEL
Le docteur Montbel !
TOUTES
Vous, docteur?..
LA COMTESSE
Oh! pardon!
MONTBEL
De quoi donc, grand Dieu? Je ne me suis jamais senti si heureux que le jour où je fus convaincu de mon erreur. C’est le seul exemple que j’aie rencontré, dans ma longue carrière, où j’ai été abusé par les symptômes les plus désespérants d’une phthisie pulmonaire.