‹ Le rocher de Sisyphe drame en cinq actes, en proseChapitre 8 sur 98 · ACTE I, SCÈNE mi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE mi

MONTBEL

C’est A mon tour de ne pas comprendre.

OLIVIER

Mon cher docteur, grâce à la baronne, votre ennemie intime, mais que j’aime parce qu elle m’est utile, j’ai pu étudier mon temps et voici ce que j’y ai observé : les gens qui veulent arriver à quelque chose, — et votre ami Séchard est de ces gens-là, — doivent renoncer de bonne heure aux fougues, aux désordres de la jeunesse, à celte luxuriance de sève, pardonnez-moi le barbarisme, qui bout dans les veines des échappés de collège; aussi j’ai pris le parti de régler méthodiquement ma vie, comme je règle cna montre chaque soir, avant de me mettre au lit. Jusqu’à ce qu’il ait vingt-cinq ans, un jeune homme doit faire parler do ses fredaines. J’ai eu deux maîtresses : Tune qui m’enseigna la vie, l’autre qui fixait sur moi l’attention. « Tiens! cette belle fille l’a remarqué,» dit-on; puis plus tard, quand vous êtes marié, votre belle-mère est assurée de votre sagesse à venir par vos folies passées, et votre imbécile de beau-père n’est pas fâché de pouvoir dire avec son gros rire bête: «Ce coquin d’Olivier îoC’est un texte à plaisanteries qui lui tient lieu d’occupation. Donc, jusqu’à vingt-cinq ans, un Mentor en jupon et une belle maîtresse sont aussi nécessaires à un vrai gentleman qu’un bon tailleur et un cheval pur sang. Mais arrivé à cet âge critique où il lui faut songera son établissement, comme disent messieurs les notaires, il doit couper ses moustaches et abandonner sa maîtresse avec la même tranquillité d’esprit qu’il endosse son paletot, quand les derniers rayons de soleil annoncent le retour de l’hiver.

MONTBEL

Ainsi donc, et si je vous comprends bien, vous allez vous séparer de Madeleine?...

Mais parfaitement.

MONTBEL

C’est odieusement brutal.

OLIVIER

Mais non, docteur, effet d’optique... tout cela dépend du point de vue. C’est brutal! parce que je vous le dis avec francnise; si j’employais les précautions oratoires et les hypocrisies de langage, vous me serreriez la main avec attendrissement et vous me donneriez raison. La forme ! comme dit Bridoison, laaa forme!... voilà tout le secret de la diplomatie.

MONTBEL

Et vous prétendez...

OLIVIER

Je prétends tout bonnement que, dans cinq ans, Olivier Séchard soitçonsul, préfet, ou tout au moins attaché d’ambassade, et je pose aujourd’hui, dans un dîner que je donne, la première pierre de l'édifice de ma fortune. (On entend au dehor* le chant

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