LES MÉTIERS
sottise y trouve des places , et le mensonge s'y lait des revenus.
Que de. gens brillent dans la capitale, dont les moyens d'existence sont un secret impénétrable , même pour leurs connaissances les plus intimes ! Mouchy n'a point de fortune ni d'emploi -, ses parens vivent en province du produit d une petite terre patrimoniale dont, par économie , ils se sont faits eux-mêmes les fermiers; cependant Mouchy affiche une certaine opulence dont il fait honneur à sa famille ; il voit la bonne compagnie et la reçoit chez lui, il traite d'égal à égal avec ce que Paris renferme de plus riche et de plus distingué, il fréquente les spectacles, les bals, les concerts ; il se trouve à toutes les fêtes , et partout il se présente avec cette assurance d'un homme que sa fortune rend indépendant*, je suis persuadé que dans le nombre des personnes qui se font un mérite d'être de ses anciens amis, il ny en a pas une seule qui devine la source de sa richesse.
Dermance a dix-neuf ans, une figure charmante qui se passerait d'esprit , et des yen* qui en promettent beaucoup; il est aimable,
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instruit, il vient d'achever ses études } et sa mère, dont il est Tunique enfant , a cédé, quoiqu'avec peine, au désir qu'il a manifesté de rester encore quelque tems à Paris -, mais cent louis qu'elle lui envoie ne peuvent suffire à ses dépenses folles. Dermance est d'une élégance rare , il devance pour ainsi dire la mode et donne le ton à ses camarades. On le cite pour ses déjeuners , pour ses chevaux, pour ses habits; il a une loge grillée à Feydeau, un pied-à-terre au bois de Boulogne ; en dépit de son âge , Dermance. est discret, aucune de ses. connaissances n'a encore soupçonné la mina d'or qui fournit à ses prodigalités, -iil en est de même de mad. G.. ..t..., restée veuve à vingt-trois ans , qui a trouvé le secret de tenir en ville un état de maison brillant avec une campagne qui ne lui rapporte rien. Sa conduite adroite n'a, jusqu'à présent, offert aucune prise à la médisance; ses meilleures amies en sont au désespoir. C'est vainement qu'elles ont épié ses, regards, interrogé ses démarches ;- interprété ses discours : elles n'ont rien, découvert qui pût servir d'aliment à la malignité, et elles .sont réduites à l'estimer, 1. i3