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Manéthon et le roi Apépi, pour hasarder quelque méchant propos.
^ C'est un homme d'esprit.
répliqua-t-elle: mais il faut avoir de l'àme. et je le soupçonne de n'en pas avoir.
En disant ces mots, elle attacha sur le visage du jeune homme ses grands yeux bruns où l'on voyait une àme. et peut-être deux.
— A votre tour, soyez franc, reprit-elle. Vous n'avez pas le talent de mentir, c'est un peu pour cela que je vous aime.
Vous m'aviez annoncé que vous écririez à madame de Penneville. . .
Le marquis est sa réponse.
— J'en conviens, dit-il ; mais, quand l'univers entier se mettrait
entre vous et moi, il y perdrait ses peines. Vous savez si je vous aime, si je vous adore.
— Votre cœur est à moi, bien à moi? demanda-t-elle en lui jetant un regard ensorcelant.
— Pour toujours, pour jamais !
répondit-il d'une voix étouffée.
Ils approchaient d'une charmille, dont l'entrée était étroite.
Mme Corneuil passa la première, et quand Horace l'eut rejointe, se retournant, elle demeura immobile devant lui et le contempla avec un sourire mélancolique. Jusqu'à ce jour, elle l'avait tenu à distance, sans lui rien accorder, sans lui rien permettre. Par une inspiration soudaine, elle dé-
pouiUa sa farouche vertu et avança doucement vers lui son front et ses lèvres, qui semblaient réclamer un baiser. Il comprit, mais il eut peur d'avoir mal compris. Il hésitait, enfin il osa, et, la serrant dans ses bras, il appuya ses lèvres sur les siennes. Ce baiser le mit hors de lui, le grisa : il fut sur le point de se trouver mal. Une seule fois jusqu'alors il avait éprouvé une ivresse d'émotion comparable à celle-ci : c'était près de Thèbes, un jour que, faisant une fouille, il avait vu de ses yeux apparaître au fond de la tranchée un grand sarcophage de granit rose. Ce jour-là aussi, il lui avait pris une défaillance.
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Mme Corneuil s'assit sur un banc ; il se laissa tomber à ses pieds, et posant ses coudes sur des genoux adorés, les mains dans les mains, il resta quelque temps à la manger des yeux. Il n'y avait que la largeur d'une route entre la charmilk et le lac ; ils entendaient la vague qui causait tout bas avec la grève ; elle balbutiait des mots d'amour, elle racontait des joies et des mystères qu'aucune langue humaine ne peut dire.
Après un long silence :
— Les grands bonheurs sont toujours inquiets, toujours sur le qui-vive, reprit Mme Corneuil; tout les effarouche, ils ont peur de tout. Je vous en supplie, débarrassez-nous de ce
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diplomate. Je n'ai jamais aimé les diplomates ; des préjugés, des intérêts, des calculs, des vanités, ils ne voient que cela dans le monde.
— Vos volontés me sont sacrées, lui dit-il, et, dusse- je me brouiller à jamais avec lui, je ferai tout ce qu'il vous plaira, quoique je lui aie toujours rendu l'amitié qu'il me porte.
— Oui, renvoyez-le dans sa famille, qui nous en. voudrait de l'accaparer. Qu'il retounic bien vite lui raconter ses histoires !
— Permettez, sa famille, c'est moi ; il est garçon ou plutôt veuf depuis trente ans et sans fils ni fille. Mais que m'importe son héritage !
A ces mots, Mme Corneuil sortit de son extase, et dressant l'oreille comme un chien qui flaire une piste inattendue :
— Son héritage ! Vous êtes son héritier ! Vous ne m'en avez jamais rien dit.
— Et à quel propos vous l'aurais-je dit ? L'argent, qu'estce que l'argent?... Mon trésor, le voici, ajouta-t-il en essayant de prendre un second baiser, qu'elle lui refusa sagement, car il ne faut abuser de rien.
— Ce sont de lâches misères que les questions d'argent, ditelle... Est-il très riche, le marquis ?
— Ma mère assure qu'il a deux cent mille livres de rente.
Qu'il en fasse ce qu'il voudra.
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Puisqu'il a eu le malheur de vous déplaire, je lui déclarerai tout net que je renonce à la succession.
— Encore y faut-il mettre des formes, répondit avec quelque vivacité Mme Comeuil.
Vous avez de laffeaion pour lui ; je serais désolée de vous brouiller avec un parent que vous aimez.
— Vous, vous, rien que vous !
sécria-t-il. C'est si peu de chose que le reste!
Il demeura quelques insunts encore à ses genoux; mais, à son vif chagrin, elle l'obligea de se relever, en lui disant :
— M. de Miraval finira par remarquer que nous sommes longtemps absents. Soj^ons polis.
Deux minutes après, elle rentrait dans l'ajoupa, où la suivit Horace, et elle aborda le marquis avec une nuance d'affabilité qu'elle ne lui avait pas encore montrée ; mais, quoiqu'elle eût changé de visage et de procédé, le charme ne laissa pas d'opérer, ou plutôt l'effet n'en fut que plus sensible.
M. de Miraval, qui avait recouvré toute la liberté de son esprit en conversant familièrement avec Mme Véretz et en lui faisant toute espèce de confidences, se troubla de nouveau quand il revit sa belle ennemie. Il répondit à ses avances par des phrases incohérentes, par des propos sans queue ni tète, qui semblaient tomber de la lune. Bientôt,
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comme pris de colère contre luimême et contre son indigne faiblesse, il se leva brusquement, et se tournant vers Mme Véretz :
« On n'oublie pas longtemps son I-a Fontaine, lui dit-il; je retrouve à l'instant la fin du vers que je cherchais et que voici :
Ah? M moa cœur OF&it encor s* renRunin^T?
Il prit aussitôt congé d'elle, la salua profondément ; puis, s'avançant vers Mme Conieuil.
il la regarda dans les yeux tt lui dit avec une sorte d'.ipreté dans la voix :
— -, Madame, je suis venu, j'ai vu et j'ai été vaincu.
Et là-dessus il s'éloigna comme
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un homme qui se sauve, en défendant à son neveu de le reconduire. On croira sans peine qu'après son départ il fut beaucoup parlé de lui. Tout le monde s'accorda à dire que sa conduite était étrange ; mais Mme V^éretz déclara qu'il lui paraissait plus charmant encore que singulier.
Mme Corneuil le trouvait plus singulier que charmant. Quant à Horace, il expliqua ce qu'il y avait eu d'un peu bizarre dans son attitude par des inégalités de santé ou par un caprice d'humeur, que son âge rendait excusable. Il avoua du reste qu'il ne l'avait jamais vu ainsi, qu'il l'avait toujours connu bon vivant, alerte, sûr de sa mémoire, désourdi et se faisant tout .i tous.
— Il y a là un mystère que vous aurez soin d'édaircir, lui dit Mme Corneuil.
Et comme, ayant regardé sa montre, il se disposait à se retirer :
— A propos, grand paresseux, lui dit-elle, quand donc me lire2-vous ce fameux quatrième chapitre de votre Histoire des Hycsos ? N'allez pas oublier que nous devons le lire un soir et faire à minuit un souper fin en son honneur. Nous le commanderons à Paris, ce souper. Ne sera-ce pas délicieux r »
A l'idée de cette petite fête intime en l'honneur d'Apépi, le cœur -d'Horace tressaillit d'aise, et sa prunelle s'alluma.
— Je ne veux rien vous lire
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qui ne soit digne de vous.
Accordez-moi dix jours encore.
— Dix jours, c'est un siècle!
fit-elle. Mais au moins soyez de parole, ou je me brouille avec vous.
Il s'éloignait, elle ajouta :
• — Quand vous reverrez M. de
Miraval, soyez défiant, mais
soyez adroit.
— Lui, adroit! s'écria Mme Véretz, lorsqu'elle fut seule avec sa fille. Ordonne-lui plutôt de traverser le grand lac à la nage.
— Est-ce encore une épigramme ? dit Mme Corneuil avec humeur.
— Puisque je l'adore tel qu'il est, lui répondit sa mère, peuton m'en demander davantage ? duant à M. de Miraval, tu as
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loii lit. itii uiquictcr. M'cbt idce qu'il nous est tout acquis.
— Ce n'est pas la mienne, répliqua-t-elle.
— En tout cas, ma chère, il faut le traiter avec beaucoup de ménagement, car je sais de source certaine...
— Vous allez m'apprenJre, interrompit d'un ton dédaigneux Mme Corneuil, qu'il a deux cent mille livres de rente et qu'Horace est son héritier. Ces misérables bagatelles sont pour vous des affaires d'État.
Et aussitôt après, elle lui dit :
— Demandez donc à Horace d'inviter le marquis à venir au premfer jour déjeuner avec nous.
Le lendemain, dans l'aprèsmidi, le comte de Penneville se rendit à l'hôtel Gibbon, dans l'espérance d'y voir son oncle ; et il ne l'y trouva pas. Il lui laissa sa carte avec un mot pour lui témoigner son regret d'avoir lait une course inutile et lui an-
iioncer que Mme Véretz et sa fille invitaient le marquis de Miraval à venir déjeuner avec elles le jour suivant. Le marquis lui fit porter sa réponse dans la soirée ; il s'y plaignait d'être indisposé, priait son neveu de l'excuser auprès de ces dames, dont l'attention le touchait infiniment. Inquiet de la santé de son oncle, Horace sortit dans la matinée, contrairement à toutes ses habitudes, pour aller prendre de ses nouvelles. Cette fois encore le nid était vide, et le comte eut tout ensemble le chagrin d'avoir perdu ses pas et le plaisir d'en conclure que le malade se portait bien.
Pressé par Mme Corneuil, il lui écrivit pour lui transmettre