D'AUTRES VOIX
Silence.
ROSAMIE
Qu'on ouvre cette grille ! Je veux sortir.
FOSTER
Madame, ce serait votre mort.
ROSAMIE
Pour la troisième fois, qu'on ouvre cette grille! (A Barbouf.) Ouvrez donc, capitaine I
DARBOUF
Ma foi, puisque la reine ordonne...
FOSTER
Misérable !
BARBOUF (l'écartanl)
J'obéis.
(// ouvre la grille. La reine sort et s'avance dans la foule, qui s'écarte puis se referme sur elle... Rumeur croissante dans le fond. Tout à
coup on entend Rosamie jeter un grand cri. Aussitôt tout se tait. Dans le même moment le roi apparaît; il descend rapidement l'escalier, suivi de Mario, d'Oswald, des seigneurs de la scène précédente et d'Ermengarde.)
COPIIÊTUA
Monstres! Ils l'ont tuée! A moi, soldats, à moi!
(// tire son épêe et s'élance dans la foule, qui s'écarte vivement. Oswald et les seigneurs s'élancent aussi, l'épée à la main. Les soldats refoulent le peuple qui s'écarte. Cophétua revient, portant dans ses bras Rosamie.)
COPHÉTUA
Tuée ! tuée ! tuée ! Les monstres l'ont tuée ! Hélas, ma Rosamie, ma pauvre Rosamie, plus douce que le miel butiné sur les fleurs!
!\IARI()
Voyez comme l'excès de la douleur l'accable.
ERMENGARDE (s'ngenouillant)
O mon fils, déposez votre pieux fardeau sur les genoux de votre mère.
COPHÉTUA
Elîç était le trésor le plus pur de la terre, la clarté de mes yeux et la beauté du monde. Tuée! tuéel
tuée! La voilà mainterant pâle, inerte, sans vie, comme un petit oiseau tué par l'épsrvier, comme une pauvre chose qui n'a plus aucun nom. Où sontils tes beaux yeux qui rayonnaient d'amour comme des étoiles vivantes? Eteints, ils sont éteints à jamais dans la nuit. Il est éteint aussi, mon cœur, qu'ils éclairaient de leur tendre lumière. O ténèbres, lugubres ténèbres, jamais vous n'avez englouti un rayon plus divin ! (// sanglote.)
ERMENGARDE
Mon fils, il faut prier.
(Quelques soldais s'agenouillent. De l'autre côté de la grille, la foule s'agenouille aussi, peu à peu.)
COPIIËTUA
Tout à l'heure! A présent, je ne saurais prier. Mon Dieu, nous ne pouvons que pleurer sur ce corps qu' fut si plein de grâce. Son âme est loin d'ici. Où s'est-elle envolée? Peut-elle nous entendre? Peutelle voir nos pleurs? Pleurez, vous tous, pleurez; et poussez avec moi de longs gémissements. Est-il ici quelqu'un qui puisse contempler sans répandre des larmes, ce jeune et beau visage déserté par la vie? Oh! oh! tant de fraîcheur, de charme et de tendresse! Et ce divin sourire qui remplissait mon âme! Et tout va se dissoudre dans l'horreur du tombeau I
(On entend des sanglots dans la foule.)
UNE VOIX
Comme il pleure, le roi î
UNE VOIX
Oli ! cela fait pitié !
UNE VOIX
C*est vrai qu'elle était belle.
UNE VOIX
Elle avait du courage tout comme une vraie reine.
UNE VOIX
C'était une vraie reine.
UNE VOIX
Et nous l'avons tuée.