Scène unique. — Une route; au deuxième pbn, à gauche, une chaumière
U\E PETITE FILLE
Pourquoi mendiez-vous?
LA MENDIANTE
Parce que je suis très pauvre.
LA PETITE FILLE
Nous aussi, nous sommes pauvres, mais nous ne mendions pas.
LA MENDIANTE
C'est que vous avez de quoi manger et, peut-être,
une maisonnette pour y dormir.
LA PKTITE FILLi:
Oui, nous avons uns maisonnette, toute petite mais très propre. C'est maman qui l'entretient. C'est aussi maman qui me donne mes tartines. Vous n'avez pas de maman?
LA MENDIANTE
Non.
LA PETITE FILLE
Alors, qui vous donne vos tartines?
LA MENDIANTE
Personne. Je n'ai pas de pain.
LA PI-Tlli: FILLE
J'ai mangé ma tartins tout à l'heure. Si je l'avais encore, je vous en donnerais la moitié. Maman vous en donnera, peut-être, uns. Mais pas maintenant. Elle est allée à la ville vendre des sabots. Vous n'avez pas de sabots?
LA MENDIANTE
Non.
LA PETITE FILLE
Pourquoi vos pieds saignent-ils? Quand on n'a pas de sabots, il ne faut pas tant marcher.
LA MENDIANTE
Je viens de si loin !
LA PETITE FILLE
Peut-être qu'on ne fait pas de sabots chez vous? Voilà le petit Jean qui m'appelle. Je dois rentrer à )a maison.
(Elle sort. Entrent un paysan et un? paysanne poussant une petite charrette chargée de légumes.)
LE PAYSAN
Tu vois cette petite gueuse?
LA PAYSANNE
Une propre à rien. Une voleuse, peut-être. D'où ça vient-il?
LE PAYSAN
On ne devrait pas permettre à ces espèces d'encombrer la route des honnêtes gens. Allons, rangetoi, coquine!
LA PAYSANNE
Ça n'a pas de honte. Elle est à moitié toute nue. Si le champêtre te voit, il te mettra en prison.
(Ils vont se remettre en route. Entre le curé.)